Pour 8 élèves français sur 10, les règles de vie religieuses ne doivent pas primer sur les lois de la République, rapporte une enquête publiée ce mercredi. L'étude souligne ceci dit des écarts selon le type d'établissement, et réaffirme dans ce sens le rôle déterminant de l'enseignement moral et civique.

Pour 9 collégiens et lycéens sur 10, il est important, voire très important, de respecter les convictions de leurs camarades, même s'ils n'ont pas les mêmes croyances.
Pour 9 collégiens et lycéens sur 10, il est important, voire très important, de respecter les convictions de leurs camarades, même s'ils n'ont pas les mêmes croyances. © Maxppp / Alexandre Marchi

Les collégiens et lycéens français sont très attachés au principe de laïcité. C'est ce qui ressort le plus d'une étude inédite publiée ce mercredi, menée par le Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco), en partenariat avec l'université de Genève. 16 000 élèves de 3e et de terminale, 500 enseignants et 350 chefs d'établissements ont été interrogés.

Ainsi, 8 élèves sur 10 déclarent que les règles de vie prescrites par la religion ne doivent pas prévaloir sur les lois de la République, soit bien plus que leurs camarades anglais, néerlandais ou encore scandinaves. Dans l'ensemble, les élèves français sont champions de la laïcité. Ils ont largement intégré le principe et les atteintes à la laïcité sont rares : moins de 3% d'enseignants et chefs d'établissements déclarent en avoir été témoins (les atteintes à la laïcité concernent la remise en cause d'enseignements ou le refus de participer à certaines activités scolaires pour motif religieux, ndlr). 

Une valeur forte et très largement partagée : la tolérance. Pour 9 collégiens et lycéens sur 10, il est important, voire très important, de respecter les convictions de leurs camarades, même s'ils n'ont pas les mêmes croyances. 3 sur 4 estiment aussi qu'il est important de pouvoir exprimer ses croyances ou non croyances en classe, tant que cela se fait dans le respect de l'opinion des autres.

Des différences selon le type de collège ou de lycée

Les lois de la République supérieures aux règles religieuses ? Une opinion moins partagée dans certains types d'établissement. 28% des élèves en lycée professionnel déclarent ainsi que les règles religieuses sont plus importantes. C’est deux fois plus que les élèves scolarisés dans des lycées d’enseignement général et technologique. "Les problèmes de ségrégation sociale, scolaire, ethnique dans ces établissements renforcent une posture qui ne colle pas à la laïcité", explique Nathalie Mons, responsable du Centre national d’étude des systèmes scolaires.

Et si très peu d'élèves remettent en cause les enseignements pour motif religieux, il y a là aussi des disparités : "Nous avons moins de 5% des chefs d’établissement et des enseignants qui nous disent rencontrer ce problème. Ceci dit dans les établissements d’éducation prioritaire, cette proportion monte à 15%. Dans ces établissements, on concentre des élèves qui ont des connaissances civiques faibles, issus de milieux sociaux défavorisés, et il y a une sur-représentation des élèves qui participent à des activités religieuses."

L'enseignement de l'éducation civique, facteur déterminant

Mais, bien plus que l'origine sociale, ce sont les cours d'enseignement moral et civique, mis en place en 2013, qui font la différence, souligne la professeure de sociologie : "En tout premier arrive le niveau d’éducation civique, pas le niveau d’éducation scolaire global. C’est plus fort que le genre, que l’origine migratoire, plus fort même que l’adhésion à une association religieuse." 

Dans ce sens, deux chiffres de l'étude du Cnesco interpellent : si 15% des enseignants et chefs d'établissements d'éducation prioritaire (REP) rapportent des remises en question d'enseignements du fait de la religion, ils ne sont que 5% en réseau d'éducation prioritaire renforcée (REP ) a déclarer la même chose. Selon l'enquête, cela pourrait s'expliquer par le fait que le volet laïcité est plus présent dans les collèges de REP , et que donc le travail éducatif est "potentiellement plus développé."

Encore quelques lacunes en France

D'où l'importance d'aller plus loin, surtout quand on compare la France à d'autres pays, souligne Nathalie Mons : "On pourrait intégrer, comme ça peut se faire en Angleterre ou au Québec, des dimensions plus pratiques, qui permettent aux élèves par exemple de savoir mieux établir un dialogue entre des religions et des athéismes. Établir, aussi, les socles pour pouvoir converser et régler les conflits."

Et mettre l'accent sur une formation encore marginale : sur les trois dernières années, moins de 10% des enseignants en charge de l’éducation morale et civique (9% dans les collèges, 6,5% dans les lycées) ont suivi une formation sur la thématique de la laïcité.

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