Utilisés par les partis politiques depuis 2017, les logiciels de stratégie électorale sont devenus aujourd'hui indispensables pour les candidats en campagne. Une dizaine de jeunes entreprises se partagent désormais le marché et fournissent aux candidats aide organisationnelle et outil de ciblage électoral.

L'entreprise Quorum fournit un logiciel et une application aux équipes de campagne.
L'entreprise Quorum fournit un logiciel et une application aux équipes de campagne. © Radio France / Julie Pacaud

Apparus aux États-Unis et pour la première fois en France en 2012, les logiciels de stratégie électorale se sont imposés comme des outils désormais indispensables à tout candidat en campagne. Quorum, eXplain, DigitaleBox, Decidim, Spallian, Cap Collectif, NationBuilder, Fluicity ou encore Poligma : elles sont une dizaine d'applications à se partager aujourd'hui le marché français en fournissant d'abord une aide organisationnelle aux équipes de campagne. 

Rationalisation, optimisation et ciblage 

Smartphone en main, Florent Barre, cofondateur de Quorum détaille son application : "D'un coup d’œil je vais pouvoir savoir, quartier par quartier, bureau de vote par bureau de vote, combien de personnes j'ai rencontrées, combien d'actions sont en cours, combien d'actions sont terminées, quels militants je peux mobiliser, comment on se répartit le travail." 

À cette aide logistique, Quorum fournit également un outil "d'optimisation", des outils de données "pour savoir dans tel ou tel quartier où est ce que j'ai le plus de potentiels soutiens. Toutes ces choses que l'on retrouvait dans d'autres secteurs et que l'on retrouve maintenant dans le secteur de l'engagement." Car derrière l'application, un algorithme rassemble un ensemble de données socio-démographiques, des données électorales disponibles en "open source" sur le site du ministère de l'Intérieur, du taux de chômage à la CSP en passant par le pourcentage de propriétaires dans tel ou ou tel quartier. 

Algorithmes de l'engagement 

Le croisement de ces données de masse est le cœur de métier de ces startups qui permettent aux candidats de faire du porte-à-porte ciblé. Aller chercher où est la volatilité électorale, dans quel quartier, quelle rue, les électeurs peuvent potentiellement basculer pour tel ou tel candidat. 

Mais les données utilisées ne sont que des données publiques, si l'on en croit Laure Vaugeois, responsable des élections municipales chez eXplain. "On a des modèles de ciblage électoral qu'on construit depuis plusieurs années et qui utilisent des données agrégées à l'échelle du bureau de vote pour comprendre les endroits où nos clients ont le plus fort potentiel électoral. Il n'y a donc aucune donnée personnelle, ce ne sont que des données agrégées et c'est très important pour nous de ne jamais mettre de données individuelles". 

"C'est d'ailleurs pour ça que l'on dit qu'on ne cible pas des électeurs mais des zones prioritaires," tient à préciser la responsable d'eXplain, entreprise pionnière en la matière. Anciennement LMP, ses trois fondateurs sont les premiers à avoir utilisé en France le big data, lors de la campagne de François Hollande en 2012, avant de participer activement à la campagne présidentielle de 2017 d'Emmanuel Macron.

Le train de retard de la Cnil

Anaïs Theviot, maîtresse de conférence en science politique et auteure de Big Data Electoral : "Il y a toujours un retard entre les applications qui vont être proposées et les recommandations de la Cnil, la Commission nationale de l'Informatique et des Libertés. Elle va pouvoir énoncer une recommandation qu'après un usage d'un outil. Personne ne peut savoir réellement si il n'y a pas une commercialisation derrière des données. Ce sont des questionnements importants", estime la chercheuse. 

Ainsi en 2016, deux applications ont été pointées du doigt par la Cnil, lors de la primaire de la droite et du centre. La Commission avait ainsi ouvert une enquête sur l'application Knockin utilisée alors par les équipes de campagne de Nicolas Sarkozy et suspectée de siphonner les données issues des réseaux sociaux. Une autre application, NationBuilder avait également dû supprimer une de ses fonctionnalités qui permettait d'enrichir les bases de données avec les informations issues des réseaux sociaux. Cette application avait alors été utilisée pendant la campagne présidentielles par plusieurs candidats, de Jean-Luc Mélenchon à François Fillon. 

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