La trêve estivale n'y changera rien, disent celles et ceux qui dénoncent la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur alors qu'il est visé par une accusation pour viol. Les collectifs s'organisent pour demander sa démission et maintenir une pression numérique, politique, médiatique et juridique.

La manifestation parisienne contre la nomination de Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti le 10 juillet 2020
La manifestation parisienne contre la nomination de Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti le 10 juillet 2020 © Radio France / Nathanael Charbonnier

Gérald Darmanin multiplie, à l'instar d'autres ministres, les déplacements. S'il est parfois accueilli par des applaudissements ou un silence poli comme à Nice le 13 juillet, ses services de sécurité gardent un œil sur les appels à manifester contre sa venue. À Dijon, il a ainsi été accueilli par quelques dizaines de militants et militantes féministes,  comme le rapporte France Bleu Bourgogne. Dimanche, à Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen, onze personnes, des "gilets jaunes" et militants d'extrême-gauche d'après la préfecture, ont été arrêtées et quatre placées en garde à vue après l'avoir insulté ("Sale violeur") alors qu'il s'apprêtait à rendre hommage au père Jacques Hamel.  

C'est l'une des stratégies des réseaux féministes : ne pas faire retomber la pression au cœur de l'été, alors que l'annonce du nouveau gouvernement Castex avait conduit dans la foulée à se rassembler plusieurs milliers de manifestants 

"Tolérance à la violence contre les femmes"

La manifestation de Dijon était organisée par des associations locales, portées par un mouvement national, relayé notamment par le collectif Nous Toutes. Ce dernier a également lancé une tribune spécifique à destination des 13/25 ans, "la génération #metoo". "Cette tolérance à la violence contre les femmes et cette impunité, nous en faisons les frais tous les jours", dénonce le texte, en réponse à la "vie de jeune homme" dont s'est défendue le ministre de l'Intérieur dans une interview à la Voix du Nord.  

"Cette nomination, c'est la claque de trop. Le gouvernement espérait que ça serait juste une manifestation épisodique pour qu'on montre notre colère mais non, on ne la laissera pas passer" - Laura Jovignot de Nous Toutes.

D'autres tribunes ont été signées ou relayées par des personnalités de gauche... comme de droite. Depuis le remaniement, le sujet ne retombe pas. La question Darmanin est devenue une épine dans le pied de l'exécutif.

Les collectifs cherchent aussi à maintenir la pression juridique. La toute nouvelle association Pourvoir Féministe dit avoir saisi le procureur de la République de Lille pour dénoncer des faits de "trafic d'influence" visant Gérald Darmanin quand il était maire de Tourcoing, dans une enquête pour "abus de faiblesse" classée sans suite en 2018.

"Emmanuel Macron cherche à dépolitiser les luttes féministes" 

"Quand Emmanuel Macron nous dit, 'voilà, j'ai eu une discussion avec Gérald Darmanin, d'homme à homme', ce qu'il nous dit c'est que finalement ce genre de choses peut se régler en privé", estime Anaïs Leleux de Pourvoir Féministe, "et donc qu'il n’y a pas de raisons que vous les féministes, vous vous embêtiez à aller dans la rue pour manifester." 

Pourvoir Féministe doit se lancer officiellement en septembre mais a avancé ses actions auprès du parquet de Lille mais aussi de la haute autorité pour la transparence de la vie publique. L'association assume d'être un lobby créé pour défendre la cause féministe en vue de l'élection présidentielle de 2022. 

"On a envie à notre tour de pouvoir peser sur les décisions et les discours politiques", dit Anaïs Leleux, "en faisant le lien avec les chercheurs et chercheuses qui travaillent sur ces sujets et ne sont pas assez mis en avant, les associations de terrain, la population et les élus de la Nation." 

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