Responsable de nombreuses pathologies, dont la maladie de Lyme, les tiques sont très actives au sortir de l'hiver. Avec la fin du confinement, les Français retrouvent les joies des sorties nature. En cas de piqûre, vous pouvez vous signaler sur une application et aider la recherche.

850 espèces de tiques existent dans le monde
850 espèces de tiques existent dans le monde © Getty

Ah, ce premier week-end post confinement... Quelle joie d'avoir retrouvé la traversée des champs, la balade en forêt ou sur les chemins. Mais avez-vous pensé à vérifier en rentrant que vous n'aviez pas été piqué par une tique ? Indolore, car la tique prend soin de vous anesthésier la peau avant d'enfoncer son rostre - l'équivalent du dard - , la piqûre n'est pas anodine. 

Pour terminer son festin de sang, l'arthropode peut en effet rester logé jusqu'à trois jours sous la peau. Or, la tique est vecteur de maladies potentiellement graves comme l'encéphalite à tique (quelques rares cas en France) ou la maladie de Lyme (68 000 cas en 2018 selon Santé Publique France). Cette dernière, en l'absence de traitement antibiotique, peut provoquer des atteintes cutanées, musculaires, neurologiques et articulaires très invalidantes.

En France, les meilleurs connaisseurs de la bestiole, dont on compte plus de 850 espèces dans le monde, sont chercheurs à l'Institut national de recherche agronomique et environnemental (INRAE). Biologie, cycles de vie, génétique des populations, répartition territoriale, inventaire des espèces... Rien n'échappe aux cinq unités qui travaillent sur l'acarien.  

Une application de signalement

En 2017, pour bénéficier du meilleur relais qui soit - les citoyens - , Pascale Frey-Klett directrice de recherche à l'INRAE a lancé un programme de sciences participatives baptisé CiTIQUE . Il a notamment permis de créer une "tiquothèque" de 20 000 spécimens dans laquelle les chercheurs peuvent "piocher" pour mener leurs projets de recherches. Les personnes piquées envoient l'animal par la poste au laboratoire Tous chercheurs de Nancy. Il est ensuite classé, étiqueté et archivé. Il n'est pas rare de découvrir de nouvelles espèces sur le territoire.

En parallèle, une application a été développée. Elle permet de signaler les piqûres via son smartphone ou son ordinateur. À partir d'aujourd'hui, la nouvelle version plus ergonomique, plus précise, développée avec l'appui de la fondation Groupama contre les maladies rares, doit permettre d'enrichir la collecte de données et d'établir une carte des risques suivant les régions. "L'un des résultats du programme CiTique a été de montrer qu'on retrouve la bactérie responsable de la maladie de Lyme un peu partout en France, y compris dans des régions où des professionnels de santé pensent qu'elle n'est pas forcément présente" souligne la chercheuse. C'est le cas du pourtour méditerranéen. Pas anodin quand il s'agit de poser un diagnostic.  

Un tiers des piqûres a lieu dans les jardins, y compris en ville

Une autre découverte, confirmée par les deux mois de confinement, c'est qu'il n'est pas rare d'être piqué chez soi, dans son propre jardin : _"_31% des piqûres surviennent dans les jardins privés ou les parcs publics" précise Pascale Frey-Klett contre 49% en forêt. Les citadins ne sont donc pas à l'abri, contrairement à une idée reçue.

Le cycle de la tique dépend largement des conditions climatiques. Les parasites ayant tendance à préférer une chaleur humide, c'est pourquoi les piqûres sont plus nombreuses au printemps et à l'automne, "mais on peut être piqué en toutes saisons". Depuis 2017, le programme CiTique a enregistré 17 730 signalements de piqûres sur l'homme et 5 800 chez l'animal. 

Pascale Frey-Klett
Pascale Frey-Klett / PFK/ INRAE

Dans sa nouvelle version, l'application comporte plus de fonctionnalités, ce qui va faciliter le signalement pour les citoyens. En juillet, il sera même possible, au retour d'une promenade, de signaler qu'on n'a pas été piqué. "Ainsi, on espère affiner le risque en temps réel , sur une même territoire, et être en mesure de voir émerger un pathogène" explique Pascale Frey-Klett. Savoir, au sein d'une famille, si certains, à cause de leur âge par exemple, n'ont pas été mordus par les tiques est une information intéressante pour les chercheurs en épidémiologie. 

Cette surveillance en continu est aussi menée par le réseau de six observatoires. Le projet CC-EID s’intéressait exclusivement à la tique vectrice de la maladie de Lyme. CLIMATICK, qui lui a succédé, a intégré une autre espèce : Hyalomma marginatum. Cette tique thermophile est apparue dans le sud de la France depuis moins de 10 ans et peut être vectrice du virus de la Fièvre Hémorragique Crimée-Congo.

À l'heure où les pathogènes émergeant comme le SARS-COV2 montrent combien l'homme est démuni face à ces transmissions animal/homme, la prévention contre les tiques n'a pas encore débouché sur un vaccin. Mais des recherches sont en cours. Certaines centrées sur le génome, avec l'idée de mettre au point de nouveaux acaricides. 

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