Chômage ou difficultés financières dues à la crise du Covid, souhait de se rapprocher des établissements de soins français : on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre d'expatriés qui pourraient rentrer en France. Eclairage d'Anne Genetet, députée LREM des Français de l'étranger.

Des expatriés français tentant de rentrer, à l'aéroport de Sidney
Des expatriés français tentant de rentrer, à l'aéroport de Sidney © AFP / PETER PARKS

Anne Genetet suit de près l'évolution de la situation des expatriés. Officiellement, ils sont 1,8 million, mais dans les faits, on estime qu'ils seraient plutôt près de 3 millions à vivre en dehors de France.

FRANCE INTER : Quelles sont les différentes catégories de Français qui vivent à l'étranger ? 

ANNE GENETET : "Il y a ceux qui étaient de passage à l'étranger et qui ont demandé à revenir. Les Français qui sont établis à l'étranger, qui sont très bien et qui n'ont aucun projet de retour en France. Et puis les Français établis à l'étranger et qui se posent la question de rentrer.

Concernant cette dernière catégorie, il est encore un petit peu tôt pour savoir combien ils sont, car l'impact économique de la crise va s'étaler sur plusieurs mois. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a un certain nombre de pays dans lesquels votre titre de séjour est lié au fait que vous ayez un emploi. C'est le cas du Japon. C'est le cas de Singapour. Lorsque vous perdez votre emploi, vous perdez votre titre de séjour et vous avez 14 jours pour quitter le pays. Autant dire que dans ce cas-là, on n'a pas le temps de retourner chercher un boulot.

Le ministère des Affaires étrangères estimait il y a quelques mois à plusieurs centaines de milliers le nombre de Français qui dépendent à l'étranger d'un contrat de travail.

Et puis, il y a encore les Français qu'on appelle les "pendulaires", c'est-à-dire ceux qui naviguent entre deux pays, qui passent une partie de leur vie en France et une autre ailleurs. Ils sont très nombreux, notamment, dans le Maghreb. Mais il y en a aussi dans d'autres pays, aux Philippines, au Vietnam, en Thaïlande, dans ces pays où le coût de la vie est relativement bas, cela permet d'avoir une vie assez agréable. Tous ces gens-là, qui ont l'habitude d'osciller entre deux pays, se trouvent extrêmement contrariés par la fermeture des frontières, par des décisions qui sont prises – qui ne sont pas toujours du fait de la France – et qui ont pour conséquence de les bloquer à l'étranger,  sans qu'ils puissent rentrer au pays."  

Combien y a-t-il de Français à l'étranger et combien seraient concernés par un retour dans l'hexagone ?  

"Il sont 1,8 million officiellement inscrits au registre. Mais beaucoup de gens ne s'inscrivent pas, et quand on essaie d'estimer le volume total, on est plus probablement aux alentours de 2,5 millions à 3 millions de Français qui vivent en dehors de nos frontières.

Si je prends l'exemple du Maroc, il y a 56 000 Français inscrits au registre, mais il y en a probablement autant qui ne sont pas inscrits et qui vivent très régulièrement au Maroc. D'ailleurs, plus la situation dans un pays est stable, rassurante, moins on s'inscrit au registre. On voit l'intérêt de s'y inscrire quand on a un passeport à renouveler, par exemple. Donc, le nombre de Français qui rentreraient est assez difficile à évaluer. Mais on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de personnes qui pourraient être concernées."  

À votre connaissance, les Français qui souhaitent rentrer le font-ils aussi pour des raisons sanitaires ? 

"Oui, il y a des pays où les raisons sanitaires justifient qu'on rentre en France. Il est toutefois un petit peu prématuré pour le savoir. Mais on sait bien qu'il y a des régions dans le monde dans lesquelles l'offre de santé est très insuffisante et où, du coup, certains Français ont souhaité revenir.

Le ministère de la Santé a mis en place une plateforme de téléconsultation, de télémédecine, pour ceux qui seraient vraiment en situation financière difficile.

Le ministère a également mobilisé un avion de 60 places pour réaliser des rapatriements sanitaires si cela est nécessaire. Il a développé de très gros moyens pour essayer d'accompagner les Français qui seraient dans des zones où l'offre sanitaire est très insuffisante ou bien pour permettre à des Français de rester là où ils sont parce que parfois, l'évolution de la pandémie est positive.  L'immense majorité des cas ne nécessitent absolument pas un retour en France."  

Anne Genetet, la députée de la plus vaste circonscription législative française (49 pays d’Asie, d’Océanie et d’Europe orientale)
Anne Genetet, la députée de la plus vaste circonscription législative française (49 pays d’Asie, d’Océanie et d’Europe orientale) © Radio France

Quelles sont les autres aides mises en place par le gouvernement pour les Français à l'étranger ? 

"La première catégorie d'aide, celle que je viens d'évoquer, c'est l'offre sanitaire, pour plus de 20 millions d'euros. Deuxième offre, l'aide sociale, à hauteur de 50 millions d'euros, qui est le miroir de ce qui a été fait en France à partir de ce mois-ci, et qui représente 150 euros par famille, plus 100 euros par enfant. Ce sont les consulats qui distribuent ces aides. Personnellement, en tant qu'élus, nous le regrettons, car nous avons des conseillers consulaires qui auraient pu être associés à l'identification des familles dans le besoin. Si on fait une division, 150 euros par personne, ça représente 33 000 personnes aidées.  

Ensuite, on a 50 millions de bourses scolaires pour nos élèves français dans nos établissements scolaires et nous avons un comité des bourses. Là aussi, c'est le consul qui met cela en place avec un conseil consulaire qui va réunir un conseil exceptionnel pour pouvoir octroyer des bourses pour le troisième trimestre et pour préparer également la rentrée de septembre. Donc, là, les personnes doivent se manifester auprès du consulat.

Et puis, dernière catégorie d'aide, à hauteur de 100 millions d'euros, qui là est une avance sur trésorerie. Elle est destinée aux établissements français à l'étranger. Mais là, nous sommes un peu plus inquiets, car nous ne savons pas encore comment l'argent va être distribué."    

Les Français à l'étranger se plaignent de ne pas pouvoir contacter les ambassades… 

"C'est un vrai sujet. Pourquoi ce problème ? D'une part, nos ambassades sont en plan de continuité d'activité, donc elles travaillent avec des effectifs réduits du fait des contraintes sanitaires dans les pays où elles sont implantées. Le télétravail n'est pas toujours possible. Donc il y a un fonctionnement au ralenti. S'ajoutent à cela un accroissement des demandes, que je viens d'évoquer. Nos consulats sont submergés. Au Maroc, par exemple, nos consulats sont épuisés, ils n'arrivent pas à répondre aux demandes. En revanche, la réponse par e-mail reste possible."

Il faut vraiment inciter les gens à contacter nos ambassades par e-mail. Normalement, ils auront une réponse.

Quel est l'enjeu d'un retour – ou pas – des Français de l'étranger ? 

"C'est capital, c'est ce que j'appelle l'effet papillon. Ce qui est en jeu, c'est la force du réseau d'influence que nous avons mis des années et des années à construire. Tous les Français, qu'ils soient fleuristes, professeurs, hôteliers ou encore entrepreneurs, sont des maillons de notre rayonnement. Il est donc important de les aider si on ne veut pas voir s'écrouler notre réseau d'influence. Aujourd'hui, c'est une réelle menace.  

Malgré toutes les aides déjà en place, on doit reconnaître qu'il en manque une, fondamentale : celle qui est destinée à soutenir l'économie des Français de l'étranger. 

Ce n'est pas facile à qualifier, mais je vais vous donner un exemple. Le secteur du tourisme en France est sinistré. Nos agences de voyages organisent des séjours dans le monde et leurs points de chute ou leurs services à l'étranger – l'hôtel, le restaurant, le loueur de vélos… – sont souvent le fait de petites entreprises tenues par des Français. Si ces entreprises gérées par nos compatriotes partout dans le monde s'écroulent, alors nos agences de voyages en France n'auront plus de correspondants et risquent elles aussi de s'écrouler.

C'est un effet domino. Si on n'aide pas toutes ces personnes, ce sont des emplois dans le monde et en France qui vont disparaître. Il faut que l'État aide à passer ce cap. C'est capital et ce sont des milliers d'emplois qui sont en jeu."  

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