Pour l’instant, il ne s’agit que de quelques cas, mais dans ce pays particulièrement pauvre on craint le pire. Le président Jovenel Moise a décrété cette semaine l’état d’urgence sanitaire et mis en place une série de mesures pour éviter une propagation du virus. Sur place, c'est pourtant l’inquiétude.

La ville de Port au Prince à Haiti
La ville de Port au Prince à Haiti © Radio France / Nathanael Charbonnier

Haïti est fragile et pauvre. Fragile avec une crise politique qui dure, et pauvre avec plus de 60 % de la population qui vit essentiellement au jour le jour, en dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour. Si bien que la peur est là."Il y a un climat de panique", explique Louis Naud Pierre, enseignant et chercheur à Port-au-Prince. "La population est exposée aux images qui viennent de partout dans le monde, surtout celles de personnes qui sont à l’hôpital et qui souffrent ou encore d'images de morts. La réponse à cette peur est souvent la prière. Chacun cherche la protection qu’il ne trouve pas au niveau de l’organisation de la société."

Car c’est tout le problème. Le manque de moyens de l’État rend impossible aussi bien l’application du couvre feu, que la distribution de secours. S’ajoute enfin, en matière de soin, le manque de tout. Haiti ne possède par exemple qu'une poignée de lits de soins intensifs pour 11 millions d'habitants. 

Coordinateur à Haïti pour les Nations unies, Bruno Lemarquis en appelle à la communauté internationale. "On doit se mobiliser pour Haïti qui est le pays le plus fragile de toute la région des Amériques". 

Bruno Lemarquis, coordinateur résident des Nations Unis à Haiti
Bruno Lemarquis, coordinateur résident des Nations Unis à Haiti / Nations Unis

FRANCE INTER : quelle est la situation à Haiti actuellement ?

BRUNO LEMARQUIS : "Le pays a été assez privilégié jusqu'à présent par rapport à ses voisins. Mais l'épidémie arrive. Les deux premiers cas ont été confirmés le 19 mars et à ce jour, nous avons 8 cas positifs confirmés. Des cas importés, comme on les appelle, et plus de 50 cas suspects. 

Le 19 mars, le président de la République a déclaré l'état d'urgence, le même jour où les cas confirmés en été annoncés. Donc, pour l'instant, il y a un certain nombre de mesures assez fortes qui ont été prise par l'État, comme dans beaucoup d'autres pays : fermeture des écoles, fermeture des parcs industriels, fermeture des lieux de culte, couvre-feu, interdiction des rassemblement de plus de dix personnes, etc."

Est-ce que ces mesures sont faciles à mettre en application à Haiti où la vie n'est déjà pas simple ? 

"C'est un peu compliqué, vu les niveaux très élevés de pauvreté, de pauvreté extrême, ainsi que les conditions de vie, surtout dans les quartiers urbains défavorisés. Cela entraîne un certain nombre de questions. Les gens vont devoir aller vaquer à leurs occupations pour gagner un peu d'argent, donc cela va être assez compliqué ici. 

La principale crainte, c'est que cette épidémie touche un pays qui est déjà très fragile, qui a beaucoup de vulnérabilités, de déficits de développement et qui, en plus, est souvent frappé par des catastrophes de types tremblements de terre qui entraînent des désastres.

Le système de santé lui-même a des faiblesses. Toutefois, il a aussi des points forts qui viennent de son expérience à traiter des crises sanitaires dans le passé, comme des épidémies de choléra qui font qu'Haïti a un système de surveillance, de détection et de laboratoires qui est bon pour la région.

Le pays aussi a connu des crises répétées et notamment sur la période des deux dernières années, et surtout en 2019, avec l'épisode de pays lock : Haïti a été fermé à cause d'une crise politique sécuritaire. Ce blocage a entraîné pendant plusieurs mois la fermeture des écoles. Les centres de santé ont eu énormément de mal à fonctionner. 

Cela a généré de très grandes difficultés pour les personnes et une très grave crise humanitaire qui est toujours en cours en ce moment avant même l'épidémie du Covid-19. Les taux d'insécurité alimentaire sont extrêmement élevés, avec 35 % de la population haïtienne qui est touchée, voire extrêmement touchée. On peut ajouter aussi des problèmes importants de malnutrition chez les enfants."

Est ce que les hôpitaux vont être en mesure de soigner la population ? 

"Haïti manque cruellement, pour le moment, d'équipement de protection et d'équipement médical spécialisé. On est encore en train d'identifier les lieux, dans chaque département, où la prise en charge pourra être faite. Il y a énormément de travail qui reste à faire pour que le pays soit prêt. On met beaucoup d'espoir aussi sur le niveau communautaire parce que Haïti ne sera certainement pas en mesure de faire face à tous les besoins de prise en charge. C'est au niveau communautaire que la lutte peut se faire avec la diffusion des messages de prévention afin qu'ils passent le plus possible et qu'ils touchent le maximum de la population. 

On doit pouvoir compter aussi sur le soutien de tous et notamment de la communauté internationale. On doit se mobiliser pour Haïti qui est le pays le plus fragile de toute la région des Amériques, et qui a énormément de besoins en ce moment. C'est aussi un appel à la communauté internationale, à la communauté des bailleurs de fonds pour appuyer Haïti après tous les investissements qui ont été faits sur ces dernières années."

"Ça serait vraiment tragique, dramatique, de voir le pays s'enfoncer à nouveau après tout ce qui a été fait pour sa reconstruction depuis le tremblement de terre de 2010."   

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