Un fonds de solidarité a été mis en place, d'un montant bien trop modeste pour venir en aide aux artistes plasticiens et aux petites galeries que la crise met encore plus en difficulté. En attendant des aides plus efficaces, une vente aux enchères en ligne permet de soutenir les créateurs.

"Jacques à la campagne" de Sarah Moon, une des artistes qui soutien l'opération
"Jacques à la campagne" de Sarah Moon, une des artistes qui soutien l'opération ©

Les Français adorent aller au musée. Les chiffres de fréquentation en sont la preuve et les visites virtuelles d’expos et de musées durant le confinement aussi. Mais les artistes visuels (peintres, sculpteurs, dessinateurs, céramistes, graveurs, photographes) et les plus petites galeries d’art sont aujourd’hui très touchés par la crise sanitaire et demandent des aides, dont une indemnité de compensation.

Car Jeff Koons, qui met le marché de l’art et les milliardaires en extase, n’est qu’un bouquet en trompe l’œil qui cache la détresse économique de l’immense majorité des 65.000 artistes visuels que compte l’hexagone, selon le CIPAC - Fédération des professionnels de l’art contemporain qui publie un rapport sur les conséquences du Covid-19 sur le milieu de l’art contemporain.

La crise sanitaire met en péril artistes et galeries les plus fragiles

Pendant le confinement, les galeries sont fermées, pas d’expos, pas de foires, pas de vernissage... et donc, pas de ventes. Pour aider les créateurs, une vente aux enchères en ligne "#soutiensUnArtiste" a lieu jusqu’à mercredi 15h (avec l’efficace implication d’Artension magazine). Cinq cents lots, dont 145 offerts par des artistes solidaires avec les plus précaires. Les 355 autres œuvres sont mises en vente par des artistes qui ont un besoin urgent de gagner un peu d’argent. 

Le précurseur de l’art urbain, le talentueux Ernest Pignon Ernest, à la fibre toujours rebelle et solidaire, soutient cette initiative en offrant une œuvre pour cette vente. Pour lui, les artistes plasticiens sont les grands oubliés de la culture. Et ça ne date pas du Covid-19. 

"La crise sanitaire exacerbe la situation des artistes, mais cette précarité ne date pas de trois mois. La majorité des artistes sont dans une situation désespérée", explique-t-il. "Cela fait plusieurs décennies que les institutions, les musées, le ministère de la Culture, dans le domaine des arts plastiques, n’a pas joué son rôle, qui devrait être de favoriser la diversité des sensibilités, des courants, des propositions artistiques. 90% de l’art qui se fait aujourd’hui est ignoré par les institutions."

Et Ernest Pignon Ernest, qui n'est pas un adepte de la langue de bois et de la flagornerie, enfonce le clou dans le tableau noir de cette crise des artistes. "Le secteur des arts plastiques, au niveau des institutions, est entre les mains d’une sorte de nomenclature qui s’est auto-proclamée spécialiste de l’art contemporain et qui s’est alignée sur l’art officiel mondialisé", dénonce le plasticien. 

"C’est très bien que l’aristocratie de la fortune s’intéresse à l’art. Elle choisit Jeff Koons, c’est son choix ! Au XIXème siècle, les bourgeois choisissait Bouguereau (peintre représentatif de la peinture académique, ndlr). Ce qui est grave, c’est que 'le service public' s’aligne sur eux, de façon assez servile, au lieu d’affirmer la nécessité d’une diversité de courants".

Autre difficulté : par rapport aux métiers du spectacle vivant et du cinéma, les artistes plasticiens ont une pratique très individuelle et donc la profession ne se défend pas aussi bien que les gens du spectacle. "Les gens du théâtre, du cinéma ont obtenu des aides que n’ont pas obtenu les artistes plasticiens qui n’ont pas de pratique collective. Mais le syndicat national des artistes plasticiens revendique une compensation comme l’équivalent du chômage partiel", insiste Ernest Pignon Ernest

"Il faudrait que les cotisations sociales de cette année soient complètement prises en charge. Enfin, les expositions qui ont été annulées ou reportées doivent être rémunérées. C’est absolument indispensable."

Un tiers des 1 300 galeries françaises pourraient couler suite à la crise sanitaire

Bien sûr, il y a les galeries stars qui n’exposent que les artistes "bankable" (qui rapportent de l'argent) et qui ont assez de trésorerie pour survivre à la crise. Mais les plus petites galeries, militantes d’un art pluriel, qui investissent toute leur énergie pour faire émerger, lancer des jeunes talents et faire rayonner la scène française, sont plus que fragilisées après ces semaines de fermeture.

Marion Papillon, la très dynamique présidente du Comité professionnel des galeries d’art, affiche une réelle inquiétude : "On craint la fermeture d’un tiers des galeries. Et si ces galeries disparaissent, cela veut dire qu’elles ne représenteront plus un nombre important d’artistes, en particulier ceux de la scène française."

C’est tout un écosystème qui est touché car nous faisons travailler des restaurateurs d’art, des commissaires d’expositions, des transporteurs spécialisés."

Un fonds de solidarité a été alloué aux artistes visuels d'un montant de 500.000 euros. Les artistes ne sont pas des banquiers mais ils savent compter : chacun recevra moins de 8 euros, et ça, ce n’est pas un  trompe l’œil !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.