Au procès des attentats de janvier 2015, Me Patrick Klugman représente une dizaine de parties civiles, anciens otages d’Amedy Coulibaly dans l’Hyper Cacher le 9 janvier. Un rôle qui, pour lui, est la suite logique d’années d’engagement contre le racisme et l’antisémitisme.

Patrick Klugman en juillet 2019
Patrick Klugman en juillet 2019 © AFP / Joel Saget

[Tous les jours jusqu’au 2 septembre, France Inter dresse le portrait de tous les protagonistes du procès des attentats de janvier  2015 : victimes, familles, terroristes, accusés, magistrats, avocats…]

S’il fallait lui choisir un animal dans lequel se réincarner ce serait, sans hésitation aucune, le chat. Pour ses neuf vies. Pour pouvoir tout faire. Mais comme il n’est finalement qu’un homme, Patrick Klugman a décidé de ne pas choisir, au risque de manquer parfois de sommeil : avocat, homme politique, chroniqueur médias et père de famille. “J’ai le goût du dilettantisme”, sourit-il depuis son cabinet du 8e arrondissement de Paris. 

Avocat avant tout

C’est là qu’il nous reçoit car c’est ce métier-là qu’il lui tient le plus à cœur, affirme-t-il. Plutôt que pompier, policier ou pilote, “j’ai toujours voulu être avocat. J’ai grandi avec ça. Avec évidemment Robert Badinter comme exemple, comme tous les avocats de ma génération. Puis avec l’éclat des plaidoiries d’Henri Leclerc ou Thierry Lévy”. Une enfance privilégiée mais une scolarité difficile, qui n’empêche pas des études de droit à l’université parisienne Assas, puis une prestation de serment en 2004. Et à l’époque déjà, Patrick Klugman n’est pas un inconnu. Ancien président des étudiants juifs de France (UEJF) et figure montante au sein des institutions juives, il a droit, à 26 ans, à son portrait en dernière page du journal Libération. La page est d’ailleurs encadrée dans son bureau, même si “il y a deux-trois choses qui me déplaisent dedans”. Et puis “à 26 ans, je n’avais encore rien fait”, regrette-t-il.

Aujourd’hui, il en a 43. Et vient d’achever un mandat d’élu à la ville de Paris, dans la majorité derrière Anne Hidalgo, une “expérience passionnante”. Mais il a préféré ne pas se représenter aux dernières municipales. “Le numéro d’équilibriste, à ce degré d’intensité, devenait assez insupportable”, explique-t-il. “Je me souviens d’une session d’assises où le matin, je rendais compte de l’activité de ma délégation devant le conseil de Paris et l'après-midi, j’allais plaider une affaire de meurtre à Auxerre.” Le pénaliste, qui a représenté l’association SOS Racisme, des victimes des attentats de Mohamed Merah à Toulouse et Montauban, qui a défendu l’ancien PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent, Bernard-Henri Lévy ou encore Caroline Fourest, a donc décidé de se “recentrer sur [son] serment”. Mais pas question de se laisser vivre pour autant. De rares week-ends de loisirs de temps en temps. Mais “il n’y a rien qui me terrorise plus que l’ennui”, reconnaît le pénaliste.

Passionné de médias

Alors, à peine son mandat électoral achevé, le voilà déjà en train de scruter de nouveaux horizons : un projet à l’international et l’envie d’écrire à nouveau. Car Patrick Klugman adore donner son avis. Sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, bien sûr : “Ces valeurs-là, je les ai reçues au biberon”, raconte ce petit-fils de rescapés des camps polonais et fils de “soixante-huitards surpolitisés”. “Quand votre famille a été exterminée par un régime totalitaire, vous avez évidemment un rapport plus sensoriel à ce qui touche à la démocratie et au racisme”, ajoute-t-il. Mais dans les tribunes qu’il aime publier dans la presse, ses chroniques radio ou télévisées, l’avocat - à moins que ce ne soit l’homme politique ? - se plaît aussi à explorer d’autres domaines. “Ce qui m’agace en ce moment, c’est ce besoin de transparence à tout prix. Je suis très fier de payer des impôts et que le Trésor public me contrôle, c’est normal, mais qu’est-ce que ça apporte de savoir que j’ai tel ou tel bien ?”, s’agace Patrick Klugman à qui on a souvent “renvoyé à la figure” les préjugés sur les juifs et l’argent.

Ce gros consommateur d’actualité - “je crois que je suis abonné à toute la presse quotidienne et hebdomadaire française” - ne lâche jamais son téléphone, au point parfois d’agacer ses proches. Divorcé, père de cinq enfants qu’il a eus avant l’âge de 35 ans, il regarde aujourd’hui grandir son fils aîné avec circonspection : “C’est un adolescent de 17 ans dont les codes ne sont plus du tout les miens. Il m’est aussi mystérieux que tout autre adolescent.” Mais surtout, le quadragénaire ne changerait de vie pour rien au monde. “Je vis dans la hantise ou la conscience que tout peut s’arrêter brusquement”, explique-t-il sérieusement. Alors le citoyen Klugman ne se refuse aucune ambition. L’avocat, lui, a quand même dû dresser certaines barrières : “Par respect pour mon combat contre le racisme et l’antisémitisme et les clients que je représente, je m’interdis de passer de l’autre côté dans les dossiers de terrorisme.” Pour le procès des attentats de janvier 2015, Patrick Klugman sera donc, logiquement, sur le banc des parties civiles pour porter la voix de plusieurs otages d’Amedy Coulibaly.

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