Emmanuel Macron envisage le report des élections régionales après la présidentielle de 2022. Marine Le Pen s'y oppose officiellement. Mais, au sein de son parti, on y voit plusieurs avantages.

Jordan Bardella pourrait mener la campagne pour les régionales en Île-de-France
Jordan Bardella pourrait mener la campagne pour les régionales en Île-de-France © AFP / Bertrand Guay

La politique est ainsi faite. Une élection en chasse une autre. Au lendemain des municipales, cap sur la prochaine échéance. Ce devrait être, en mars prochain, les élections départementales et régionales. Mais Emmanuel Macron aimerait les reporter au-delà de la présidentielle de 2022, officiellement pour réorganiser leurs compétences et ne pas interférer dans les plans de relance. "Les élections ne sont pas facultatives" a, tout de suite, réagi Marine Le Pen. Cela "démontre que le président de la République ne se sent tenu par rien, il se comporte en mauvais monarque (...) jusqu'à faire du chantage aux présidents de régions". 

Voilà pour la version officielle. Mais, en coulisses, son entourage l'admet du bout des lèvres : ce report des régionales arrangerait la présidente du RN. Ces élections seraient pour leurs opposants un tremplin. Et pour les deux adversaires un obstacle :  Emmanuel Macron et Marine Le Pen redoutent cette échéance, qu'elle soit départementale ou régionale, avec très peu de potentiels gagnants. 

Dimanche soir, les résultats des municipales ne les ont pas rassurés. Marine Le Pen a perdu plus d'un tiers de ses conseillers municipaux. Et Emmanuel Macron n'a gagné aucune grande ville. La gauche, les écolos, pourraient à nouveau sortir vainqueur de cette séquence, et tenter de bouleverser, un an avant, le duel qu'ils entretiennent. La droite a, aussi, de quoi rebondir. Emmanuel Macron "n'a pas envie de se prendre une raclée à un an de la présidentielle" assure Xavier Bertrand, le patron des Hauts-de-France sur France Bleu Nord ce mercredi matin. 

"Marine Le Pen cherche déjà à figer le match, assure un de ses lieutenants. De Gaulle, le livre noir du Covid, sa virée à Dijon, elle est déjà en mode présidentielles. C'est une forme de pré-campagne". "Ce sera difficile de faire mieux qu'en 2015," reconnaît un cadre du parti : "À l'époque, cela avait aidé sa dynamique présidentielle". La cheffe du RN n'a plus les mêmes forces. Elle-même ne veut pas y retourner dans les Hauts-de-France. Et qui fera mieux que Florian Philippot dans le Grand Est ? Ou Marion Maréchal en PACA, qui avait dès le premier tour rassemblé 40% des voix ? "Le casting n'est pas simple" admet un député. 

Voici un bref état des lieux, régions par régions, selon les informations de France Inter :

- Hauts-de-France : Marine Le Pen n'ira pas. Le député RN, et ancien cadre de l'UMP, Sébastien Chenu, semble le mieux placé, même s'il vient de perdre dès le premier tour les élections municipales à Denain, dans le Nord.

- Grand Est : la discrète conseillère régionale, Virginie Joron, devenue l'an dernier députée européenne, serait tête de liste. "Personne ne la connaît" s'inquiète un membre du bureau politique. En 2015, Florian Philippot avait rassemblé 36% des voix au premier tour.

- Bourgogne Franche-Comté : le président du groupe au conseil régional apparaît le plus légitime, même si Julien Odoul fait face à des turbulences au sein de son groupe, et sa dernière sortie médiatique a été qualifiée de "belle sottise" par Marine Le Pen (sur France Inter). "On a peur de ces dérapages" confie un de ses adversaires. En 2015, Sophie Montel avait failli la décrocher en triangulaire : 2 points de retard sur la liste gagnante PS.

- Auvergne Rhône-Alpes : il y a quelques mois, l'ancien conseiller régional, Andréa Kotarac, transfuge de la France Insoumise, était bien parti pour conduire la liste, mais il s'est éloigné du siège en se rapprochant d'Agnès Marion, tête de liste des municipales à Lyon, et leurs résultats, dimanche, ne plaident pas en sa faveur : il n'y a plus aucun élu RN à Lyon. Le délégué départemental, Antoine Mellies, a été remercié.

- Provence Alpes Côte d'Azur : c'est le principal casse-tête du RN. Beaucoup aimerait que l'ex-député du Vaucluse, Thierry Mariani, y aille. Lui a déjà exprimé ses réticences, "mais il ne ferme pas complètement la porte" veut croire un dirigeant du mouvement. Certains poussaient aussi Jordan Bardella, qui ne veut pas quitter l'île de France. Après avoir tout juste perdu sa mairie de secteur à Marseille, Stéphane Ravier risque de voir s'envoler son siège de sénateur, et essaiera donc de rebondir à la région. "Il n'a pas que des amis" lâche un maire du sud, qui soutient lui David Rachline.

- Occitanie : Louis Aliot, désormais maire de Perpignan, va se concentrer sur sa ville. En cas d'échec, il aurait été, à nouveau, dans la bataille régionale. Le nom de Julien Sanchez, maire de Beaucaire (Gard) revient régulièrement. Le maire de Béziers, Robert Ménard, aimerait avoir son mot à dire.

- Nouvelle-Aquitaine : la voie est libre pour la conseillère régionale, Edwige Diaz, membre du bureau politique et délégué départemental du RN en Gironde. 

- Pays de la Loire : "On n'a pas trouvé" reconnaît un membre du bureau exécutif du RN. A moins de revenir sur le parachutage d'Aymeric Merlaud, conseiller régional, qui vient pour les municipales de s'installer et de se présenter, en vain, à Maubeuge, dans le Nord

- Centre Val-de-Loire : aucune tête d'affiche n'apparaît, même si un membre de la direction pousse un "Bardella local", originaire du PCF, dont il veut préserver l'anonymat pour l'instant. 

- Bretagne : le directeur de campagne des municipales, et président du groupe au conseil régional, Gilles Pennelle, sera, à nouveau, la tête de liste du RN chez lui.

- Normandie : sauf surprise, le président du groupe au conseil régional, et député européen, Nicolas Bay, devrait être investi dans sa région. 

- Île de France : le vice-président du RN, et conseiller régional, Jordan Bardella, devrait mener cette bataille, mais ce n'est pas encore acté. Il n'a aucune chance de l'emporter.

- Corse : Christophe Canioni avait conduit la liste du FN en 2015, il n'y retournera pas. "Pour l'instant, là non plus, on a personne" admet un membre du bureau politique.

Toutes ces investitures sont évidemment suspendues à la décision d'Emmanuel Macron. "Ces régionales auront lieu en mars prochain" assure un député RN : "Le Conseil constitutionnel n'acceptera jamais une telle magouille". Si c'est le cas, le RN, en manque de puissantes têtes d'affiches régionales, fera tout pour nationaliser la campagne, en faire "un référendum contre Macron" à un an de la présidentielle. 

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