En 1979 , alors quele Masque approche du quart de siècle, Bastide ambitionne la place de Ministre de la Culture pour les élections de 1981. Il sera nommé ambassadeur de France au Danemark en 1982.

La direction de France Inter choisit alors Pierre Bouteiller, déjà animateur d'un magazine culturel, pour prendre sa place. Lui entend alors élargir les thèmes de l'émission à la chanson, la mode et la musique. Or, le Masque connaît quelques années de difficultés. L'ambiance au début des années 80 n'a plus rien à voir avec celle du Masque du passé. Le public se fait plus rare et l'émission se replie au studio 105. C'est à cette même période que surgissent, avec la libération des ondes, les "radios libres", qui organisent en 1981 une grande manifestation, et qui vont se disputer le privilège des auditeurs.Le Masque avait déjà perdu Bory, et il perd Sandier en 1982, quand Bastide cède sa place à Bouteiller. Le Masque souffre. L'émission sera même écourtée de trente minutes… Malgré tout, le Masque survit…

Jérôme Garcin, François-Régis Bastide, Michel Polac et Pierre Bouteiller
Jérôme Garcin, François-Régis Bastide, Michel Polac et Pierre Bouteiller © Radio France

Lors de l'émission des 40 ans, Pierre Bouteiller revient sur les changements qu'il a apporté au Masque .

L'origine du générique... Le générique du Masque change le 17 septembre 1978 pour devenir cette Fileuse de Mendelssohn, une des Romances sans parole du compositeur (Romance n°4, opus 67). Interprété par Daniel Barenboïm, ce générique sera conservé par Pierre Bouteiller et Jérôme Garcin. La Fileuse avait été choisie par Bastide à l'époque, lui rappelant Jean-Louis Bory. En 1989 , Jérôme Garcin , alors critique littéraire au Masque , est nommé à la place de Pierre Bouteiller, qui lui, deviendra directeur de France Inter. La structure de l'émission reste la même, mais Jérôme Garcin, très impliqué dans son rôle, saura donner un nouveau ton à l'émission. Il donne la priorité à l'interactivité en privilégiant les échanges avec le public et les auditeurs. De nouveaux critiques arrivent dans l'équipe de l'émission, et les tribunes cinéma, littérature et théâtre sont transformées. Le Masque conserve toujours ce même esprit, celui de la libre critique, entrepris par Polac et Bastide.François-Régis Bastide disparaît en 1996.

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masque_public5 © Radio France

Depuis 1955 nombre de critiques se sont succédés au Masque . certains se souviennent avec émotion du trac qui a accompagné leurs premiers pas à la tribune, tel Michel Ciment.

Lettre lue à l'antenne en octobre 1999 par Jérôme Garcin "Cela fait dix ans que j'ai la chance d'animer "le Masque et la Plume", cette émission que j'écoutais lorsque j'étais petit et à laquelle je participais comme critique littéraire quand elle était présentée par François-Régis Bastide, dont l'élégance et l'amitié me manquent, et par Pierre Bouteiller, dont l'érudite ironie me ravit.Dix ans que, pour mon plaisir et sans partition, je joue chaque dimanche soir au chef d'orchestre, de tribu, de timonerie, de gang et parfois de gare.Dix ans que vous tous, les critiques de cinéma, de théâtre, de littérature, vous ne cessez de me surprendre par votre indépendance d'esprit, votre pugnacité et votre rhétorique lyrique qui font de cette émission un lieu, un moment unique d'insoumission, de liberté mais aussi de franche rigolade.Dix ans que vous, les centaines de spectateurs du studio Charles Trénet, et vous, les centaines de milliers d'auditeurs, tous membres de cet étrange club radiophonique, de cette famille dominicale qui rajeunit d'année en année, vous ne cessez de m'étonner par votre curiosité, votre culture, votre insolence, votre franc-parler, votre franc-écrire (ah, le courrier !) et surtout votre fidélité à ce spectacle improvisé que nous vous proposons chaque semaine.Dix ans enfin que vous, les responsables successifs de France Inter, vous ne laissez de m'épater en diffusant sur cette chaîne une émission qui va souvent contre toutes les règles du marché et les lois du copinage. Je ne compte plus, en effet, les films et les pièces portant fièrement le label Inter qui ont été malmenés à cette tribune et jamais, en dix ans, je n'ai entendu la moindre remarque, reçu la moindre consigne. Quelle radio peut, aujourd'hui, se vanter d'une telle liberté ? Je réponds sans hésiter : aucune.Alors, à vous tous, j'adresse ce soir sans solennité mais avec un peu d'émotion, un grand merci. Je nous souhaite, je me souhaite encore, si vous le voulez bien, au moins dix années aussi belles derrière ce micro en or, et à la tête de cette émission qui est l'un des derniers symboles d'une radio à la fois culturelle et populaire - deux mots que j'affectionne, que je respecte".J.G.