La colère des livreurs à vélo de Deliveroo atteint des sommets, après la décision de baisser le prix des courses de courte distance. Dans un univers pourtant peu structuré syndicalement et où les actions collectives peinent à émerger, des appels à manifester sont lancés partout en France pour ce samedi.

Les livreurs à vélo envisagent un mouvement de grande ampleur pour protester contre les nouveaux tarifs Deliveroo.
Les livreurs à vélo envisagent un mouvement de grande ampleur pour protester contre les nouveaux tarifs Deliveroo. © AFP / HANS LUCAS / RICCARDO MILANI

"La colère est à son comble. On est débordé par la réactivité des gars. Ils veulent une action immédiate, spontanée" commente Jérôme Pimot, ancien coursier, cofondateur du CLAP, collectif des livreurs autonomes parisiens. Ce comité a été fondé en 2017 pour défendre les conditions de travail des livreurs de ces plateformes de livraison de repas. 

Lundi 29 juillet, la société Deliveroo a informé, par mail, les livreurs que la tarification des commandes allait être modifiée dans les deux jours. Le salaire des livreurs en est affecté. Jusqu'ici les commandes sur des distances courtes avaient un prix fixe : 4, 80 euros à Paris (c'est un peu moins dans les autres villes). Avec cette modification, les livreurs ont constaté que les prix allaient de 2,80 à 3 euros.

La perte salariale pour les livreurs, déjà en situation de précarité, est estimée entre 20 et 30%. Elle peut aller jusqu'à 50%, selon Jérôme Pimot.  Selon la plateforme, à l'inverse, c'est "une meilleure tarification, plus juste et plus de 54% des commandes sont payées davantage". Elle précise que le but est de mettre en valeur les courses les plus longues, et donc les plus fatigantes. 

Le ras-le-bol ne s'est pas fait attendre. Dans la foulée, les livreurs sont montés au créneau à Paris, mais aussi Grenoble, Nice, Tours, Nantes etc. Après la journée de rassemblement de ce samedi, ils n'excluent pas d'autres actions. Une grève nationale est évoquée. Elle consisterait à bloquer les commandes en les refusant simultanément - ce qui chamboulerait l'algorithme -  et bloquer l'accès des restaurants aux livreurs qui souhaiteraient assurer les commandes. 

Depuis trois étés, Deliveroo change les règles de rémunération de manière unilatérale. 

En 2016, c'est la fin de la tarification à la course pour les nouveaux livreurs. En 2017, tous les coursiers sont soumis au paiement à la course. En 2018, la course est payée à la distance. Désormais, Deliveroo évalue ces courses en temps estimé, et non en kilomètres, comme si les impondérables de la route n'existaient pas dans le monde réel.  La plateforme présente les courses en trois tranches : moins de dix minutes, de dix à vingt minutes (les courses moyenne distance) et enfin plus de vingt minutes (longue distance). 

Cette année, c'est le montant minimum de la course qui est touché. "C'est la première fois qu'une modification touche tous les livreurs, les anciens, les jeunes. Il n'y a pas une seule catégorie visée. C'est la première fois qu'il y a un tel consensus contre une annonce Deliveroo", analyse Jérôme Pimot. 

Le porte-parole des livreurs à vélo tire une autre conclusion. Avec cette nouvelle donne, ce sont les courses les longues qui sont privilégiées, c'est à dire celles effectuées majoritairement à scooter. Ce qui d'un point de vue écologique est contestable. Et d'un point de vue juridique, c'est illégal. En France, un deux-roues motorisé utilisé pour des livraisons doit être répertorié comme tel, ce que l'immense majorité des livreurs en scooter ne font pas. 

"En favorisant les commandes longues distance Deliveroo crée de la mise sous tension. Plus de pression, c'est plus de fatigue, et c'est un risque d'accidents accru", conclut Jérôme Pimot qui s'attend à une mobilisation significative ce samedi. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.