Au delà des difficultés à respirer, certains patients atteints de la Covid-19 évoquent une immense fatigue, la perte de l'odorat et des difficultés de concentration. Des symptômes neurologiques qui pourraient s'expliquer par la capacité du virus à infecter nos neurones.

Le Covid a la capacité d'infecter nos neurones.
Le Covid a la capacité d'infecter nos neurones. © Getty / Andriy Onufriyenko

On sait que le virus s’attaque aux poumons et à notre système respiratoire, mais une étude internationale, menée par plusieurs équipes de l'université américaine de Yale et de l'Institut du cerveau en France, confirme que le Sars-Cov 2 a la capacité d'infecter nos neurones. Cette étude a été publiée le 12 janvier 2021 dans le Journal of experimental medicine. Elle permettrait d'expliquer des symptômes neurologiques rapportés par certains patients. 

Fatigue, absences, brouillard cérébral

Parmi ces symptômes, une immense fatigue. C'est ce qu'a ressenti Emilie qui a contracté la Covid-19 à l'automne dernier. "Je n'avais pas de fièvre ni difficulté à respirer. Mais pendant trois semaines j'étais clouée au lit. Je pouvais dormir vingt heures sur vingt-quatre !", raconte la trentenaire qui également perdu le goût et l'odorat pendant un mois. Remise sur pied, la jeune femme souffre ensuite de troubles de l'attention. "J'avais l'impression d'être à côté de mes pompes, littéralement. La tête dans le brouillard, les pieds dans le coton. Je me voyais faire les choses avec un temps de latence, comme si j'avais consommé des substances. C'était très perturbant", poursuit Emilie.

Le virus peut toucher le tronc cérébral

Des symptômes neurologiques qui peuvent être plus graves chez certains patients, avec des pertes de conscience et des accidents vasculaires cérébraux. "Nos recherches montrent la capacité du virus à infecter les cellules du cerveau, jusqu'à en priver certaines d'oxygène", explique Nicolas Renier, chercheur INSEM à l'Institut du cerveau, l'un des auteurs de l'étude qui a été menée sur des patients décédés, des animaux et des cultures de cellules cérébrales en 3D. 

"Chez les patients, le virus s'attaque souvent au tronc cérébral. Cette région du cerveau est impliquée dans le contrôle de paramètres physiologiques importants comme l'attention, le goût, la capacité à exécuter un mouvement", détaille le scientifique. 

Pour autant, ces phénomènes ne l'étonnent pas, ce n’est pas la première fois qu’un virus respiratoire s’attaque au cerveau humain : "Des lésions cérébrales avaient déjà été causées chez des patients atteints de la grippe espagnole", note Nicolas Renier. 

Reste à savoir désormais par quelle porte le virus pénètre le cerveau. S’infiltre-t-il par le bulbe olfactif, et donc par voie aérienne ? Par circulation sanguine ? Ou les deux ? Cela reste à vérifier.