Parce qu’ils pratiquent un sport individuel, les joueurs de tennis vivent difficilement cette période d’incertitude lié à la pandémie. À chaque voyage, dans chaque pays et chaque tournoi, ils sont livrés à eux-mêmes. Le tennis a perdu son âme et les joueurs… leur moral, au point que certains font une pause.

Roland Garros octobre 2020, Rafael Nadal rencontre Novak Djokovic en finale, devant quelque dizaines de spectateurs
Roland Garros octobre 2020, Rafael Nadal rencontre Novak Djokovic en finale, devant quelque dizaines de spectateurs © Getty / Corbis / Tim Clayton

Isolés, confinés, surveillés, testés. Quand ils peuvent, ils s’entraînent avant de disputer des matches dans des stades sans public, sans atmosphères, sans ambiance. Pour tous les joueurs c’est frustrant et déstabilisant mais pour certains, c’est déprimant. Cette vie de joueur faite de contraintes et d’interdits, ronge le moral. Pierre Hugues Herbert le constate : "On est tous un peu dépressif, je dirai même pratiquement la majorité des joueurs. C’est pas la joie avec des tournois sans public, avec des bulles sanitaires, avec de plus en plus de choses à faire niveau paperasse pour rentrer dans les pays. Des voyages qui s’allongent parce qu’il y a de moins en moins de vol. On est obligé de rester enfermés, il n’y a plus d’échange entre nous, il n’y a plus de chaleur humaine. En fait on est tous un peu nostalgiques de la vie qu’on avait avant le Covid."

Les obligation envers les sponsors les obligent à jouer

Et certains craquent. Gaël Monfils a fondu en larmes en conférence de presse à Melbourne après sa défaite au premier tour à l’Open d’Australie. Benoit Paire a défrayé la chronique dans différents tournois Sud-Américains en affichant l’image d’un sale gosse mal élevé, incontrôlable et insupportable, vulgaire et grincheux. Le Suisse Stan Wawrinka a fait connaître son mal-être sur les réseaux sociaux. Quant au Canadien Denis Shapovalov, il a avoué que, si les sponsors n’obligeaient pas les joueurs sous contrat à disputer des tournois, certains seraient déjà rentrés chez eux. 

C’est pourtant précisément, et contre toute attente, ce qu’a fait Gilles Simon. Le Niçois a décidé de retrouver sa famille, mettant sa carrière sur pause pour une durée indéterminée, histoire de se ressourcer pour mieux repartir et se relancer. À l’instar de Gilles Simon, les joueurs, à différents niveaux, ont perdu l’envie, la motivation et le plaisir de jouer depuis que le tennis a été placé sous bulle sanitaire il y a tout juste un an. C’est ce qu’expliquait Benoit Paire, il y a un mois et demi à l’Open d’Australie. "Pour nous c’est délicat. On a du mal à se remettre dedans. On a du mal à voir le bout du tunnel avec ce Covid. On a du mal à jouer des tournois, du mal à jouer des matches. Pour des mecs comme nous qui sont émotifs et qui aimons le jeu et l’ambiance, ça nous désavantage énormément." 

En ce moment il faut s’adapter et c’est ce que je ne fais pas très très bien.

Le tennis est devenu insipide et ennuyeux. Les joueurs n’ont plus le cœur à voyager, se déplacer sur un tournoi est presque devenu une corvée. Des joueurs qui n’hésitent plus à afficher leur désarroi, à l’image d’Alizé Cornet. "C’est juste qu’il y a un peu de lassitude parce que j’en ai un peu ras le bol. Quand je sais que je vais devoir retourner à l’entraînement sans savoir quand je jouerai mon prochain match, c’est un coup dur pour ma motivation. En ce moment il faut s’adapter et c’est ce que je ne fais pas très très bien." 

Ils sont nombreux aujourd’hui à considérer que jouer au tennis en ce moment n’a plus vraiment de sens. Les joueurs sont déprimés et l’avenir ne leur permet pas d’être particulièrement optimistes. Pour Christophe Bernel, médecin psychiatre, responsable du pôle mentale à la FFT, il est impératif, pour chaque joueur, de retrouver le plaisir de jouer. "Il faut essayer de conserver et entretenir ce plaisir tous les jours un peu à l’entraînement. Ce lien avec le plaisir c’est très personnel. Il faut le garder. Le tennis c’est un jeu et ça doit le rester. Il faut garder ce lien à l’enfance, aimer bouger, frapper dans la balle. Alors évidemment c’est très pénible d’être testé constamment, d’être dans une bulle sans relation sociale, c’est pour cette raison que c’est encore plus indispensable de prendre du plaisir sur le court, à l’entraînement et en match, parce que sinon ça peut devenir très compliqué." 

Prendre sa retraite ou faire un break ?

Et c’est parfois tellement compliqué que des joueurs, après réflexions peuvent se dire qu’il est peut-être temps de partir à la retraite. Alizé Cornet y pense depuis quelques semaines mais elle se donne jusqu’aux Jeux de Tokyo pour prendre une décision définitive. "Ça dépendra où j’en suis mentalement et physiquement, où on en sera au niveau du Covid. J’ai quand même 16 ans de professionnalisme dans les pattes et ça se ressent. Et là avec les circonstances et le Covid, ça ne m’a pas fait du bien personnellement. C’est peut-être plus facile quand on a 20 ans et qu’on a les crocs. En revanche quand on est plus vieux, il faut trouver des raisons de continuer, et c’est plus dur."

En attendant, 21 joueurs, dont 4 des 6 meilleurs mondiaux, ont décidé de ne pas se rendre cette semaine à Miami pour le premier tournoi Masters 1000 de la saison. C’est la première fois depuis 2004 que le prestigieux tournoi Floridien se déroulera sans Novak Djokovic, Rafaël Nadal er Roger Federer.