Dans son livre "Se taire", en librairie ce jeudi, Mazarine Pingeot donne à lire l’histoire d’une jeune photographe, membre d’une célèbre famille française, violée par une "sommité du monde politique". Certains y voient une référence à la plainte déposée contre Nicolas Hulot qui avait été classée sans suite.

À la lecture du nouveau roman de Mazarine Pingeot, des similitudes apparaissent avec les accusations portées par sa nièce, Pascale Mitterrand, contre Nicolas Hulot.
À la lecture du nouveau roman de Mazarine Pingeot, des similitudes apparaissent avec les accusations portées par sa nièce, Pascale Mitterrand, contre Nicolas Hulot. © AFP / Valery Hache

Où s’arrête la fiction et où celle-ci puise-t-elle son inspiration ? Dans un roman intitulé Se taire à paraître ce jeudi 29 août aux éditions Julliard, la fille de François Mitterrand Mazarine Pingeot livre un récit qui présente un certain nombre de résonances avec l'accusation de viol ébruitée en février 2018 par le journal Ebdo, contre Nicolas Hulot. 

Début juillet, le seul résumé du roman avait suffi à aiguiser la curiosité des internautes.

L’histoire : Mathilde, 20 ans, petite-fille d’un poète académicien et fille du plus grand chanteur français, est missionnée en 2012 pour photographier un homme politique influent et respecté, prix Nobel de la Paix, engagé dans des pourparlers de paix au Moyen-Orient. Celui-ci la reçoit, seul, chez lui. Et la viole. Mathilde en parle à sa famille qui, par peur du scandale, l’invite à se taire. Ça n’est que six ans plus tard que la jeune femme se décide à déposer une main courante. Avant que l'affaire n'éclate, contre son gré, dans la presse. 

À la lecture, plusieurs similitudes apparaissent entre ce que la romancière présente comme une fiction, et les faits rapportés par Ebdo au sujet de l’ex-animateur vedette de l’émission Ushuaïa. Dans leur enquête, Anne Jouan et Laurent Valdiguié évoquent en effet une plainte pour viol déposée en 2008, concernant des faits remontant à l’été 1997. Si Ebdo ne divulgue pas l’identité de l’auteure de la plainte, celle-ci n'a pas tardé à fuiter dans la presse. Il s’agit de Pascale Mitterrand, petite fille de l’ancien président de la République, fille de Gilbert Mitterrand. Et donc nièce de Mazarine Pingeot. 

Entendu par les gendarmes de Saint-Malo en 2008, Nicolas Hulot avait nié en bloc, évoquant une relation consentie. L'affaire n'avait pas donné lieu à des poursuites judiciaires. "Les faits dénoncés, qui en tout état de cause n'apparaissent pas établis, font l'objet d'un classement sans suite en raison de la prescription", écrivait le procureur de la République dans un courrier envoyé à l'intéressé. 

Après l'article d'Ebdo, le ministre avait déposé une plainte pour diffamation, retirée quelques mois plus tard.

"Seul le journal qui en est à l'origine a fait faillite"

Comme Mathilde, l’héroïne du roman de Mazarine Pingeot, Pascale Mitterand est jeune photographe au moment des faits décrits dans la plainte et rapportés par Ebdo. Comme elle, elle abandonne ensuite une carrière toute tracée. Comme le personnage, qui se déclare "programmé pour ne pas faire scandale", son nom de famille est connu de tous, incarnant "l’image de la France". Dans un cas comme dans l'autre, les faits évoqués se passent dans la maison de l’agresseur, l’été

Plus significatif encore : "Nulle suite n’a été donnée à ces révélations. Seul le journal qui en est à l’origine a fait faillite", peut-on lire. Sans pouvoir s’empêcher de penser à Ebdo, qui mettait la clé sous la porte en mars 2018, sa crédibilité irrévocablement entachée par une enquête très critiquée.

"Connu pour son éthique", le violeur de Se taire n’est jamais nommé, seulement désigné sous l’appellation "le Nobel", ou "le prince". Faut-il y chercher les traits de l’ancien ministre d’Emmanuel Macron ?

La question de ces similitudes est soulevée dans une interview accordée par Mazarine Pingeot à Paris Match, à la mi-août. Alors que la journaliste (Valérie Trierweiler), affirme reconnaître dans le roman l'histoire de Pascale Mitterrand et Nicolas Hulot, voici la réponse de l'écrivaine : 

Reconnaître, non, je ne pense pas, je n’ai pas enquêté, je n’en ai pas discuté avec elle. Ce n’est pas précisément leur histoire à eux, même s’il y a des éléments de vérité qui sont inspirés de cette affaire, mais aussi d’autres cas.

Une interview qui a provoqué la colère d'Alain Jakubowicz, avocat de Nicolas Hulot. "Nicolas Hulot n'a rien à voir avec cette histoire. Le classement sans suite de la plainte est clair", s'indigne-t-il, dénonçant un "acharnement inacceptable".

Pour Betty Mialet, éditrice de Mazarine Pingeot, Se taire est d'abord une oeuvre de fiction née de l'imaginaire de l'écrivaine, et recoupant les thèmes qui l'occupent depuis toujours. 

Contacté, Nicolas Hulot n'a pas donné suite à nos sollicitations.

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