Dans un rapport publié ce mardi, la Fondation Nicolas Hulot (FNH) estime que seulement 1% des financement publics servent à réduire l'utilisation des pesticides dans les secteurs agricoles et alimentaires. Le recours aux produits phytosanitaires aurait même augmenté de 25% en 10 ans.

L'utilisation des pesticides en agriculture aurait augmenté de 25% en 10 ans selon la Fondation Nicolas Hulot.
L'utilisation des pesticides en agriculture aurait augmenté de 25% en 10 ans selon la Fondation Nicolas Hulot. © Maxppp / IP3 PRESS

Réduire l'usage des pesticides de moitié d'ici 2025 en France : c'est l'idée portée, déjà sous le mandat de François Hollande, par le gouvernement à travers son "plan Ecophyto". Mais d'après la Fondation Nicolas Hulot (FNH) depuis 10 ans, le recours aux produits phytosanitaires aurait augmenté de 25%. Pour comprendre pourquoi il y a un tel écart entre les objectifs fixés et la réalité, le Think Tank de la Fondation Nicolas Hulot a étudié la question à travers le prisme des financements, publics comme privés, perçus par les acteurs agricoles et alimentaires. Il rend ce mardi 8 février un rapport, intitulé "Réduction des pesticides en France : pourquoi un tel échec ?", un travail mené durant un an avec le Bureau d'Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (BASIC).

23 milliards d'euros par an d'argent public

Les acteurs agricoles et alimentaires perçoivent chaque année 23,2 milliards d'euros de financements publics (Politique Agricole Commune, dispositifs d'allègement fiscaux). Selon le rapport de la FNH, "si 11% de ces financements ont pour intention de répondre à l'objectif de réduction des pesticides, seul 1% y contribue véritablement." La raison selon les auteurs du rapport ? Les agriculteurs ne sont pas assez accompagnés, ni encouragés à utiliser moins de pesticides. "Le poids de l'échec, il est à la fois du côté des pouvoirs publics, mais aussi du côté de l'ensemble des acteurs agricoles et alimentaires, estime Caroline Faraldo, chargée de plaidoyer pour la fondation Nicolas Hulot. Comment peut-on demander à des agriculteurs de se passer de pesticides pour produire du blé si, derrière, le blé ne trouve pas de débouchés ? C'est coûteux, ça peut être risqué. Il faut vraiment mettre le paquet sur des financements publics et privés pour accompagner les changements de système." La FNH estime que plus de 60% des exploitations pourraient changer de modèle si elles étaient vraiment accompagnées.

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La FNH plaide pour un rééquilibrage des financements, notamment ceux issus de la PAC, par exemple en allouant "5 fois plus de moyens pour rémunérer les systèmes de production en agriculture biologique et accompagner la conversion." Une réorientation des aides de la PAC s'impose pour Nicolas Hulot : "Ce sera un rendez-vous historique manqué si la France ne pesait pas de tout son poids avec une vision et une exigence. Il y a, comme on dit,  un moment plus que favorable."

"L'argent est déjà là, mais il faut que cet argent bénéficie d'une manière équitable à l'ensemble de la profession" (Nicolas Hulot)

L'augmentation des pesticides est due à une minorité d'agriculteurs

Selon ce rapport, l'utilisation des pesticides aurait augmenté de 25% en 10 ans. Mais elle serait due à une minorité d'agriculteurs, "9% des exploitations et 7% de la surface agricole utile, précise la FNH. Les plus gourmands en pesticides, toujours plus nombreux et plus grands, tirent les chiffres de consommation vers le haut. En corollaire, les exploitations les moins utilisatrices de pesticides ont réduit leur consommation de 1% en 10 ans ; elles occupent 31% de la surface agricole mais voient leur nombre diminuer." Les plus grands étant souvent ceux qui reçoivent le plus de financements, publics et privés.

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La fondation Nicolas Hulot souhaite que les aides soient versées sous conditions, avec un système de bonus/malus. Et la période est cruciale, car d'ici 6 ans, près de la moitié des agriculteurs partiront en retraite. Pour les défenseurs de l'environnement, de nouvelles générations de paysans n'utilisant pas de pesticides pourraient les remplacer, si on leur en donne les moyens.