Adaptation fidèle d'une enquête journalistique auréolée du prix Pulitzer, la mini-série de Netflix met en scène deux femmes flics sur les traces d'un violeur. Une série criminelle comme aucune autre, qui souligne les dysfonctionnements du système face aux victimes de viol.

Dans "Unbelievable", Merritt Wever et Toni Collette forment un duo d'enquêtrices admirablement calibré.
Dans "Unbelievable", Merritt Wever et Toni Collette forment un duo d'enquêtrices admirablement calibré. © Beth Dubber/Netflix

Enveloppée dans une couverture, l’air hagard, Marie fait face au policier venu prendre sa déposition. Difficilement, l’adolescente tente de mettre des mots sur ce qui vient de lui arriver : un homme est entré par effraction dans l’appartement où elle vit seule. Le visage masqué, il l’a ligotée, puis violée. Avant de partir, son agresseur l’a prise en photo, la menaçant de diffuser les images si jamais elle venait à parler.

Entre de violents flashbacks, Marie livre pourtant, tant bien que mal, son récit au policier qui l’interroge. Puis au chef de l’enquête, qui lui pose de nouveau les mêmes questions, sans psychologie aucune. Puis à l’infirmière qui l’examine. Puis à la police, encore. Mais en l'absence de preuves matérielles, quelle crédibilité accorder à cette gamine un peu paumée, ballottée d’une famille d’accueil à une autre ? Ceux qui la connaissent ne sont-ils pas les premiers à s’étonner de son attitude étrangement détachée, après le viol qu’elle dit avoir subi ? 

Très vite, la situation se retourne, la victime devient accusée. Face au mur d’incompréhension qui l’entoure, Marie n’a d’autre échappatoire que de prononcer les mots que la police veut entendre. Oui, dit-elle, elle a menti. Heureux hasard, à plus d’un millier de kilomètres, dans le Colorado, deux femmes flics sont elles aussi sur les traces d’un violeur…

Reconstitution minutieuse 

Précis, efficace, sans pathos, le premier épisode de la série américaine "Unbelievable" frappe fort, montrant à quel point l’institution policière peine à entendre la parole des victimes de viol. Alors que "personne ne met jamais en doute la parole de quelqu'un qui dit avoir été cambriolé, ou victime d'un car-jacking", souligne l'un des personnages.

La particularité de la mini-série de Netflix (huit épisodes) tient au fait qu'elle est l'adaptation d’une enquête journalistique publiée en 2015 et récompensée par le prestigieux prix Pulitzer. Là où certains font le choix de laisser la fiction s’accommoder du réel, "Unbelievable" reste fidèle à son point de départ, respectant minutieusement dans sa construction et ses plans, le texte qui l'a inspirée.

Marie et son avocat, au tribunal.
Marie et son avocat, au tribunal. / Netflix

Sans fioriture ni effet de manche, la série écrite par Susannah Grant (à qui l'on doit le film "Erin Brockovich") est portée par un casting de choix : Merritt Wever et Toni Collette ("Muriel", "Little Miss Sunshine") sont formidables en policières obstinées, habitées par leur métier. Sans oublier les personnages secondaires, tous interprétés avec justesse. 

Ici, les hommes sont relégués au second plan. Ce sont les femmes qui font avancer l’enquête - et donc l’intrigue. Fortes, indépendantes, elles soulignent les dysfonctionnements d’un système dans lequel les policiers sont bien moins zélés face à un viol que face à un meurtre. Une réalité récemment décrite dans un article du magazine américain The Atlantic qui racontait comment, par simple négligence policière, près de 200 000 kits de viol contenant les prélèvements de victimes, ont été stockés sans jamais être envoyés au laboratoire pour y être analysés. 

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