Ancien député, spécialiste du budget de l'Elysée, René Dosière regrette que le dernier rapport de la Cour des comptes manque de détails sur les dépenses du palais présidentiel. L'institution, présidée depuis peu par Pierre Moscovici, réfute ces critiques.

La Cour des comptes a--t-elle fait preuve de trop de mansuétude vis à vis de l'Élysée ?
La Cour des comptes a--t-elle fait preuve de trop de mansuétude vis à vis de l'Élysée ? © Radio France / Catherine Grain

Chaque année, il scrute avec gourmandise le rapport de la Cour des comptes. C'est là, il y a dix ans, qu'il avait repéré des dépenses massives pour des études d'opinion, ce qui est devenu depuis l'affaire des sondages de l'Élysée. 

Mais cette année, selon René Dosière, l'enquête de la Cour des comptes sur les finances de la présidence pour l'exercice 2019, parue il y a quelques jours, est bien trop superficielle.

Un exemple ? Les dépenses du service automobile de l'Élysée. "En 2018, elles avaient progressé de 27%. Puis en 2019, le coût de fonctionnement du parc automobile a augmenté à nouveau de 27%. Or, avec les mouvements des 'gilets jaunes' et les manifestations contre la réforme des retraites, en 2019, l'activité [de déplacements] d'Emmanuel Macron a été beaucoup plus faible que l'année précédente. Mais la Cour des comptes ne donne aucune explication" regrette René Dosière. 

Sollicitée, l'institution indique que "comme l’an dernier, des frais de carburant, de péage et de l’entretien du blindage des véhicules" expliquent cette hausse. 

Des progrès dans la gestion mais des questions demeurent

Autre exemple : l'an dernier, les effectifs de l'Élysée ont diminué (de 2,5%)... mais la masse salariale est en légère hausse (0,8%). "Et la Cour ne s'interroge pas sur cette distorsion", pointe René Dosière, qui souligne que la présidence de la République a tout de même "progressé ces dernières années" dans la gestion des deniers publics - L'Élysée est d'ailleurs excédentaire pour l'année 2019. 

Mais l'ancien député socialiste s'interroge sur cette "mansuétude" de la Cour des comptes : est-elle liée au récent changement à la tête de l'institution ? 

"Avec le départ annoncé de Didier Migaud, il y a eu une période de vacance de plusieurs mois, avant l'arrivée de son successeur, Pierre Moscovici. Or, c'est le président de la Cour qui signe le rapport remis au chef de l'État. Dans cette période d'incertitude, [la vacance du pouvoir] n'a pas permis aux rapporteurs d'avoir un vocabulaire plus incisif..." 

La Cour des comptes, elle, rejette ces accusations : "la rigueur de la Cour ne saurait être contestée". Elle précise que les contrôles du budget ont été réalisés avant la nomination de Pierre Moscovici, "qui n'est en rien intervenu dans le contenu du rapport". L'institution située rue Cambon indique que "l'équipe de la Cour est la même que celle de l'année dernière". Elle reconnaît que le travail de contrôle, même s'il s'est déroulé "très correctement", a pu être "compliqué" en raison de la crise sanitaire. 

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