Depuis l'arrivée du coronavirus en France, de nombreuses personnes issues de la communauté asiatique dénoncent le sentiment anti-chinois ambiant. Dans les écoles le phénomène s'observe aussi, comme à La Courneuve en Seine-Saint Denis.

Élèves DU collège Raymond Poincarré deLa Courneuve
Élèves DU collège Raymond Poincarré deLa Courneuve © Radio France / Valentin BOISSAIS

À quelques mètres de la sortie du collège Raymond Poincaré de la Courneuve, tout sourire, un jeune étudiant refuse de serrer la main de son camarade asiatique pour ne pas "attraper le virus". Cette fois-ci la blague ne dure pas, le même étudiant lâchant quelques secondes plus tard un "Je rigole" avant de finalement saluer son camarade. 

Pour ce jeune collégien que nous appellerons Maxime, il ne s'agit que d'humour : "On rigole, on dit à nos potes chinois qu'on ne veut pas les toucher pour ne pas être contaminé mais c'est de l'humour et tout le monde le prend bien". Un peu plus loin un groupe d'amis acquiesce, le jeune Coulibaly est aussi un adepte de cet "humour du virus" : "M'approche pas, ne me serre pas la main, etc ... Ce n'est pas méchant. Je trouve ça triste que certains l'aient mal pris". 

Dans cette ville de Seine-Saint Denis, de nombreuses familles sont issues de l'immigration chinoise. Depuis quelques jours, un certain nombre d'entre elles dénoncent des comportements stigmatisant les enfants asiatiques dans les écoles des alentours.

L'humour s'est mué en stigmatisation 

En restant quelques minutes de plus devant ce collège, les langues se délient. Selon Coulibaly "Des blagues, tout le monde en fait, par contre, certains vont plus loin. Ils bousculent les asiatiques dans les couloirs pour les éloigner au cas où ils seraient contaminés".

Il y a quelques jours, la direction de l'établissement a été saisie par certains parents comme Mr. Cheng, après le refus de sa fille de 12 ans de se rendre au collège. Ce père explique : "Ses camarades l'ont mise à l'écart pendant deux jours en prétendant qu’elle allait contaminer l'école". Très vite, les moqueries ont dérivé : "Ils l'ont accusé de manger des chauves-souris, du chien, que toute sa famille, donc moi, son père, étions contaminés".  

Mr. Chen décrit l'isolement de sa fille. Au début quelques élèves ne lui ont plus adressé la parole avant de la laisser seule et même de l'éviter totalement dans l'enceinte de l'école.

Une nécessité : faire de la pédagogie

Cette récente stigmatisation, Ling Lenzi, une avocate d'Aubervilliers, en a entendu parler à plusieurs reprises "De nombreux parents ont rapporté des faits similaires à Aubervilliers et La Courneuve. Parfois les camarades les laissent seuls à la Cantine, et dans des rares cas il y a eu des attaques physiques". 

Bousculades, intimidations, moqueries, accusations, les enfants asiatiques souffrent actuellement selon Ling Lenzi "d'une situation qui ne les concernent même pas". Elle pointe "l'effet de panique croisé au manque d'information chez de nombreux collégiens :  il faut leur apprendre que tous les Chinois n'ont pas le virus et ne sont pas des virus". 

Une pédagogie que l'établissement a tenté de mettre en place en passant dans les classes pour discuter avec les élèves de la situation. Depuis, les enfants de Mr. Cheng ont noté une amélioration et retournent à l'école sereinement. 

Des faits similaires ont été signalé à Bobigny ou encore Aubervilliers. Il n'y a eu pour le moment que six cas reconnus de coronavirus en France.

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