Skipper sur son Imoca "Newrest Art et Fenêtres", Fabrice Amedeo s’apprête à vivre deux courses hors du commun : le Vendée Arctique au départ des Sables d'Olonne samedi puis le Vendée Globe en novembre. A bord, le navigateur a installé deux capteurs océanographiques pour recueillir des données inédites sur l’océan.

Fabrice Amedeo avec l'un des capteurs dont sera équipée son embarcation
Fabrice Amedeo avec l'un des capteurs dont sera équipée son embarcation © Jean-Marie Liot / Newrest - Art & Fenêtres

Un vent de force 5 souffle sur les voiles du bateau de Fabrice Amedeo. La coque noire s’envole, les foils couleur orange décollent. Au large de la Trinité-sur-Mer, son port d’attache, c’est l’heure des derniers réglages. Le moment aussi de montrer aux scientifiques porteurs du projet comment sont installés les capteurs océanographiques dans la cabine. L’un est destiné à mesurer la salinité et la température de l’eau, tout au long de la course autour du monde, l’autre, inédit, permettra de recueillir des micro-plastiques dans l’océan. L’eau est pompée à plus d’un mètre de profondeur.

"C’est doublement une première, détaille non sans fierté Fabrice Amedeo. C'est mon premier Vendée globe sur ce bateau très rapide et très exigeant, avec ses foils, et la première fois avec à bord un capteur de micro-plastiques qui permettra pendant trois mois d’étudier la pollution plastique dans l’océan". 

Car en effet, chaque jour, que ce soit pendant le Vendée Artique-Les Sables d’Olonne ou pendant le Vendée Globe, ce navigateur devra prendre du temps sur sa course pour changer les filtres des capteurs, deux fois par 24 heures, pendant trois mois.

Les filtres devront être changés deux fois toutes les 24 heures
Les filtres devront être changés deux fois toutes les 24 heures / Jean-Marie Liot / Newrest - Art & Fenêtres

Pour les scientifiques comme Christophe Maes, océanographe à l’Institut de recherche et de développement à Brest, cette collaboration est pleine de promesses car "on a aujourd’hui très peu de données sur ces micro-plastiques et ces voiliers vont dans des régions comme l’océan indien très peu étudiées".

Mesurer la concentration en plastique

Au retour des courses au large, c’est Catherine Dreanno, cadre de recherches à l’Ifremer, qui traitera en premier ces filtres récupérés sur le bateau chaque jour. Elle en analysera la composition pour essayer de comprendre comment ils ont été dégradés. S’il est impossible à ce stade de trouver le "coupable" et de remonter totalement l’origine de ces plastiques, cette étude permettra néanmoins de mesurer la concentration en plastique de l’eau dans ces différents points du globe. "On va pouvoir avoir la signature du polymère et comprendre comment sont distribués ces micro-plastiques dans l’océan", détaille-t-elle. Par exemple, une bouteille de plastique met une centaine d’années à se dégrader. 

Or ces micro-plastiques polluent les mers et les organismes vivants. Jérôme Cachot, chercheur au CNRS à l'Université de Bordeaux, utilisera également les échantillons prélevés à bord pour étudier encore plus la toxicité de ces plastiques. "On trouve dans ces microparticules de moins de 5 millimètres des perturbateurs endocriniens, des composés biocides, des composés cancérigènes, et lorsqu’ils se dégradent, ils se retrouvent dans les organismes vivants qui les ingèrent", constate-t-il. Or jusqu’à présent, ces analyses n’ont pu être réalisées que grâce à des prélèvements d’eau près des côtes. "Une telle étude n’a jamais été faite sur des prélèvements d’eau en plein océan" se réjouit-il. 

Fabrice Amedeo voulait donner un sens supplémentaire à ses courses au large
Fabrice Amedeo voulait donner un sens supplémentaire à ses courses au large © Radio France / Célia Quilleret

50 kilos de matériel à transporter

Or il y a urgence à agir selon les scientifiques, qui partagent la même inquiétude que le navigateur. "L’idée n’est pas de traiter les océans, cela demanderait trop d’efforts et d’argent, mais si on remonte la source de ce plastique près des côtes, on pourra agir pour éviter que ces plastiques n’arrivent en mer", estime Christophe Maes. 

"Si on ne fait rien, selon certaines études, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans en 2050, on ne peut pas laisser faire ça", se désole-t-il. 

Le but est donc de prévenir cette pollution plastique, ce qui suppose de mieux la connaître. Quand il scrute l’horizon sur son voilier, Fabrice Amedeo sait bien qu’il partira avec un certain handicap dans son Vendée Globe, il portera en effet près de 50 kilos de matériel accumulé en fin de course, il dépensera 15% d'énergie en plus, mais qu’importe, ce marin veut absolument tracer cette nouvelle route du plastique pour tenter de protéger son océan. 

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