Où est l’argent pour les femmes et pour quels métiers ? C'est le thème de la 4e Journée nationale contre le sexisme ce 25 janvier 2021. Il sera question des inégalités entre hommes et femmes quant aux financements de leurs projets, par de l’argent public ou privé, et de la non-mixité dans les métiers.

Aucune grande entreprise du numérique n’emploie plus de 30 % de femmes (étude Journal du Net)
Aucune grande entreprise du numérique n’emploie plus de 30 % de femmes (étude Journal du Net) © Getty / .

La Journée nationale contre le sexisme se déroulera en ligne entre 15h et 17h et plusieurs interventions permettront de faire l'état des lieux de la distribution de l’argent public à l’heure de la crise sanitaire, l'accès aux financements pour les femmes artistes, les évolutions de la mixité selon les métiers et l'autonomie financière des femmes d'une manière générale, quelle que soit leur situation familiale. Nous nous intéresserons ici plus particulièrement à la position des femmes dans les entreprises, les inégalités de financements dans l'entreprenariat, et le déficit d'ingénieures dans tous les secteurs de l'économie.  

Les femmes, encore minoritaires dans les cursus technologiques et d'ingénieures

Le monde avance peut-être, mais certains aspects concernant les femmes reculent. Par exemple, la proportion de femmes parmi l’ensemble des diplômés de la tech entre 2013 et 2017 est en diminution et cela provient de la chute de la proportion de femmes dans les enseignements de cycle courts (-43% dans le numérique, -10% dans l’ingénierie) ; et la stagnation ou légère diminution observée au niveau des maîtrises, selon l’étude Global Contact de 2019. 

Par contre, un signal est encourageant dit l’étude, c’est "l’augmentation de la mixité dans les niveaux doctorats, où la proportion de femmes augmente de plus de 10% en 5 ans, alors qu’elle ne progresse que de 3% au niveau européen".

L’association des femmes ingénieures note, dans les études de son observatoire, que les femmes représentent environ 22% des ingénieurs.  "Comment voulez-vous qu’une jeune fille qui se présente à plusieurs journées portes ouvertes de ces écoles se sente attendue, se dise que ces cursus sont faits pour elles, si elle ne rencontre que des dirigeants d’école masculins, quelques rares professeures, et croise une très grande majorité d’élèves masculins ?"  demande Aline Aubertin, présidente de l'association. Il faut donc promouvoir ces écoles auprès des étudiantes, "et je vais même plus loin", explique Aline Aubertin, "pourquoi ne pas imposer des quotas de femmes dans les équipes dirigeantes et pédagogiques de ces écoles, et leur imposer le même indicateur d’égalité que celui des entreprises ?  Ces équipes dirigeantes sont les vitrines de l'école, elles doivent attirer plus de jeunes filles".

Que se passe-t-il après l’école pour les jeunes diplômées ingénieures ?  "Un tiers d’entre-elles sont embauchées dans les secteurs d’études, de la recherche recherche et conception" note Aline Aubertin, et elle remarque que "le plafond de verre se maintient pour elles". Embauchées en plus grand nombre dans certaines entreprises, les jeunes femmes ne le sont pas à des postes aussi valorisants que leurs collègues masculins, " elles sont donc un peu moins bien payées". De plus, "elles sont rares dans les postes de hauts dirigeants, presque trois fois moins présentes à ces niveaux de responsabilité que les hommes ingénieurs". Là où les salaires sont les plus élevés, la proportion d’ingénieures diminue, notamment dans les fonctions de conseil et de management.

L'exemple de la brillante French Tech, aux gouvernances si inégalitaires

La French Tech a été applaudie ces dernières semaines pour les records obtenus lors des levées de fonds durant 2020. 

Les fleurons de la tech à la française ont levé 5,4 milliards d'euros et se sont placés 2e en Europe. La moyenne de ces levées de fonds a été de 8,7 millions d'euros, sachant que dans un cas sur deux, c'était pour plus de 50 millions. Qui dirige ces entreprises innovantes, désirables aux yeux des investisseurs, et qui imposeront nos usages dans les années à venir ? En général ce sont des hommes qui les ont fondées et les portent, et au sein des équipes, voici quelques exemples dans le top 10 salué pour ces apports massifs en capital :

L’éditeur de marketplace Mirakl qui a levé 256 millions d'euros, fonctionne avec ses deux fondateurs et un comité exécutif de 9 personnes dont 3 femmes. Jonathan Cherki , le fondateur et CEO de Contentsquare, est entouré d'une équipe dirigeante de 16 personnes dont 4 femmes. Ynsect qui fabrique des protéines d'insectes, ne compte qu'une seule femme dans sa gouvernance, la directrice financière. Chez EcoVadis, spécialisée dans la notation RSE, il y a 2 femmes parmi les 9 hauts dirigeants, aucune femme au conseil d’administration, et 2 femmes sur 9 au conseil scientifique. 

Conclusion : beaucoup d'argent va vers ces entreprises où les femmes sont minoritaires aux commandes.

Le collectif Ensemble contre le sexisme qui organise la Journée nationale contre le sexisme milite pour accélérer l’accès des femmes à la gouvernance des entreprises, avec la création de quotas pour une parité dans les COMEX et CODIR. 

Quota dans les équipes de gouvernance, et fléchage de l’argent. "Les femmes demandent moins d’argent", souligne Aline Aubertin, "les dirigeantes sont plus économes, et la crise a été plus dure pour elles, et leurs entreprises" car justement, "l’argent public, les aides, sont allées plus facilement, et « naturellement » aux dossiers défendus par des hommes". 

Ensemble contre le sexisme réclame donc que BPI France impose la condition de la parité dans les gouvernances et directions d'entreprise pour l'obtention des financements publics qu'il attribue, qu'il s'agisse du financement des start-up ou de l'activité fonds de fonds. Le collectif d'associations pour la défense de l'égalité entre femmes et hommes, souhaite une loi pour imposer que les comités d’expert.e.s dépendant de l’État et les comités scientifiques des colloques et congrès financé par l’État aient au moins 40% de membres de chaque sexe.