Chiens et chats ont la cote en cette période de crise sanitaire. Les adoptions augmentent, mais certains professionnels craignent qu'il s'agisse d'une envie passagère qui aboutisse à des abandons.

En l'absence de campagnes de stérilisations, refuges et associations ont recueilli de nombreuses portées de chatons.
En l'absence de campagnes de stérilisations, refuges et associations ont recueilli de nombreuses portées de chatons. © AFP / Joel Saget

À cause du confinement débuté le 17 mars, les refuges de la Société protectrice des animaux (SPA) ont bien failli arriver à saturation. Alors, dès le 16 avril, l’État autorise la reprise des adoptions en respectant des conditions sanitaires strictes. "Pendant les trois semaines qui ont suivi, nous sommes parvenu à faire adopter 1 000 animaux", détaille Jacques Fombonne, président de la SPA.

Des adoptions en hausse

Depuis, les adoptions n'ont pas faibli, selon le Syndicat national des professions du chien et du chat (SNPCC), elles seraient même en hausse de 10 à 15% depuis la fin du confinement, auprès des refuges, associations et élevages.

"Pendant le confinement, on s'est aperçu que certains ont eu l'idée de prendre un chien pour contourner le confinement, parce qu'ils pouvaient sortir le promener", nuance Christophe Chambre, éleveur professionnel de labradors dans le Loiret. Mais depuis, il continue de recevoir "10 et 15 appels par jours, bien plus que d'habitude". La raison selon lui : "des salons de chiots annulés, des animaleries qui peinent à recevoir des animaux, alors les gens se sont orientés directement vers les élevages".

Jean-Michel Dupuis, éleveur de Spitz et de teckels nains dans la Sarthe, a lui aussi aussi constaté que le nombre d'appels qu'il reçoit pour des demandes d'adoption a beaucoup augmenté : "Mon téléphone sonne trois à quatre fois par jour, alors qu'avant quand j'avais une dizaine de demandes par semaine, c'était déjà bien."

Plus de temps à consacrer aux animaux

Parfois, les demandes sont un peu "farfelues, avec des critères physiques très précis et quasiment irréalisables, constate Jean-Michel Dupuis, des critères qui correspondent à la photo retouchée qu'ils ont vue sur Pinterest pendant le confinement". Il craint que cette soudaine hausse des demandes "soit due à un manque à combler, lié à un stress, un besoin passager de materner, de donner de l'affection, jusqu'au moment où ils vont passer à autre chose".

Pour Cléofé, c'est une envie qui couve depuis quelques temps déjà. Mais elle vit cette période particulière comme "le moment ou jamais" de créer une relation avec son futur chat : "D'habitude je bouge beaucoup, mais là je vais vraiment pouvoir m'en occuper, puisque je suis en télétravail, je ne pars pas en long weekend, je ne vais plus en soirée tard à cause du couvre-feu, explique Cléofé, donc les planètes sont alignées pour que je puisse lui consacrer du temps." La parisienne de 27 ans n'a plus qu'une question à élucider avant de sauter le pas : chat roux ou chat gris ?

La crainte de l'abandon

Cléofé mène ses recherches sur Facebook, l'un des principaux lieux où s'échangent annonces et demandes d'adoption sur des groupes dédiés. Administratrice d'un de ces groupes, Alex a pu observer cet engouement, tout au long du mois d'avril confiné. Mais deux jours avant le déconfinement, le 11 mai, elle s'aperçoit que le nombre de membres de son groupe chute d'un seul coup : "De presque 600 membres on est passé à 470 en 48 heures", s'étonne Alex dans un post Facebook

"J'espère vraiment que tous ceux qui voulaient adopter, ne le faisaient pas par ennui, a cause du confinement, seulement pour avoir un passe temps, s'inquiète-t-elle. J'espère que ces prochains mois de déconfinement, il ne va pas y avoir subitement encore plus d'abandon que d'habitude, parce que tel chien aura fait des bêtises pendant que le maître sera au travail par exemple."

C'est malheureusement un phénomène constaté par certaines associations, comme Moustaches et Compagnie, qui accueille des chats et des chiens en Bretagne. "On a fait des prises en charge d'abandon par des gens qui disaient qu'ils n'avaient plus le temps de s'en occuper avec la reprise du travail, regrette Virginie Melchior, présidente de l'association. Je viens de récupérer un Husky de 6 mois sur lequel les gens avaient craqué pendant le confinement, mais il ont repris le travail, ils n'avaient plus le temps de le balader et il était devenu envahissant."

En revanche, c'est tout le contraire qui s'est produit au niveau des refuges de la SPA, selon son président Jacques Fombonne. Quasiment aucun animal adopté en refuge pendant cette période ne leur a été retourné, "seulement quatre pour des problèmes d'allergie".  De plus, il y a eu "une baisse de 14% des abandons de chien, se réjouit-il, peut-être parce que les gens sont moins partis sur la route des vacances, mais aussi en raison d'un renforcement de la relation avec nos animaux".