Le déménagement en 1963 dans la toute nouvelle maison de la radio située sur l'avenue qui n'est pas encore celle du Président Kennedy, marque le début de la grande époque du Masque et la plume . Pourtant ce changement ne se fait pas sans douleur.

Le masque et la plume au studio 104 en 1971
Le masque et la plume au studio 104 en 1971 © Radio France

En 1957 , l'arrivée de l'émission le jeudi soir à 22h sur Paris Inter avait considérablement augmenté l'affluence du public. Initialement installé dans le Vieux Colombier, puis à l'Alliance Française, ce nouveau succès a eu pour conséquence en 1958 de déménager non loin de là, au théâtre du Récamier. Cet enracinement dans le Paris rive gauche avait été marqué par la création en 1957 d'une tribune des critiques cinéma. Pierre Marcabru (Combat), Jean de Baroncelli (Le Monde), Claude Mauriac (Figaro), Georges Sadoul, Jaques Doniol-Valcroze et même brièvement François Truffaut sont tous de fins cinéphiles. Ils apportent un regard neuf sur cet art âgé d'à peine de 60 ans et lui donne une dimension intellectuelle dans la mouvance des Cahiers du Cinéma et de la nouvelle vague naissante.

Le Masque avait été pro-Vilar et pro Brecht. Il avait été pro-nouveau roman. Il sera pro-nouvelle vague Cependant, Georges Charensol, critique de la "vieille école" évite au Masque cinéma d'être unanime sur l'engouement de la nouvelle vague. Journaliste dans divers services culture, rédacteur en chef des Nouvelles littéraires, président de l'Association française de la critique cinéma, fondateur du Prix Renaudot, à son arrivée dans l'émission Georges Charensol est âgé de 58 ans. Il défend son cinéma, ses cinéastes, souvent en contradiction avec ses confrères, souvent avec le verbe haut, mais toujours avec intégrité et pertinence.Il ne lui manquait qu'un adversaire à sa taille. Ce fut le cas à la rentrée de 1961 avec Jean-Louis Bory, professeur de français, écrivain, Goncourt 1945 avec Mon village à l'heure allemande et journaliste littéraire. Il marqua 18 années du Masque cinéma et l'on retiendra particulièrement son affrontement en tant que "jeune chien fou" à ce "vieux grigou" de Georges Charensol.

L'Empire des sens , de Nagisa Oshima, critiqué par Georges Charensol

La réponse de Jean-Louis Bory à Georges Charensol

Le fin duo de cirque mettait en évidence le virage pris par le cinéma français au début des années 60. Entre "jeune" et "vieux", ils affirmaient cette fracture générationnelle vécue dans les foyers et leurs envolées verbales regroupèrent ses deux générations derrière les transistors fraîchement apparus.

La tribune cinéma, avec Georges Charensol, Jean-Louis Bory, François-Régis Bastide
La tribune cinéma, avec Georges Charensol, Jean-Louis Bory, François-Régis Bastide © Radio France

L'émission est dès le début des années soixante considérée comme "engagée", d'abord en soutenant le manifeste des 121 par un sabordage de l'émission, puis en accueillant dans ses rangs une nouvelle recrue en la personne de Gilles Sandier. Le ton est à gauche, l'époque se prête à l'engagement politique et le Masque est le reflet d'une nouvelle société. Durant mai 68 , Michel Polac et François-Régis Bastide s'impliquent dans la grève de l'ORTF, mais ils échapperont momentanément à l'épuration. Au début de 1970 , France Inter envisage de les remplacer par une émission info/trafic, mais la colère des auditeurs sauve le Masque . Mais les événements de 68 auront quand même laissés des traces dans la co-animation de l'émission. Suite à un différent de plus à l'antenne avec Charensol, Michel Polac décide de quitter l'émission en mai 1970.

Pour les 40 ans du Masque et la Plume , en 1995, Georges Charensol revient sur ses confrontations avec Jean-Louis Bory et Michel Polac.

Le Masque devient bimensuel, Bastide reste seul à la barre et Polac partage le même créneau horaire une fois sur deux avec Le pour et le contre . Au bout d'un an, Michel Polac quitte l'ORTF, François-Régis Bastide récupère ses quatre dimanches et Michel Ciment en prime. En 1976,le Masque et la plume passe à la télévision !Sur FR3, à 21h25, le dimanche. Cette aventure télévisuelle ne durera que 3 semaines, puis le BLIC (bureau des producteurs de cinéma) fait pression pour interdire l'émission et y parvient. Le 11 juin 1979 , Jean-Louis Bory se suicide, c'est un choc pour tout le monde. Le masque et la plume ne sera plus le même, il y aura un avant et un après Bory !