Les représentants américains et les Talibans se retrouvent pour la huitième fois à Doha au Qatar pour un nouveau cycle de pourparlers. Les américains poussent pour qu'un accord de paix intervienne d'ici le 1er septembre. Mais toutes les parties prenantes ne sont pas présentes. Olivier Guillard est chercheur à l'IRIS

Les négociateurs talibans entament un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis. Un accord déboucherait sur le retrait d'Afghanistan des troupes US.
Les négociateurs talibans entament un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis. Un accord déboucherait sur le retrait d'Afghanistan des troupes US. © AFP / KARIM JAAFAR

FRANCE INTER : Pourquoi le gouvernement afghan n'est-il pas représenté ? 

Olivier Guillard : "Pour l'instant, les discussions excluent de facto les autorités afghanes par la volonté des Talibans qui se plaisent à dire que tant qu'un accord ne sera pas trouvé avec les Américains, il sera hors de question d'inclure dans des discussions pan afghanes les représentants du peuple afghan. A priori les Américains sont d'accord avec ce mode opératoire. Ils estiment qu'une fois l'écueil de l'absence de feuille de route avec les Talibans enfin circonvenu, il sera possible d'inclure dans les discussions l'administration afghane démocratiquement élue."   

On sait que les Talibans conditionnent la signature d'un accord à un retrait des derniers soldats américains. Et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a laissé entendre lundi que le Président Trump voulait réduire le contingent d'ici l'élection américaine de novembre 2020. Ce n'est donc pas pour tout de suite?    

"L'Administration américaine veut se débarrasser de son implication depuis deux décennies dans cette impasse afghane. Le gouvernement afghan lui aimerait avoir des garanties plus sérieuses que celles que vendent les Talibans aux Américains à savoir : nous sommes tout à fait disposés à discuter de paix et de concorde nationale pourvu que les troupes étrangères au premier rang desquelles les troupes américaines et celles de ses partenaires de l'Otan quittent le pays. A charge pour les Talibans (qui encouragent par ailleurs les attentats suicides sur tout le territoire) de promettre que l'Afghanistan ne redeviendra pas ce refuge privilégié du terrorisme international   Cela parait une garantie bien faible d'autant que l'Administration Trump s'active uniquement dans le sens de ses intérêts électoraux... "  

Peut-on dire que les Talibans sont actuellement en position de force pour négocier ?   

"Depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir après les attentats du 11 septembre 2001, ils n'ont jamais eu sous leur contrôle direct ou indirect autant de pourcentages du territoire afghan. Ils n'ont jamais été aussi prêts de faire craquer les forces de sécurité afghanes qui sont débordées. Les Talibans ont malheureusement le sens de l'histoire qui semble les ramener vers Kaboul avec une redéfinition interne de ce qu'ils avait créé entre 1996 et 2001 à savoir un émirat islamique d'Afghanistan. Au milieu de ce maelstrom, nous avons une population afghane éreintée, qui voit se dérouler loin de chez elle des discussions de paix dont une grande partie des interlocuteurs sont exclus, où la future organisation politique du pays va ramener un acteur honni qui n'hésitera sûrement pas  à remettre en question ses promesses de modération. On est donc dans un panorama qui en dépit de discussions de paix demeure bien maussade..."

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