Matchs sans public, baisse de revenus pour les joueurs : le monde du tennis s'est adapté à la situation actuelle, provoquée par la crise sanitaire du coronavirus. Mais le Covid-19 aura-t-il raison de la prochaine saison 2021 ? L'avenir est incertain.

Un membre du staff du Masters 1000 de Paris Bercy nettoie le court de l'AccorHotels Arena.
Un membre du staff du Masters 1000 de Paris Bercy nettoie le court de l'AccorHotels Arena. © AFP / Franck Fife

La saison de tennis est à peine terminée qu’il faut déjà se projeter sur celle de 2021 avec en toile de fond, la deuxième vague du coronavirus. La pandémie a sérieusement et considérablement perturbé l’organisation de la saison 2020. Qu’en sera-t-il pour la prochaine ? La question mérite d’être posée et avec d’autant plus d’acuité que 75 des 136 tournois programmés en 2020, hommes et femmes confondus, ont été supprimés du calendrier, soit plus de 50% des tournois annulés. 

"Je vois les six premiers mois, ou au moins jusqu'à la saison de terre battue, sur le même format que la fin de saison 2020. Sur du huis clos ou des jauges réduites", prédit Jean-François Caujolle, le directeur de l’Open 13 de Marseille, qui voit un premier semestre allégé en tournoi. "Il n'y a pas d'inquiétudes particulières", dit-il. Sauf pour les joueurs, à l’image du 83ème mondial, le Français Pierre-Hugues Herbert, plutôt dubitatif et un brin désabusé : "C'est la première fois qu'on n'a pas les infos, pas de calendrier, beaucoup d'inconnues et qu'on commence pourtant à préparer la saison." 

Patience

Alors les joueurs attendent et ils ont tout intérêt à être patients. L’ATP et la WTA, les deux instances qui gèrent le tennis masculin et féminin, restent sur la base du calendrier déjà établi mais, immanquablement, il va falloir effectuer des aménagements en fonction de l’évolution de la crise sanitaire à travers le monde. C’est ce que dit Gérard Tsobanian, co-directeur du Masters 1000 de Madrid. "Je pense qu'ils vont y aller par étapes. Le premier trimestre sera établi prochainement et, suivant l'évolution et l'amélioration de la situation, ils dévoileront la suite du calendrier. Il y aura sans doute des annulations ou des passages à huis clos et on verra comment la situation évolue au fur et à mesure des semaines", estime-t-il. 

En attendant, l’Open d’Australie est toujours prévu du 18 au 31 janvier mais tous les tournois de préparation prévus en Australie et dans les pays voisins durant la première quinzaine de janvier sont menacés de délocalisation, d’annulation ou de report. En revanche s’ils ont lieu - ce qui est loin d’être certain - ils se dérouleront donc vraisemblablement sans public. Et ça… Ça n’enchante pas Pierre Hugues Herbert :

"Organiser des tournois à huis clos c'est une grande chance, mais ce n'est pas l'avenir de notre sport. Ce qui fait sa beauté, c'est les ambiances, le partage en direct. A force, ça risque de tuer ce sport."

Tout le monde n’est pas aussi pessimiste que Pierre Hugues Herbert, même si Gérard Tsobanian attend aussi avec impatience le retour des spectateurs dans les tribunes. "Ce n'est pas uniquement pour la billetterie, mais pour partager l'ambiance, avec les athlètes, qui ont besoin de cet échange avec le public. C'est comme un bon plat auquel il manque un ingrédient important, s'il n'est pas là, ça n'a pas de goût", constate le co-directeur du Masters 1000 de Madrid.

Sponsors fidèles

Le tennis vit sous cloche depuis huit mois mais Jean Français Caujolle n’est pas inquiet pour son avenir. Le système économique est solide, du moins suffisamment pour assurer la continuité et la pérennité de l’activité. Les principaux sponsors sont là, fidèles et déterminés à maintenir le tennis. "Je crois que la force du tennis, ça a été de montrer que les partenaires principaux (BNP, Rolex, Emirates) sont toujours là. Il y a toujours cette économie autour du tennis, qui a résisté, ce qui prouve sa force et sa vitalité." 

Mais parallèlement, le directeur du tournoi marseillais reconnait que la crise sanitaire a révélé des carences dans le fonctionnement du circuit professionnel. Il est évident, voire capital, que les organisateurs s’adaptent et fassent des efforts financier pour installer leur tournoi dans le calendrier… quitte à perdre de l’argent. "Beaucoup de promoteurs ont pris le risque, ont tenu à organiser et maintenir le fil conducteur du circuit sur la fin de saison. Sur les tournois du début de saison, Montpellier, Rotterdam, Marseille, on est tous prêts à prendre le risque et perdre de l'argent, pour que le circuit continue." 

Le ciel est sombre au-dessus de la saison 2021 de tennis.
Le ciel est sombre au-dessus de la saison 2021 de tennis. © AFP / Thomas Samson

Accepter de perdre de l'argent

De leur côté, les joueurs aussi vont devoir faire des efforts. Accepter l’idée de gagner moins d’argent. Les organisateurs vont réduire le "prize money" - l’argent gagné par les joueurs en fonction des tours passés en tournoi. Ils vont aussi supprimer les "garanties", ces fameuses sommes, parfois faramineuses, qui assurent la présence de quelques-uns des meilleurs joueurs du monde dans certains tournois, hors Grand Chelem et Masters 1000. 

"On n'est pas bêtes. On préfère jouer un tournoi et retravailler, avec moins de 'prize money', que de ne pas jouer du tout. Je pense que les joueurs vont continuer à faire cet effort, mais il faut arriver à trouver l'équilibre, entre des tournois et des joueurs", explique Pierre-Hugues Herbert, conscient que les joueurs n’ont pas d’autre choix que d’accepter cette baisse de revenus.    

D'ailleurs, Jean François Caujolle est ravi de constater que les joueurs prennent leur responsabilité et qu’ils reviennent aux vraies valeurs du sport, sans penser à l’argent : "La priorité pour les joueurs c'est de jouer. Ils se rendent compte de la situation des tournois, de l'économie et font l'effort pour réduire de moitié les 'prize money'. Ils ont besoin de titres, de Grands Chelems, etc."

"L'argent c'est important, mais ce qui est important c'est de gagner Roland Garros, Wimbledon, de lever le trophée."

Un modèle qui "marche bien" 

Pour tous les observateurs du circuit professionnel, le tennis n’est pas en crise. La situation sanitaire, certes, fait vaciller l’édifice mais pour Gérard Tsobanian, il est inutile de revoir en profondeur les fondations du modèle économique. "Le modèle marchait bien avant la crise. Et c'est une crise sanitaire, pas économique due au mauvais fonctionnement d'un sport ou d'une industrie. Il faut retourner à la normale, apprendre de cette expérience et construire là-dessus mais je ne pense pas que le modèle soit à changer."

Les dirigeants du tennis mondial ne prévoient pas un retour à la normale avant le mois de mai ou le mois de juin prochain… Soit avant ou après Roland Garros.   

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