Dans les années 70, le Mouvement de libération des femmes a pavé le chemin de décennies de combats féministes. Retour en images sur les batailles menées par le mouvement.

Le Mouvement de libération des femmes s'est surtout illustré dans les années 70.
Le Mouvement de libération des femmes s'est surtout illustré dans les années 70. © AFP / AFP

Le Mouvement de libération des femmes célèbre ce mercredi ses 50 ans. Très actif dans les années 70, où il a notamment lutté pour la légalisation de l'avortement, le MLF s'est quelque peu étiolé par la suite, donnant naissance à d'autres courants féministes. Mais son héritage pour les droits des femmes reste solide, pavé par des actions fortes dans les années 70 et au début des années 80. Une gerbe pour la femme du soldat inconnu, le "manifeste des 343", les "États généraux des femmes" : France Inter vous propose 10 photos marquantes, qui témoignent de la lutte inlassable du mouvement pour les droits des femmes.

Le 26 août 1970 : une gerbe pour la "femme" du Soldat inconnu, acte fondateur

Les militantes ont été arrêtées à l'approche de l'Arc de triomphe.
Les militantes ont été arrêtées à l'approche de l'Arc de triomphe. © AFP / AFP

Le 26 août 1970, neuf femmes tentent de déposer sous l'Arc de Triomphe à Paris une gerbe pour la "femme" du Soldat inconnu, avant d'être arrêtées par les forces de l'ordre à leur approche. Une date souvent associée aux débuts du mouvement, qui fait irruption dans la sphère publique un jour de grève des femmes aux États-Unis. Un épisode considéré comme l'une des premières actions médiatiques du Mouvement de libération des femmes.

Le "Manifeste des 343"

Le "Manifeste des 343", publié dans le Nouvel observateur.
Le "Manifeste des 343", publié dans le Nouvel observateur. / Nouvel observateur

C'est un texte qui a un écho fulgurant à l'époque. Le 5 avril 1971, de nombreuses militantes du Mouvement de libération des femmes signent le "Manifeste des 343", publié dans le Nouvel Observateur. 343 femmes - dont des personnalités comme Catherine Deneuve ou Simone de Beauvoir - affirment avoir avorté, s'exposant ainsi à des poursuites pénales.

Début des années 70 : mobilisations pour le droit à l'avortement et à la contraception

Une marche pour le droit à l'avortement et à la contraception, en 1972.
Une marche pour le droit à l'avortement et à la contraception, en 1972. © AFP / AFP

Paris, novembre 1972. Un millier de personnes participent à une manifestation organisée par le Mouvement de libération des femmes pour le droit à l'avortement et à la contraception, un combat acharné du MLF. En 1974, la pilule contraceptive sera remboursée par la sécurité sociale. En 1975, la loi Veil légalise l'interruption volontaire de grossesse.

Le "procès de Bobigny"

Accrochages entre des militants du MLF et les forces de l'ordre en 1972, lors du "procès de Bobigny".
Accrochages entre des militants du MLF et les forces de l'ordre en 1972, lors du "procès de Bobigny". © AFP / AFP

Le 8 novembre 1972 à Bobigny, des manifestants du Mouvement de libération des femmes se retrouvent aux prises avec les forces de l'ordre. Les altercations ont lieu pendant l'audience en correctionnelle de Michèle Chevalier dans l'affaire de l'avortement clandestin de sa fille, Marie-Claire, enceinte à la suite d'un viol et relaxée le 11 octobre précédent. La défense à ce procès dit "de Bobigny", qui connaît un fort écho médiatique, est brillamment assurée par l'avocate et figure féministe Gisèle Halimi, décédée fin juillet.

La "Librairie des femmes"

La "Librairie des femmes", à l'époque rue des Saint-Pères à Paris.
La "Librairie des femmes", à l'époque rue des Saint-Pères à Paris. © AFP / AFP

Sur ce cliché, une vue intérieure de la "Librairie des femmes", créée par le Mouvement de libération des femmes rue des Saint-Pères à Paris et ouverte en mai 1974. De nombreuses artistes, comme Sonia Delaunay, Kate Millett ou Louise Nevelson y exposent leurs œuvres. Cette librairie-galerie ferme en 1999, mais rouvre rue Jacob, en exposant d'autres artistes comme Colette Debré ou Niki de Saint-Phalle. Vous pouvez d'ailleurs toujours pousser sa porte aujourd'hui

1978 : un procès emblématique au tribunal d'Aix-en-Provence

L'avocate Gisèle Halimi, robe d'avocate à la main et figure emblématique des droits des femmes, avec des militantes du MLF.
L'avocate Gisèle Halimi, robe d'avocate à la main et figure emblématique des droits des femmes, avec des militantes du MLF. © AFP / Gérard Fouet

C'est le deuxième procès emblématique de Gisèle Halimi. Sur cette photographie, l'avocate s'entretient avec des militantes du MLF, en présence de deux plaignantes, Anne Tonglet et Araceli Castellano, lors du procès aux assises de trois jeunes gens accusés d'avoir violé les deux jeunes filles. Le Mouvement de libération des femmes et l'Association dite "La Cause des Femmes" se sont mobilisés pour que le procès des violeurs ait le maximum de retentissement. Gisèle Halimi s'est évertuée - soutenue par des centaines de militantes déterminées - à faire condamner les violeurs, six ans après le procès de Bobigny. Deux ans plus tard, une loi reconnaît le viol comme un crime.

1982 : les "États généraux des femmes"

Des militantes du MLF manifestent le 06 mars 1982 à Paris.
Des militantes du MLF manifestent le 06 mars 1982 à Paris. © AFP / JOEL ROBINE

Le 6 mars 1982, sur proposition du MLF, se tiennent les "États généraux des femmes" contre la misogynie. Plus de 2.000 femmes remplissent alors le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, et défilent dans les rues de la capitale. 

Une ministre déléguée aux Droits de la femme

Yvette Roudy, ministre délégué aux Droits de la femme.
Yvette Roudy, ministre délégué aux Droits de la femme. © AFP / Julien Cassagne

La dynamique du Mouvement de libération des femmes s'essouffle. Mais plusieurs groupes - notamment régionaux - poursuivent ses actions, en parallèle d'une phase d'institutionnalisation portée par l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, avec l'élection de François Mitterrand et la création d'un ministère délégué aux Droits de la femme. Yvette Roudy, ici prise en photo en 1984, obtient le portefeuille. 

Figures emblématiques

Antoinette Fouque, fondatrice du MLF, en 2006.
Antoinette Fouque, fondatrice du MLF, en 2006. © AFP / BERTRAND GUAY

Si le Mouvement de libération des femmes s'est étiolé, il a pavé la voix à toute une nouvelle génération de luttes féministes. Et ses figures continuent de porter aujourd'hui ses valeurs nées dans les années 70. Sur la photo ci-dessus, Antoinette Fouque, fondatrice du MLF, participe en novembre 2006 à un colloque international à la Sorbonne, intitulé "Femmes de mouvements, hier, aujourd'hui, pour demain". 

Décennie 2010 : un héritage et des combats toujours vivaces

Une jeune femme milite pour l'égalité salariale, à l'occasion du 40ème anniversaire de la création du MLF.
Une jeune femme milite pour l'égalité salariale, à l'occasion du 40ème anniversaire de la création du MLF. © AFP / Mehdi FEDOUACH

8 mars 2010. À l'occasion des 40 ans du Mouvement de libération des femmes, des personnes manifestent à l'appel du Collectif du Droit des Femmes à Paris, dans le cadre de la journée internationale de la Femme. Car si certains combats du MLF ont été gagnés, d'autres restent à mener, comme l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. Revendication brandie par la jeune femme sur la photo.