En voulant calmer le jeu, Jean Castex a causé la colère de sa propre majorité en proposant de faire réécrire par une commission l'article 24 de la loi "sécurité globale", votée mardi par les députés. Le Président est sorti de son silence pour apaiser les tensions.

Tout à sa volonté d'apaiser les tensions, Jean Castex a mis le feu à sa majorité.
Tout à sa volonté d'apaiser les tensions, Jean Castex a mis le feu à sa majorité. © Maxppp / Thomas Padilla

Manifestations dans de nombreuses grandes villes de France, ce samedi, contre le projet de loi Sécurité globale, comme la semaine dernière. Et notamment son article 24 qui pénaliserait la diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre. Des défilés qui interviennent après un vendredi chaotique au sommet de l’État, avec un ministre de l’Intérieur décrié par sa majorité, et un Premier ministre recadré par l’un de ses ministres et par les présidents de l’Assemblée et du Sénat. Gérald Darmanin et Jean Castex qui, vendredi soir, ont réuni les piliers de la majorité pour tenter de calmer le jeu, alors qu'Emmanuel Macron prenait la plume au même moment. Ils cherchent la bonne porte de sortie.

La troisième tentative sera-t-elle la bonne ? Le ministre de l’Intérieur a d’abord lui-même amendé son article 24 il y a 10 jours. Résultat : 50 abstentions et 15 vote contre dans la majorité. "On croyait la parenthèse refermée" analyse un député, jusqu’à ce communiqué de Matignon jeudi, annonçant la réécriture de l’article par une commission de magistrats, journalistes, policiers. 

Le feu aux poudres

Tout à sa volonté d'apaiser les tensions, l'exécutif met en fait le feu à sa majorité et c’est l’autorité du Premier ministre qui est publiquement remise en cause par les piliers de la macronie

D’abord le président de l’Assemblée nationale qui "s’oppose" à cette décision de Jean Castex. Il y voit "une atteinte aux missions du Parlement". Puis, c’est le ministre en charge des relations avec le Parlement, Marc Fesneau, qui rappelle à Jean Castex dans un tweet l’article 24 de la Constitution "Le Parlement vote la loi" :

"C’est d’une violence inédite", confirme un marcheur. Le président du groupe Modem, Patrick Mignola, l’attaque aussi frontalement : "À quoi sert l’Assemblée ?" Le patron des marcheurs, Christophe Castaner, n’est pas plus tendre. Ce ne sont pas les grandes gueules, les éternels râleurs, qui montent au front, mais tous les ténors de la majorité contre un Premier ministre, qui "a fait l’erreur de trop" analyse l’un d’eux. "Il vient nous dire : 'vous avez mal voté, vous servez à rien, laissez les experts écrire la loi'"

"Je ne vois pas comment on dépasse ce précédent entre Castex et la majorité" confie un dirigeant du groupe. Sous-entendu : il faudrait changer de Premier ministre. Et cette petite musique, c’est la première fois qu’on l’entend depuis son arrivée à Matignon il y a cinq mois. Cinq mois durant lesquels il n’a cessé d’affirmer qu’il était "le chef de la majorité". "Le répéter sans cesse, c’est de la méthode Coué, il ne m’a jamais parlé plus de 30 secondes", râle un influent député. "Castex est pris de panique", analyse un proche d’Emmanuel Macron. "La création de cette commission, c’était pour tacler Darmanin qui allait trop loin, et ça se retourne contre lui." 

Les députés En Marche réclament un face à face avec lui. Jean Castex est contraint de reculer dans une lettre adressée au président de l'Assemblée. Il assure que cette commission de touchera pas à l'article 24 mais réfléchira aux "conditions de travail et d'intervention de la presse et des forces de l'ordre"

Macron obligé d'intervenir

Cette marche-arrière ne suffisait pas pour calmer les esprits. Le seul véritable ciment de la macronie a donc choisi d’intervenir, un peu après 20h, dans un message publié sur les réseaux sociaux. Emmanuel Macron commence ainsi : "Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte." 

Le chef de l'Etat lance ensuite un appel au gouvernement : qu'il fasse "rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations"

Emmanuel Macron reprend donc ainsi la main, sans évoquer directement cet article 24. Il souhaite "une police exemplaire avec les Français, et des Français exemplaires avec les forces de l'ordre"

Trouver la sortie

Au delà de ce message d'apaisement posté à la veille de nouvelles mobilisations, une porte de sortie législative se dessine, estime plusieurs députés, avec le projet de loi séparatisme laïcité, et son article 25, qui va créer un "délit de mise en danger de la vie d’autrui par publication d’informations personnelles". 

C’est bien sûr l’histoire de Samuel Paty qui a guidé sa rédaction, "mais il pourrait autant protéger les enseignants que les policiers", affirme un député En marche. Et ce serait une issue quasi-immédiate puisque le texte sera présenté, dans dix jours, en Conseil des ministres.

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