Berlin se dote aujourd’hui d’un aéroport international à l’image des autres grandes capitales européennes. Il a coûté plus de 6 milliards d’euros, trois fois plus que prévu. Il ouvre avec plus de 8 ans de retard et en pleine pandémie de coronavirus. Récit d’un aéroport déjà maudit.

Des avions de la compagnie EasyJet sur le tarmac de l'aéroport de Berlin, le 29 octobre 2020
Des avions de la compagnie EasyJet sur le tarmac de l'aéroport de Berlin, le 29 octobre 2020 © AFP / PATRICK PLEUL / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

Les Berlinoises et les Berlinois préfèrent en rire. Six fois, on leur a dit que l’aéroport international Willy-Brandt, ancien chancelier ouest-allemand (connu sous le code international BER) allait ouvrir. Six fois, l’inauguration a été reportée.

Mais ce samedi 31 octobre 2020, plus rien ne peut empêcher son ouverture. Il y a encore un "mais". Ce ne sera pas la grande fête prévue, en raison de la pandémie de coronavirus. Lufthansa et Easyjet ont certes prévu de faire atterrir simultanément deux vols spéciaux en fin de journée -les premiers décollages sont, eux, prévus dimanche- mais les premiers passagers vont déambuler dans un gigantesque Terminal 1 quasi fantomatique. Il faudra s’y faire pendant sans doute encore longtemps. Cet aéroport ouvre à l’heure où le trafic aérien mondial chute sévèrement de 66% par rapport à 2019, avec une demande en baisse de 68% pour le mois de décembre, selon l’Iata (Association international du transport aérien qui regroupe 290 compagnies aériennes) qui a dévoilé ces chiffres mardi dernier.

Gouffre financier et risée nationale

L’opérateur FBB, qui gère les aéroports des Länder de Berlin et du Brandebourg (Tegel, Schönefeld et Willy-Brandt), n’a plus un sou. La construction de cette nouvelle plateforme aéroportuaire est soutenue, quoiqu’il en coûte aux contribuables, par le gouvernement fédéral allemand qui s’est engagé à finir les travaux. Il pourrait coûter in fine jusqu’à 10 milliards d’euros. Son inauguration était prévue en 2012 à une époque où les prévisions du trafic aérien prévoyaient une explosion mondiale. 

Le plan était le suivant : BER devait être le symbole d’une ville et d’un pays réunifiés. Les aéroports de Berlin-ouest, Tegel et Tempelhof, devaient fermer ainsi que Schönefeld, l’aéroport de l’ex-RDA, pour laisser place, aux abords de ce dernier, à une plate-forme ultra-moderne. Tempelhof, lieu du célèbre pont aérien de Berlin en 1948/49, a fermé le premier, en 2008 offrant une immense aire de jeux aux habitants de la capitale. BER devait ouvrir quelques années plus tard, entraînant la fermeture des deux aéroports restants dans la nuit du 2 au 3 juin 2012. Près de 9 ans plus tard, les choses se déroulent enfin comme prévu. L’aéroport Willy-Brandt est devenu, entre-temps, un tel objet de risée nationale, que plus personne n’ose vraiment croire qu’il entre en service

Et si on arrêtait tout...

Chantier stoppé à plusieurs reprises, soucis de câblages électriques et éclairage défaillant, dispositifs de sécurité incendie défectueux, escaliers mécaniques trop courts, défauts de construction, soupçons de corruption… cet aéroport a tout connu. Un rapport avait détecté pas moins de 550 000 problèmes à régler avant d’autoriser sa mise en service. Il a même sérieusement été envisagé de tout arrêter, de tout détruire et de recommencer ! 

Les Berlinoises et les Berlinois ne l’ont jamais vraiment aimé. Ils regrettent ce que cette ouverture entraîne : la fermeture de Tegel, cet aéroport à taille humaine, non loin du centre-ville, construit en 90 jours pendant le blocus de la ville par les Soviétiques. Difficile de faire plus rapide !

Pendant toutes ces années d’inactivité, le nouvel aéroport a coûté extrêmement cher en maintenance. Il a fallu, par exemple, régulièrement ouvrir les robinets ou tirer des chasses d’eau pour conserver les tuyauteries en bon état. Sans parler des commerces ou des hôtels restés désespérément vides durant des années mais entretenus par du personnel de ménage circulant dans un lieu qui incarne, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, “le champ de débris final de la mondialisation et de son gigantisme”. 

Le groupe d’activistes écologiques Extinction Rebellion le juge tellement hors norme et d’une époque révolue qu’il entend perturber cette journée d’inauguration ce samedi 31 octobre 2020.

“Qui sait, si ce sera un jour terminé”  lance un ouvrier qui travaille encore sur une partie de l’aéroport toujours en chantier. 

Il reste à terminer, entre autres choses, le terminal VIP qui accueillera les invités internationaux et les avions gouvernementaux ainsi qu’à rénover l’ancien terminal de Schönefeld qui deviendra le terminal 5 de ce flambant mais amer et désert BER. 

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