C'est un autre effet de la crise du Covid dans le monde : les émissions de CO2 ont diminué globalement de 7% cette année. Ce sont des scientifiques de différents pays, réunis dans le "Global Carbon project" qui publient leurs chiffres ce matin. Cette baisse est inédite... Mais aussi liée à une situation particulière.

Centrale à charbon chinoise dans la région du Jiangsu, en décembre 2018
Centrale à charbon chinoise dans la région du Jiangsu, en décembre 2018 © Maxppp / Featurechina Photo Service

C'est une étude qui tombe à pic, à la veille des cinq ans de l'accord de Paris. Moins d'émissions de CO2 en 2020, avec une baisse inédite de 7 %.

Cette baisse est-elle la même partout ? Non : cette chute record concerne surtout les États-Unis et l'Europe, là où l'activité s'est arrêtée le plus longtemps. Les émissions y ont diminué de plus de 10 % (12 % aux États-Unis, 11 % en Europe). En revanche en Chine, la baisse est très faible : moins de 2 %. Les émissions y sont d'ailleurs reparties de plus belle dès le mois d'avril et il n'y a pas eu de seconde vague.

"Dans les pays qui en ont fini avec l'épidémie de Covid, les émissions sont vite remontées au niveau précédent", constate Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement. "C'est donc une forte baisse, mais une baisse temporaire. En Europe, c'était remonté pratiquement à un niveau normal pendant l'été, après la première vague ; pour la seconde, la baisse est beaucoup moins marquée."

Le bilan est donc contrasté et surtout, pour les scientifiques qui  ont travaillé sur ce sujet, le confinement n'est pas la solution pour limiter le réchauffement. "Malgré une perturbation complète de toutes les activités humaines, finalement l'utilisation de l'énergie a baissé mais ne s'est pas annulée", explique Philippe Ciais. "Les gens ont consommé de l'électricité, par exemple, en restant confinés chez eux."

On peut donc s'attendre en 2021 à une nouvelle hausse des émissions.

Cinq ans après l'accord de Paris, le thermomètre s'affole toujours

Si on regarde dans le rétroviseur, depuis 2015, les émissions mondiales de CO2 ont continué à augmenter : 1% de plus à peu près chaque année. Certes, la hausse s'est calmée : elle est moins rapide que dans les années 2000, où l'on était à +3% par an. Mais on n'a pas encore atteint le plateau.

24 pays ont réussi à inverser cette courbe grâce à l'accord de Paris : notamment l'Allemagne, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni.

Mais à eux seuls, ils ne peuvent pas tout. Les deux points noirs restent la Chine et l'Inde, où les émissions continuent de grimper. Le président chinois veut atteindre la neutralité carbone en 2060, tout en multipliant les projets de centrale à charbon ou de gisements de gaz à l'étranger.

Selon les climatologues, si on veut limiter le réchauffement à 2°C (ce qui est déjà beaucoup) en 2030, il faut réduire les émissions de 25 % en dix ans. Le pas est énorme et il n'y a pas 36 solutions, pour les scientifiques spécialistes du CO2 : l'ennemi numéro 1, c'est le charbon. Il faut donc se débarrasser de ces centrales, or certaines sont parties pour durer 40 ans !

Il faut aussi électrifier les transports, mettre le paquet sur les énergies renouvelables. Les États connaissent les remèdes, mais ils n'acceptent pas toujours de les prendre. Ce serait pourtant le bon moment pour le faire.