Le débat sur l'euthanasie, relancé à travers une proposition de loi examinée ce jeudi à l'Assemblée, continue à diviser la classe politique mais aussi les spécialistes. Signe d'un sujet toujours aussi douloureux, cinq ans après la loi Claeys-Leonetti, que beaucoup jugent insuffisante.

En juin 2020 Marie Jeanne O'Toole , défendait le droit à l'euthanasie par des affiches aux fenêtres de sa maison. Elle n'est pas malade, dit-elle mais a vu sa mère mourir en souffrant
En juin 2020 Marie Jeanne O'Toole , défendait le droit à l'euthanasie par des affiches aux fenêtres de sa maison. Elle n'est pas malade, dit-elle mais a vu sa mère mourir en souffrant © Maxppp / Florian SALESSE

L'Assemblée débat ce jeudi d'une proposition de loi pour le droit à "une fin de vie libre et choisie". C'est la première fois qu'un texte sur l'euthanasie (bien que le mot n'y figure pas) est adopté en commission des affaires sociales et est donc discuté dans l'hémicycle.

Après la loi Leonetti de 2005 instaurant un droit au "laisser mourir", puis la loi Claeys-Leonetti de 2016 qui autorise une "sédation profonde et continue jusqu'au décès", cette nouvelle proposition de loi veut créer un droit à l'euthanasie pour les personnes souffrant d'une pathologie incurable. Le texte prévoit notamment "une assistance médicalisée" permettant "une mort rapide et sans douleur" à "toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable (...) lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable".

Une loi Claeys-Leonetti souvent jugée insuffisante

Selon ses défenseurs, ce texte pointe les insuffisances de la loi et des médecins qui se sentent impuissants face à certains de leurs malades.

Neurologue à l'hôpital Saint-Antoine, le docteur Valérie Mesnage prend en charge des maladies incurables, comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou maladie de Charcot, entrainant une paralysie qui à terme empêche de bouger, de manger, puis de respirer. "D'où des demandes d'euthanasie", explique le médecin. "En tous les cas moi je l'entends, sauf que je ne peux rien y faire actuellement"

Car la loi sur la fin de vie n'autorise qu'un endormissement, c'est à dire une sédation profonde et continue jusqu'au décès. Et encore, dans des situations très précises : "Si vous ne dépendez pas d'une alimentation artificielle, d'une hydratation artificielle ou d'une ventilation assistée, vous n'aurez pas accès à la loi Claeys Leonetti, notamment la sédation profonde et continue", regrette la neurologue. "Il est des souffrances qu'on ne peut pas soulager, effectivement".

"Il y a encore trop de situations où on ne prend pas en charge la souffrance"

Par ailleurs, cette sédation ne peut être pratiquée que lorsque le pronostic vital est engagé à court terme, quelques heures à quelques jours. Des médecins craignent de l'appliquer trop tôt. Tous les cas ne rentrent donc pas dans le cadre de la loi.

Le docteur Valérie Mesnage évoque un "mal mourir", soit "une non-prise en charge de la souffrance". "Il y a encore trop de situations où on ne prend pas en charge la souffrance. Cela montre les insuffisances de la loi actuelle."

Le texte présenté promet une mort rapide et sans douleur. Pour un patient dans une impasse thérapeutique, sa demande serait examinée par trois médecins et l'acte létal réalisé sous contrôle médical.