C'est un paradoxe en pleine crise sanitaire et économique : le nombre de défaillances d'entreprise est au plus bas depuis 30 ans ! Une étude du cabinet Altares, expert de l'information sur les entreprises le confirme. Avant une année 2021 à haut risque.

Évidemment en 2020 on assisté à des faillites, mais étonnement, le nombre de défaillances d'entreprise est au plus bas depuis 30 ans
Évidemment en 2020 on assisté à des faillites, mais étonnement, le nombre de défaillances d'entreprise est au plus bas depuis 30 ans © AFP / Hans Lucas / Nicolas Guyonnet

32 184 défaillances d'entreprises en 2020. C'est le chiffre le plus bas depuis 1987. Drôle de paradoxe alors que la crise est d'une extrême violence pour tout le tissu économique. Ce sont pourtant les derniers chiffres de l'étude du cabinet Altarès, lue en avant-première par France Inter. "Avec un PIB qui finit à des niveaux historiques, à -9%, nous devrions avoir autour de 70 000 défauts", estime Thierry Millon, directeur des études Altares, "mais le pays a réussi à maintenir les entreprises debout." 

L'État a joué son rôle à travers un plan d'aide massif, que ce soit via le fonds de solidarité, l'activité partielle, les reports ou exonérations de charges, le prêt garanti par l'État. 638 000 entreprises y ont recours, pour un montant de près de 130 milliards d'euros. "Et puis les entreprises entre elles ont aussi été solidaires", ajoute Thierry Millon : "Celles qui le pouvaient ont payé leurs fournisseurs à l'heure. C'est important parce qu'il y a des défaillances, en domino, qui sont liées à des retards de règlements". L'industrie a bien résisté, le bâtiment aussi mais les services ont plus souffert, l'évènementiel, l'hôtellerie-restauration, le tourisme, évidemment. La sinistralité a augmenté de 3,1% dans les agences de voyages, et 1,7% dans les services administratifs de bureaux. En revanche, quelque 4 000 restaurateurs ont entamé une procédure, soit 40% de moins qu'en 2019. Au total, si on compare les chiffres de 2020 à ceux de l'année précédente, 20 000 entreprises auraient échappé au dépôt de bilan. Mais il n'y a pas de quoi se rassurer pour autant.   

Un recul en trompe-l'œil   

D'abord parce qu'il y a des signes qui inquiètent. Parmi les procédures enregistrées, la proportion de liquidations judiciaires directes est plus importante que d'habitude : "Près de trois jugements sur quatre sont des liquidations directes. D'habitude, c'est plutôt deux sur trois." Et c'est bien la traduction de l'impact du Covid qui a mis les entreprises en difficultés au point qu'elles se présentent devant le tribunal sans proposition d'un plan pour une poursuite d'activité. Et puis le cabinet Alatres se projette dans les mois qui viennent. Car ces chiffres relèvent bien selon lui de l"anomalie statistique". Va-t-il y a voir un "rattrapage" ? Et surtout quand ? "Chaque défaut d'entreprise, c'est trois et demi à quatre emplois perdus. Si en 2021 nous sommes autour de 55 000 défaillances que nous anticipons, cela veut dire que nous aurons, juste sur le poids des défaillances, près de 200 000 emplois menacés. Et cela s'ajoute aux chiffres des licenciements économiques et plans sociaux." 

Cibler les aides  

Comment amortir le choc ? Pas en maintenant des aides qui sauvegarderaient artificiellement des entreprises amenées à mettre la clé sous la porte, Covid ou pas. C'est ce que croit Thierry Millon : "Il est temps de discriminer la population des entreprises, pour identifier les entreprises viables qui justifient qu'elles soient encore accompagnées et à l'opposé dire à certaines entreprises qu'elles ne seront plus destinataires des aides parce qu'elles ne sont pas viables." Autrement dit : débrancher les aides progressivement en maintenant un accompagnement renforcé sur les entreprises les plus touchées, qui peuvent être sauvées. 

Le "quoi qu'il en coûte" de 2021 ne sera sans doute pas celui de 2020.

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