La phase reconstruction du chantier de Notre-Dame de Paris n'a pas débuté mais les experts forestiers anticipent : ce mercredi débute, en Normandie, la sélection des chênes centenaires qui serviront à reconstruire la flèche de Notre-Dame de Paris. Un millier d'arbres doit être abattu d'ici fin mars.

Un garde forestier marque le tronc d'un chêne (illustration)
Un garde forestier marque le tronc d'un chêne (illustration) © (c) Philippe Gourmain

C'est une opération symboliquement importante qui débute ce mercredi, dans l'Eure, dans le massif de Conche Breteuil. Des experts forestiers débutent la sélection des chênes, nécessaires à la reconstruction de la flèche de Notre-Dame de Paris, alors que le chantier de l'île de la Cité n'a pas encore terminé sa phase de sécurisation.  "Pour l'instant, on est dans une phase de sélection des arbres en fonction des pièces de charpente qui seront nécessaires pour la flèche" explique François Hauet, expert forestier à Louviers et vice-président de l'association Normande des Experts Forestiers, "on va choisir des arbres en forêt en fonction de leurs dimensions : hauteur, diamètre, qualité, de façon à pouvoir tirer des pièces de charpente". 

Cette étape se déroule ce mercredi sur des parcelles privées de la commune de La Neuve-Lyre où 15 à 20 chênes seront sélectionnés, et une autre est prévue dans quelques jours dans Le Perche, dans le département de l'Orne. "Les architectes chargés de la reconstruction souhaitent que l'on fasse la récolte des sélections des premiers chênes en forêt pour reconstruire la flèche de Viollet-le-Duc" dans un premier temps, détaille François Hauet. Ainsi, il va falloir sélectionner "une majorité d'arbres de grosses dimensions de 50, 60, 80 ou 90 cm de diamètre et de 8 à 14 mètres de hauteur, (...) qui correspond au fût de l'arbre, dans lequel le bois sera scié pour faire des pièces de charpente" explique l'expert forestier.

Des arbres au minimum centenaires

Pour ce diamètre, "ce sont des arbres qui ont minimum 100 ans, et jusqu'à 200 pour certains, parfois même un peu plus" détaille Philippe Gourmain, expert forestier lui aussi, membre de l’inter-profession France Bois Forêt, en charge de coordonner la récolte des arbres pour le chantier de Notre-Dame : 

"C'est un peu une histoire de France naturelle qu'on va utiliser pour refaire cette charpente historique"

Car pour tenir les délais imposés par Emmanuel Macron d'une reconstruction pour 2024, il y a urgence à abattre ces chênes destinés à la flèche et l'opération est d'envergure nationale. "La filière forêt bois s'est positionnée juste après l'incendie pour offrir les bois et les sciages nécessaires à la reconstruction de la flèche et de la charpente de Notre-Dame à l'identique" rappelle Philippe Gourmain. Les arbres et le sciage sont donc offerts à la reconstruction de la cathédrale et ils proviendront de chaque région de France.

Ainsi, depuis que la reconstruction de la flèche à l'identique a été actée, la filière s'est mise en marche pour organiser l'identification des bois, qui débute donc cette semaine, "tant en forêt publique [gérée par l'Office Nationale des forêts (ONF), ndlr], qu'en forêt privée, car il y a un rétro planning qui a été dressé par les architectes en chef en charge du dossier de Notre-Dame" confie Philippe Gourmain à France Inter. 

12 à 18 mois de ressuyage pour le bois

En effet, pour tenir les délais imposés par le président de la République, la flèche doit, selon lui, être reconstruite en 2023 et le bois être disponible bien avant. "Il faut qu'on utilise des bois ressuyés, c'est à dire qu'ils soient sciés et laissés à reposer à l'abri pendant 12 à 18 mois" pour un début de séchage, explique l'expert forestier. "Pour faire un chantier en 2023, il faut donc les couper maintenant et surtout les couper hors sève, avant la montée de la sève, c'est à dire avant fin mars, parce que si on les coupe en plein été, la sève circule dans l'arbre et le taux d'humidité de l'arbre est trop important" ajoute-t-il. 

Dans les jours et semaines qui viennent, des experts forestiers sur les parcelles privées et des agents de l'ONF dans les forêts domaniales publiques ont donc prévu de sélectionner les 1000 chênes environ nécessaires à la reconstruction de la flèche, pour un abattage dans le courant du mois de mars. Selon les experts forestiers, une opération similaire est prévue à l'automne pour cette fois prélever les chênes qui viendront repeupler la "forêt", surnom de la charpente de Notre-Dame, partie en fumée le 15 avril 2019. Pour cette deuxième phase, les arbres retenus seront moins imposants et donc plus jeunes.

Contacté, l'établissement public en charge de la reconstruction de Notre-Dame de Paris assure que cette convention avec France Bois Forêt n'est pas encore formalisée. Il précise qu'il s'agit pour l'instant de repérages préliminaires et que l'opération doit être lancée dans les prochaines semaines.

Des chênes en nombre suffisant dans les forêts françaises

Les experts forestiers rassurent en tout cas sur les quantités disponibles. Les forêts françaises disposent de suffisamment de chênes pour reconstruire la charpente et la flèche. Selon Philippe Gourmain, la France compte "un stock de chênes d'environ 600 millions de mètres cubes, soit plus d'un milliard d'arbres, de 5 centimètres jusqu'à un mètre de diamètre". "Ce stock s'accroît chaque année de 14 millions de mètres cubes, et les prélèvements annuels représentent à peine la moitié de cette croissance du stock" détaille-t-il.