Gros succès de Netflix, la série plonge le spectateur dans l'univers d'une prison américaine pour femmes. Et elle vise juste sur bien des thèmes, malgré un scénario parfois rocambolesque.

 "Orange is the New Black" est basée sur le livre autobiographique de Piper Kerman, incarcérée en 2004.
"Orange is the New Black" est basée sur le livre autobiographique de Piper Kerman, incarcérée en 2004. © Maxppp / JoJo Whilden / Netflix

Les portes du pénitencier bientôt vont se refermer. La septième et ultime saison de "Orange is the New Black" a été mise en ligne en juillet sur la plateforme Netflix, épilogue des aventures carcérales de Piper, Alex, Taystee, Red ou encore Suzanne, au sein de la prison américaine de Litchfield. 

Basée sur le livre autobiographique de Piper Kerman, incarcérée en 2004 pour blanchiment d’argent, la série créée par Jenji Kohan évoque la violence de la détention, ses dangers, les traumatismes qu’elle génère. Mais aussi les relations amicales et amoureuses, la sororité qui naissent de la cohabitation forcée des détenues. Le tout à l’aide d’une galerie de truculents personnages et de dialogues délicieusement crus. 

Une série dont le Génépi, association qui milite pour le décloisonnement des institutions carcérales, se sert occasionnellement lors de ses interventions en milieu scolaire, afin d’évoquer la problématique carcérale et déconstruire certains stéréotypes. 

En prison, Brigitte Brami, 55 ans, y est allée pour de vrai. Deux séjours de six mois à Fleury-Mérogis (Essonne), en 2008 puis en 2013. Cela a même donné lieu à un livre, Corps imaginaires. Quel regard porte l’ancienne détenue sur "Orange Is the New Black" ? Elle a accepté de répondre à France Inter. 

Sur les relations entre détenues

"Au début j’ai vraiment trouvé la série caricaturale, mais finalement, là où la série vise juste, c’est dans les rapports entre détenues. Dans les premiers épisodes, on voit comment l’héroïne, Piper, tente de se faire une place dans le milieu carcéral. C’est très difficile - j’en ai fait l’expérience - quand on ne vient pas du même milieu que les autres. Elle devient d’ailleurs une tête de turc. 

De fait, en prison, il y a des boucs émissaires. Ça tourne, on ne sait pas pourquoi on le devient, ça tient sans doute à des choses infinitésimales, imperceptibles. Et c’est l’horreur. J’ai moi-même été insultée, traînée dans la cour de promenade, on m’a donné des coups de pied… C’est vous dire que je me suis vraiment identifiée à Piper. 

J’ai vu aussi des amitiés très fortes. Ça peut paraître étrange mais l’on rit aussi, en prison. Et puis il y a les histoires d’amour. C’est parfois tabou mais pourtant très banal. J’ai d’ailleurs retrouvé dans la série ces gestes que j’ai vus si souvent : ces petits cadeaux qu’on fait, comme les piments que Suzanne offre à Piper, les mains sur la cuisse… Que voulez-vous, on tombe amoureux parce qu’on n’a pas d’autre choix (rires) ! Cela fait partie des dérivatifs."

Sur l’ambiance "colonie de vacances" 

"Évidemment, en France, on n’a pas ces uniformes. Les seules à en porter un, ce sont les détenues qui s’occupent de la cuisine. Par ailleurs, en maison d’arrêt comme c’était le cas à Fleury-Mérogis, on n’avait pas de dortoirs, mais des cellules fermées. Il nous était donc impossible de nous promener, comme ça, aussi librement ! 

Certaines détenues, souvent par crainte de l’extérieur, de l’hostilité des autres, restaient dans leur cellule quasiment 24 heures sur 24. Elles refusaient de sortir en promenade, elles refusaient de faire des activités. C'était leur choix." 

Sur la hantise des maladies

"Le corps prend une place extrêmement importante en prison. Malade, il peut devenir obsessionnel. Il faut bien se rendre compte que même obtenir un Doliprane peut être compliqué, en détention. Les produits d’hygiène y sont globalement très chers. Alors on se débrouille comme on peut : beaucoup de femmes se transmettent des remèdes de grand-mère, avec les produits qui peuvent être cantinés. Il y a aussi évidemment la peur des champignons, des mycoses… dans les douches notamment. Celles de Fleury-Mérogis étaient particulièrement moisies et dégueulasses. À l’exception des travailleuses, nous n’y avions accès que deux ou trois fois par semaine." 

Sur la nourriture, dont on rêve à voix haute

"Contrairement à ce qu’on voit dans la série, les repas ne sont pas servis dans un réfectoire mais en cellule. Et effectivement, ça n’est pas bon. Du coup, celles qui ont le plus d’argent cantinent (c’est-à-dire qu’elles achètent des aliments au sein de la prison, ndlr). Dans Orange is the New Black, on voit les personnages rêver à des burgers ou d’autres plats auxquels elles n’ont pas accès. Il est vrai qu’on parle énormément de nourriture en détention. Moi je rêvais de vrai chocolat, de vrai café… En revanche, la cuisinière qui glisse un tampon dans le sandwich d’une détenue qui a critiqué sa cuisine, ça non. Ce serait trop grave. Être à la cuisine c’est un boulot en or, elle aurait bien trop peur de le perdre." 

Sur le lien difficile avec le monde extérieur

"Les parloirs de Fleury n’ont rien à voir avec la grande salle de Litchfield. Ce sont de petits boxes, de 2 mètres carré, vitrés, un peu étouffants. Le parloir est toujours un moment très délicat, après une attente souvent longue. Beaucoup se terminent par des hurlements ou des pleurs. Il y a beaucoup d’incompréhension, avec les proches, ceux qui ne sont pas intra-muros. Car quand on entre en prison, on passe dans un autre monde."

Sur le rapport aux surveillants

"L’agressivité qui prévaut entre les surveillants et les personnages ne correspond pas du tout avec ce que j’ai vécu. Pas du tout. Il n’y pas ces provocations permanentes. En France, dans les prisons pour femmes, il peut y avoir des hommes aux postes de gradés, mais ceux de surveillants sont occupés par des femmes. Personnellement, je n’ai pas vu de violences. Au pire, les surveillantes se vengent en faisant des comptes-rendus d’incidents, qui peuvent vous envoyer au mitard. Il faut faire attention aux fantasmes…  

Dans tous les cas, même si cette représentation du monde carcéral peut être caricaturale, maladroite, je pense qu'il est important de faire entrer dans les foyers ces images-là. Cela fait partie de la vie, ou en tous cas des accidents de la vie."

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