Avec le confinement pour lutter contre le coronavirus, la généralisation du télétravail, la consommation de la bande passante sur Internet devrait augmenter de façon "continue" selon les opérateurs. Mais même s'ils appellent chacun à une "responsabilité numérique", ils assurent que les infrastructures sont solides.

Un cours à distance sur Internet (illustration)
Un cours à distance sur Internet (illustration) © Radio France / Aurélien Accart

Même s'ils ne donnent aucun chiffre, les opérateurs télécoms constatent, comme dans les autres pays, qui ont connu ces dernières semaines des mesures de confinement, une augmentation de la consommation des réseaux Internet. En Espagne, l'opérateur Telefonica, cité par l'Agence France Presse (AFP), évoque ainsi une "augmentation de trafic de près de 40%", avec aussi sur les mobiles, 50% d'appels supplémentaires et 25% d'utilisation des données Internet sur les téléphones. Le PDG de Telecom Italia, cité par Bloomberg, déclarait de son côté, mercredi, avoir constaté "une augmentation de plus de 70 % du trafic Internet sur [le] réseau fixe, avec une forte contribution des jeux en ligne tels que Fortnite".

Ce recours plus important au réseau risque donc d'être également constaté en France dans les prochains jours. Pour l'instant, les opérateurs contactés par France Inter ont bien constaté une augmentation du trafic mais assurent ne pas l'avoir chiffrée pour le moment.

Des réseaux solides et "dimensionnés", selon les opérateurs

Un représentant d'Orange France assure que le réseau de l'opérateur est "dimensionné pour gérer l'activité d'aujourd'hui" et ne fait face à "aucun problème d'engorgement". Même réponse de Bouygues Télécom, ou d'Iliad (maison-mère de Free), qui précise toutefois que  "nous sommes dans une situation inédite, il ne faut rien s'interdire". Enfin, l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), chargée de réguler les communications, notamment électroniques, assure veiller au bon fonctionnement des réseaux. 

Les opérateurs assurent être habitués au moment de "pointe" du trafic Internet, notamment les soirs, mais aussi lors d'événements exceptionnels, comme lors de grands matchs de football. "Nous avons dialogué pour vérifier avec les opérateurs qu'ils se sont préparés à ce que le trafic de pointe, au lieu d'être du divertissement en soirée, puisse avoir lieu en journée avec du télétravail et d'autres usages" assure Sébastien Soriano, président de l'ARCEP, qui précise que 10 milliards par an sont investis dans les infrastructures réseaux en France.

Orange assure de son côté avoir anticipé la "montée en charge" liée au confinement et au télétravail généralisé depuis plusieurs semaines. "On peut encore ouvrir des routes parallèles", précise l'entreprise à France Inter, ajoutant avoir déjà "boosté et optimisé le réseau".

Pour l’instant, les opérateurs disent ne constater aucun problème. Quelques élèves peuvent avoir peiné ce lundi à accéder aux espaces numériques de travail de leurs établissements, mais ces difficultés sont liées à chaque service et non aux infrastructures réseau globales.

Un appel à limiter la consommation de vidéos sur les réseaux mobiles

Mais ce lundi, la Fédération française des télécoms a appelé les usagers à la "responsabilité numérique", pour permettre aux opérateurs d'absorber plus facilement les pics de consommation qui s'annoncent récurrents et permettre aux usages vitaux de se dérouler normalement. "S'il y a des pics de trafics anormaux, il faudra veiller à ce qu'il n'y ait pas de congestion pour d'autres usages, qu'un service, comme Netflix, empêche pas les autres utilisateurs d'Internet à accéder à d'autres usages, comme le télétravail" reconnaît Sébastien Soriano.

Les réseaux mobiles, en 4G notamment, sont particulièrement visés, car moins fortement dimensionnés que l'Internet filaire. "Il y a certains usages, en particulier le recours à des plateformes de streaming vidéo sur les réseaux mobiles, qu'il vaut mieux dans la mesure du possible, éviter" conseille ainsi Didier Casas, directeur général adjoint de Bouygues Télécom, qui conseille, de façon pratique de "basculer, chez soi, sur le wifi, de sorte à réduire la charge sur les réseaux mobiles".

Il reprend également à son compte la consigne de "responsabilité numérique", invitant tout un chacun à "éviter de trop solliciter les réseaux mobiles par des usages très consommateurs en bande passante, comme les sites de streamings vidéo, les jeux vidéos en ligne, les sites de vidéos pornographiques, qui prennent beaucoup de bande passante". Il s'agit, selon lui, de "laisser les réseaux aux usages essentiels à la vie de la Nation, au moment où tous nos concitoyens sont à leur domicile pour télétravailler, être en relation avec leurs proches qu'ils ne peuvent plus voir physiquement".

La "neutralité du net" menacée ?

Les opérateurs sont-ils prêts à limiter certains de ces usages pour privilégier ceux qui sont "essentiels à la vie de la Nation" ? Le principe de neutralité du net, garanti en Europe, et qui offre à tout utilisateur la possibilité de choisir le contenu auquel il souhaite accéder, sans que l'opérateur ne favorise un contenu plutôt qu'un autre.

Face à un afflux de connexions vers un service en particulier, comme le streaming vidéo, les opérateurs pourraient être tentés de réduire son offre. "La réglementation sur la neutralité du net permet aux opérateurs de prendre des mesures en cas de congestion de trafic" assure Didier Casas de Bouygues Télécom : "dans les circonstances que le pays traverse, assez extraordinaires, il serait possible de le mettre en oeuvre".

Pour l'instant les opérateurs assurent que le sujet n'a pas été discuté avec le gouvernement et l'ARCEP. Le président de l'ARCEP reconnaît que "le cadre réglementaire prévoit des conditions particulières" dans lesquelles de telles mesures seraient prises. Sébastien Soriano assure que les opérateurs ont convenu de rester en contact étroit avec l'autorité de régulation pour évaluer au jour le jour, quasiment en temps réel, les besoins d'adaptation. Pour le moment, il n'est pas question d'envisager de restreindre l'accès à un service ou un autre. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.