Fini le recyclage du papier pour financer les sorties scolaires. A Hémonstoir et Saint-Maudan, dans les Côtes d'Armor, l'association de parents d'élèves a stoppé la récolte des journaux et magasines usagés, en mars. Veolia achetait ces déchets déjà triés, mais le cours mondial du déchet papier s'est effondré.

Un bac de collecte (illustration)
Un bac de collecte (illustration) © Radio France / Emmanuel Claverie

Le projet avait vu le jour il y a 7 ans, pour les parents d'élèves de l'association Hermondaise, du regroupement d'écoles des communes de Saint-Maudan et Hémonstoir, dans le sud des Côtes d'Armor : une collecte de journaux, de papiers blancs, de magazines et de publicités, vendus ensuite à l’entreprise Veolia. "A l'année, en général, on récoltait 1200 euros" se souvient Nadège Le Pallud, secrétaire de l'association.

De quoi financier de nombreux projets pour les enfants de l'école : "Ces papiers, on les mettait en bacs, fournis par Veolia, et avec l’argent, on faisait des activités comme des voyages scolaires, des inscriptions à la piscine et des transports" détaille Cirylle Lefeuvre, le président de l'Hermondaise. Mais début mars, Véolia a mis fin à la collecte, réalisée une à deux fois par mois. 

"Suite à la forte baisse des cours des matières fibreuses, papiers, journaux etc, nous ne sommes plus en mesure de vous racheter la matière se trouvant dans les caisses mise à votre disposition" écrit le service client de la société dans un message envoyé à l'association début mars. L'entreprise explique même qu'une collecte pourrait désormais être facturé aux parents d'élèves.

Déjà trois fois moins de recettes l'an passé

Depuis quelques mois déjà, Nadège s'inquiétait. En 2019, l'association n'a récolté que 400 euros environ, trois fois moins que les années précédentes. "Pour la dernière collecte, en janvier, on n'a eu que 5 euros" raconte-t-elle. L'association a donc mis fin à la collecte des papiers, de plusieurs dizaines de tonnes chaque année. "On apprend aux enfants à trier, à faire attention, et les efforts ne sont plus valorisés du tout" regrette la mère de famille.

Cet été, les parents d'élèves vont donc devoir se creuser les méninges pour combler le trou dans la maigre trésorerie de l'association. "Il va falloir qu’on trouve une autre solution et solliciter les parents pour qu’ils nous apportent des idées" prévoit Nadège. Cyrille évoque d'éventuelles "ventes de brioches", car "si on retrouve pas cet argent, les activités devront être revues à la baisse". 

Des déchets pour financer les sorties scolaires

Cet arrêt des collectes par Veolia dans le secteur touchent d'autres associations. A Trévé, près de Loudéac également, l'accord avec Véolia, conclu il y a "5 ou 6 ans" a lui aussi été stoppé, explique Xavier Duault, président de l'amicale laïque, l'association des parents d'élèves de l'école publique.

"Cela permettait de financer le cycle piscine des éleves de toute l’école et payait les entrées" explique-t-il. Avec 25 à 30 tonnes de papier recyclé chaque année, ce sont 1000 euros qui rentraient dans les caisses de l'association. Mais l'an passé "cela s’est complètement effondré avec 300 euros collectés" se souvient le président des parents d'élèves.

Alors l'association a lancé des ventes de nourriture et des repas pour combler ce manque de recettes. Elle a surtout fait appel à "une autre entreprise qui collecte et recyle", près de Nantes. "Mais c’est beaucoup de travail" regrette Xavier Duault, car le système est différent avec l'obligation pour les parents de stocker jusqu'à 6 tonnes avant d'obtenir un passage de l'entreprise. La commune a dû mettre un local à disposition. 

Le cours mondial du papier à recycler s'effondre

L'entreprise Véolia, qui a mis fin à ces collectes, explique que le marché du papier recyclé voit effectivement les cours chuter depuis quelques mois, "faute de débouchés". La demande mondiale de papier est en baisse et la Chine, notamment, qui importait jusqu'à l'an passé une quantité importante de déchets en carton a quasiment fermé ses frontières aux importations, entraînant une surproduction de papier à recycler et une baisse des cours. Résultat, en France, des stocks qui "débordent", alertait en octobre dernier déjà Jean-Philippe Carpentier, président de Federec, la fédération des recycleurs, dans le journal Les Echos.

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