Après les critiques adressées au moteur de recherche franco-allemand Qwant, le président Eric Léandri nomme un nouveau directeur général. Tristan Nitot, ex-vice-président et porte-parole, devient directeur général, pour renforcer le développement technologique de l'entreprise.

Tristan Nitot, nouveau directeur général de Qwant
Tristan Nitot, nouveau directeur général de Qwant © DR

Tristan Nitot est l'une des figures marquantes de l'internet libre en France, militant du logiciel open source, ex-membre du Conseil National du Numérique. Il a dirigé et fait grandir Mozilla en Europe, fondation à l'origine du navigateur américain Firefox et œuvrant pour l'implantation de logiciels libres. Tristan Nitot a rejoint Qwant en 2018 en tant que  vice-président et porte-parole, en même temps que François Messager, nommé directeur général. Aujourd'hui les cartes changent de mains, François Messager sort du jeu, et Tristan Nitot prend sa place. Ce remaniement intervient après que Qwant ait été mise en cause dans Next INpact puis Médiapart, sur les défaillances de sa technologie, ses finances, et sur le passé du fondateur du moteur de recherche franco-allemand, Eric Léandri. 

Next INpact a révélé notamment que Qwant délivrait des résultats datés de 2017, en 2019. Des correctifs ont été apportés depuis, mais l'affaire a fait polémique et entaché sa réputation. Médiapart de son côté, dévoilait fin août des précisions sur l'actionnariat de la société. On y trouve selon nos confrères, des personnalités comme Nicolas Sarkozy, la société Bad Boys SA pointée du doigt dans les Paradise Papers, Bad Boys intervenant dans l'intermédiaire de Victor 47, société holding détenue par Eric Léandri.  Information qu'il a démentie dans une interview à Clubic, en disant "Elle ne fait vraiment plus partie des actionnaires de Qwant. Le contraire est un pur mensonge".

Une assemblée générale est attendue lors de laquelle Qwant pourrait publier ses comptes 2018. Entre temps, elle annonce un changement à sa tête. Tristan Nitot, estime que "Eric Léandri est un homme fondamentalement honnête. En l’occurrence il a été victime de ce qui semble être une escroquerie. Aujourd'hui l'affaire est close. Je n'ai rien à lui pardonner, il a un casier vierge, tout va bien". 

"Il faut structurer la technologie, mieux communiquer, réorganiser les ressources humaines" 

Chez Qwant on affirme que la mission confiée à François Messager, la structuration de l'entreprise qui est en forte croissance, a été bien remplie. "Moi j'ai un profil différent, plus technique, plus international, et plus communicant. C'est devenu nécessaire aujourd'hui chez Qwant" explique son successeur. 

Désormais Qwant lui demande donc de développer des activités en Europe, comme il l'a fait avec Mozilla Europe (qui est passé de 8 employés à 1300). Ce rôle de directeur général, " il y a un an je ne l'aurais pas accepté", dit Tristan Nitot. "J'ai bien vu Qwant se transformer sous l'impulsion de François Messager, je lui sais gré de cela, je n'aurais pas été capable de le faire. Aujourd'hui c'est une autre étape, il faut structurer la technologie, mieux communiquer, réorganiser les ressources humaines, et ça c'est plus moins profil." 

Sa nomination équivaut-elle à une reprise en mains de Qwant par Eric Léandri ? "Non, c'est une question d'étape", affirme-t-il. Quelle est la priorité sur le bureau de Tristan Nitot ? Les solutions technologiques, adaptées aux utilisateurs, et "c'est aussi la régie publicitaire que nous développons et qui est déjà en test et qu'il va falloir déployer", précise-t-il. 

Qwant s’est associé à Microsoft et sa régie publicitaire Bing Ads pour gérer ses placements publicitaires. Pour l'avenir, une nouvelle régie est en test et son développement continue, sans qu'une date de sortie soit fixée. C'est aussi par là, que Qwant espère maîtriser, augmenter, ses recettes.

Qwant en déficit choisi, pour continuer à investir en technologie

Qwant est en déficit, "un déficit choisi" explique le nouveau patron, car il s'agit d'investir sans cesse dans la technologie. "On pourrait faire des profits et investir beaucoup moins en R&D, mais ce n'est pas avec une stratégie de gagne-petit que nous construirons un moteur de recherche indépendant en Europe. Notre premier poste de dépenses c'est la masse salariale pour avoir les meilleurs talents, et l'un des autres gros postes ce sont les serveurs." 

Qwant possède actuellement 500 serveurs pour assurer le travail d'indexation des pages du web, essentiellement en France et en Suisse. Et la société loue des serveurs de Microsoft pour offrir des résultats plus performants. Pour le nouveau directeur général, il faudra à l'avenir dégager de la trésorerie pour avoir plus de serveurs "tout en développant notre logiciel".  

Cela repose la question de l'attelage de Qwant à Microsoft, tandem avec un géant américain pour lequel le moteur franco-allemand est critiqué. "Avec Microsoft les choses évoluent au fil des années. Nous avions recours à son moteur Bing pour la recherche d'images, et nous aspirons à y avoir de moins en moins recours. Notre nouveau partenariat avec Microsoft consiste à louer de la place sur leur cloud Azur, pour être plus libres et indexer le web avec une meilleure qualité de résultats. Donc on fera de moins en moins appel à Bing et de plus en plus à Azur", précise Tristan Nitot. 

En cette rentrée, Qwant est en attente de la décision de la Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat (Dinsic), pour l'installation de Qwant sur les 20 millions de postes informatiques de l'administration française. Décision toujours en attente, pour laquelle Cédric O, le secrétaire au numérique aurait dit que "le feu n'est pas rouge". Chez Qwant, nul n'a l'air de savoir quand il passera au vert. "Je pense que ça va bien se passer", répond Tristan Nitot, "mais je n'ai pas d'information". 

Qwant qui axe toute sa politique de communication sur la protection des données privées est sur le fil du rasoir, dans l'obligation de devenir une société internationale, d'engranger encore plus d'internautes, pour changer de braquet. Tristan Nitot maintient les ambitions que le président de Qwant a toujours défendues. 

Il n'est pas nécessaire d'abattre Google pour gagner la partie. 

"Nous avons actuellement presque 5% de part de marché en France, nous visons 15 % pour assurer une alternative à son système hégémonique. On vise plus haut bien sûr, mais ce sera déjà une première étape". Pour lui, la défense de la vie privée restera un sujet pour la génération d'internautes qui arrive. Il rappelle que Mozilla a commencé ce combat il y a 22 ans. "L'histoire nous a donné raison. L'avenir sera celui que nous construirons, avec des outils respectueux, et rentables. Aujourd'hui les jeunes partagent des 'stories' qui disparaissent rapidement. La vie privée, ça devient cool, malgré le fait que Zuckerberg essaie de récupérer cette notion à mauvais escient".

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