Le journal scientifique the Lancet publie son état des lieux annuel sur la santé et le climat. Les vagues de chaleur ont provoqué +54 % de décès chez les personnes âgées ces 20 dernières années dans le monde. Les systèmes de santé ne sont pas préparés pour faire face à la crise climatique.

Les canicules à répétition provoquent déjà des centaines de milliers de morts chaque année
Les canicules à répétition provoquent déjà des centaines de milliers de morts chaque année © Maxppp / Christian LEMONTEY

En 2018 en France, il y a eu 8.000 décès liés à la chaleur parmi les plus de 65 ans, d’après ce rapport du journal scientifique britannique The Lancet intitulé "Lancet Countdown : tracking progress on health and climate change". Cet état des lieux des effets délétères du changement climatique sur la santé, est élaboré chaque année, depuis cinq ans, par 120 experts de 35 organismes différents dont l’Organisation mondiale de la santé. 

Cette année encore, ils dressent un constat alarmant. Les effets du changement climatique sur la santé sont de plus en plus tangibles, or les systèmes de soins ne sont pas suffisamment préparés pour faire face. "On a observé une augmentation de 54% de la mortalité chez les plus de 65 ans ces deux dernières décennies. Cet excès de mortalité est dû aux vagues de chaleur qui ont fait par exemple presque 300.000 morts en 2018" explique Jonathan Chambers, chercheur à l’Université de Genève à l’Institut des sciences de l’environnement. Dans certains pays il devient difficile de travailler dehors pendant ces canicules. En 2018, 302 milliards d'heures de travail ont été perdues d'après ce rapport. L'Inde est particulièrement concernée, elle représente à elle seule 40 % de cette perte de productivité. Mais la France, avec sa population vieillissante, est également identifiée comme l'un des pays les plus vulnérables aux vagues de chaleur qui vont devenir plus fréquentes et intenses. Les chaleurs extrêmes contribuent à accroître les maladies cardiovasculaires et respiratoires. Elles accentuent la pollution de l'air qui exacerbe aussi ces maladies. 

Les experts notent également que l'année dernière, les chaleur extrêmes et les sécheresses à répétition ont eu un autre effet plus indirect sur la santé : elles ont favorisé l'apparition de feux de forêts géants comme ceux qui ont ravagé une partie de l'Australie en 2019-2020. Depuis 2000, l'exposition des populations aux incendies et à leurs fumées nocives a ainsi augmenté dans 128 pays. Autre menace qui pèse sur la santé humaine : le changement climatique favorise l'apparition de maladies infectieuses comme la dengue transmise par le moustique.  

Crise covid-19 et crise climatique : des convergences

Le rapport santé climat du journal the Lancet fait aussi le rapprochement entre crise climatique et la pandémie de Covid-19 déclenchée par  un virus d'origine animal : "Ces crises font partie de la même crise environnementale" explique l'un des auteurs, Jonathan Chambers, "Nous vivons dans un environnement que nous devons protéger car sinon, nous allons avoir encore des crises sanitaires qu'elles soient causées par le virus comme le Sars-coV-2 ou qu'elles soient causées par des températures extrêmes, des sécheresses ou d'autres effets du changement climatiques".  

Or les systèmes de santé ne sont pas suffisamment préparés pour faire face au choc de ces sanitaires. Les deux tiers des grandes villes "mondiales" estiment que le changement climatique va sérieusement compromettre les infrastructures de santé publique. Or, seule la moitié des pays étudiés par le rapport, ont mis en place un plan national santé et climat. 

Une relance économique verte sera bénéfique pour le climat... et la santé 

Si les plans de relance post Covid-19 verdissent  l'économie, les effets bénéfiques sur la santé seront visibles rapidement estiment les experts.  Ils prennent l'exemple de la pollution de l'air. On estime que chaque année, dans le monde, plus de 7 millions de morts sont attribuables à la pollution atmosphérique causée par la combustion d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel). Ces énergies fossiles sont principalement utilisées pour les centrales thermiques, les voitures et les usines. Si l'on investit massivement dans des transports plus propres, on s'attaque non seulement à l'une des principales sources d'émissions de CO2, mais en plus, on diminue drastiquement les niveaux de particules fines, un vrai fléau pour la santé. En France, on estime que la pollution aux particules fines (PM2,5) causée par les activités humaines, a provoqué 25.350 morts prématurées en 2018.
 

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