L'hémicycle alsacien est resté vide depuis le début de la pandémie de coronavirus. Lundi, les eurodéputés seront de retour au siège du Parlement européen de Strasbourg, pour une session plénière de quatre jours.

Les eurodéputés vont retrouver l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg pour une session plénière, du 7 au 10 juin.
Les eurodéputés vont retrouver l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg pour une session plénière, du 7 au 10 juin. © AFP / Frederick Florin

L'immense bâtiment, sur les bords de l'Ill et du Rhin, d'ordinaire très animé, est resté presque inoccupé pendant des mois. Lundi, les eurodéputés vont retrouver le siège du Parlement européen à Strasbourg pour une session plénière, du 7 au 10 juin, près d'un an et demi après la dernière organisée en Alsace. Délaissé depuis février 2020 et le début de la pandémie de coronavirus, l'hémicycle strasbourgeois était d'ordinaire occupé tous les mois pour quatre jours de plénière, le reste des travaux (autres sessions et commissions) étant organisé à Bruxelles (Belgique). 

Mi-mai, le président de l'institution, David Sassoli, avait annoncé le retour à Strasbourg sauf cas de "force majeure", après discussion avec les présidents des groupes politiques. Décision saluée par la France et les élus locaux. Et si tous les eurodéputés ne seront pas là pour cette session "hybride", les Français devraient être nombreux pour défendre ce principe du "double siège".

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Insistance d'Emmanuel Macron et des élus locaux

Car depuis plusieurs mois, les différentes sessions envisagées au siège du Parlement européen ont été reportées, finalement organisées pour l'essentiel en visioconférence, depuis Bruxelles, en raison des restrictions sanitaires et des transferts de personnel que cela implique. "Le parlement de Strasbourg n'est pas resté vide, car plusieurs députés ont choisi d'y rester pour faire leurs interventions en plénière depuis ces locaux, à chaque session", tient toutefois à préciser l'institution à France Inter. En outre, "le Président Sassoli y a ouvert la session de décembre, à titre symbolique" et le lancement de la Conférence sur l'avenir de l'Europe s'est tenu dans le bâtiment alsacien.

Fin septembre, Emmanuel Macron avait réclamé dans un courrier puis lors d'un déplacement à Vilnius (Lituanie) un retour des sessions à Strasbourg. "Si le Parlement européen ne se réunit qu'à Bruxelles, on est foutus !", disait-il l'automne dernier, craignant que "dans dix ans, tout [se fasse]" en Belgique. "Et les gens ne s'y parleront plus qu'entre eux. Or l'Europe ce n'est pas cette idée-là." Début mai, en déplacement dans la capitale alsacienne, le chef de l'État avait de nouveau affirmé son attachement au statut de siège du Parlement européen détenu par la ville alsacienne. La situation est "difficilement compréhensible", avait alors jugé l'Élysée, soulignant que la situation sanitaire était même meilleure à Strasbourg qu'à Bruxelles. 

Plusieurs élus locaux avaient également manifesté leur agacement, ne voyant pas les élus revenir à Strasbourg, à l'image de Fabienne Keller, elle même eurodéputée Renaissance (LREM), la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian ou bien Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace. En mars, ce dernier a même porté une plainte auprès de la médiatrice européenne. "C'est le retour de la démocratie européenne. Cette plénière est symbolique : Strasbourg c'est l'Europe polycentrique", a estimé Fabienne Keller vendredi, lors d'une conférence de presse préparatoire vendredi. 

La question n'est pas nouvelle

Mais ce débat autour de la transhumance que représente le déménagement, pour quatre jours, du Parlement européen à Strasbourg est loin d'être terminé. Il concerne plus de 700 élus (dont beaucoup habitent à Bruxelles) et 2.500 collaborateurs et fonctionnaires qui se partagent entre les deux villes. Une majorité d'eurodéputés serait d'ailleurs favorable à l'instauration d'un siège unique dans la capitale belge. Cet automne, la maire de Strasbourg dénonçait à ce propos l'instrumentalisation de la situation sanitaire par les "pro-Bruxelles". Ces derniers mettent souvent en avant le coût de ces déménagements récurrents et leur impact climatique. 

Un sujet source de polémique depuis des décennies qui porte, au-delà du manque à gagner que peut représenter pour Strasbourg l'absence des eurodéputés pendant plusieurs mois (restaurants, hôtels, taxis, etc.), une dimension tout à fait symbolique. Aujourd'hui, le siège, symbole de la construction européenne et de la réconciliation franco-allemande, est protégé par les traités, qui prévoient 12 sessions d'au moins quatre jours chaque année. Mais la majorité du travail européen est réalisé à Bruxelles. 

En mai, le chef de l'État était présent pour la signature d'un nouveau contrat triennal qui lie la ville aux collectivités locales pour soutenir la vocation européenne de Strasbourg.  Doté de 189 millions d'euros, il vise à améliorer l'accessibilité de Strasbourg pour les eurodéputés et fonctionnaires européens, créer un poste à Bruxelles pour défendre la place de Strasbourg auprès des institutions européennes ou encore financer des projets dans la recherche, la culture, la démocratie et les droits humains.