Ces dernières semaines, le sujet a largement dépassé le débat médical habituel, surtout depuis que la Haute autorité de santé s'est prononcée pour la fin du remboursement des petites pilules par la Sécurité sociale. Oubliés, les arguments scientifiques : l'homéopathie, c'est désormais un terrain politique.

Tubes de granules homéopathiques. Septembre 2018.
Tubes de granules homéopathiques. Septembre 2018. © Radio France / Stéphanie Berlu

Difficile d'arbitrer entre le gain (très faible) pour les caisses de l'État, et le coût politique, difficile à anticiper, du déremboursement. Surtout quand les grands barons s'en mêlent, et se font les porte-paroles des laboratoires situés dans leurs régions. De Gérard Collomb à Laurent Wauquiez, en passant par Xavier Bertrand, leur opposition se situe d'abord sur le terrain de l'emploi, environ 1300 dans ce secteur.

L'autre petite musique qui revient, c'est celle sur le pouvoir d'achat des Français. Les années passent, l'argument reste : confronté au même arbitrage en 2004, le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy avait préféré le statu quo, estimant qu'il ne s'agissait que "d'une toute petite goutte d'eau dans l'assurance maladie".

Une goutte d'eau à 127 millions d'euros tout de même, "qui donnerait quand même un peu d'oxygène", assure-t-on au ministère de la Santé actuel. C'est plus, par exemple, que la prime versée aux urgentistes.

Maintenir le remboursement actuel, ou tout sucrer

Quant à la perte de pouvoir d'achat, elle serait dérisoire, pas plus de deux euros par mois et par Français. "Il ne faut plus tergiverser, à un moment donné il faut trancher", estime le député En Marche Olivier Veran, rapporteur de la commission des affaires sociales. "Ou l'on considère que, les études scientifiques étant suffisamment robustes, on dérembourse l'homéopathie ; ou l'on considère que politiquement c'est trop chaud, qu'il ne sert à rien de crisper tout le monde, auquel cas on continue de rembourser à 30 %. Mais un remboursement à 15 %, par exemple, ce serait un peu étonnant et un peu dommage."

Agnès Buzyn s'est personnellement engagée pour la fin du remboursement. Tout recul l'affaiblirait politiquement au moment d'affronter les gros dossiers de l'acte 2 : hôpital, retraites, bioéthique et dépendance.

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