Le 22 octobre, le Tribunal constitutionnel polonais a validé le durcissement de la loi sur l’avortement. Le texte gouvernemental prévoit d'interdire presque totalement l'IVG, y compris en cas de risque de malformations pour le fœtus. Les Polonais descendent dans les rues pour protester et défendre le droit des femmes.

Les Polonais descendent régulièrement dans les rues pour protester contre l"interdiction de l'avortement
Les Polonais descendent régulièrement dans les rues pour protester contre l"interdiction de l'avortement © AFP / Wojtek RADWANSKI

Ce samedi, une grande manifestation est prévue à Varsovie, la capitale polonaise. Il s'agit de protester une fois de plus contre un projet de loi visant à restreindre le droit à l'avortement. 

Le gouvernement polonais, très à droite, tente par tous les moyens de restreindre le droit des femmes à l'avortement, voire de l'interdire purement et simplement. Le dernier évènement en date est la décision le 22 octobre dernier du Tribunal constitutionnel, la plus haute cour du pays, qui a invalidé une disposition autorisant l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation du fœtus. Le gouvernement doit entériner la décision du Tribunal constitutionnel par une publication au Journal officiel. À l’annonce de cette décision, des centaines de milliers de femmes étaient descendues dans les rues pour s’opposer à ce qui ressemble à une interdiction pure et simple de l’avortement. Depuis, les manifestations n'ont pas cessé. Mais ce samedi, la mobilisation s'annonce très importante.

Un droit à l'avortement déjà très restreint

Car depuis plusieurs semaines, les Polonaises manifestent. Jusqu’à présent, et alors que le droit à l'avortement est extrêmement restreint en Pologne, il était possible d'avorter si, via les tests prénataux, il était prouvé que la santé du fœtus était menacée, notamment par un risque de handicap irréversible, une malformation sévère et inévitable du fœtus, ou une maladie incurable menaçant la vie du fœtus.

La plus grande manifestation pour défendre les droits des femmes a eu lieu le 30 octobre 2020 à Varsovie
La plus grande manifestation pour défendre les droits des femmes a eu lieu le 30 octobre 2020 à Varsovie © Maxppp / Kamila Stepien / Le Pictorium

Les plus grandes manifestations depuis Solidarnosc

À ce moment là, la majorité des manifestants était des femmes, et les restrictions sur l'avortement leur cible. Mais depuis, les manifestations continuent, et les agriculteurs, chauffeurs de taxi, enseignants, étudiants participent au mouvement. Aujourd'hui, ce sont les Polonais dans leur ensemble qui manifestent. Car désormais, ceux et celles qui descendent dans les rues de Varsovie et d'autres villes du pays ne militent pas uniquement contre l'interdiction de l'avortement. Le mouvement a pris une ampleur sans précédent. Les Polonais manifestent plus globalement leur désaccord envers la politique gouvernementale du parti Droit et Justice (le PiS).

Depuis octobre 2015, date des élections, le PiS et ses partenaires de la coalition de droite réforment tous les secteurs de la vie publique. L’une des plus grandes manifestations a eu lieu le 30 octobre à Varsovie, sous le slogan "Tous et toutes à Varsovie". 

Les centaines de milliers de manifestants, et la durée du mouvement de protestation, font de ces manifestations les plus grandes depuis le mouvement de lutte ouvrière emmené par le syndicat Solidarnosc à partir de 1980 (Solidarnosc qui, d'ailleurs, a épousé la ligne et les idées du Pis depuis! )

Bien entendu, le gouvernement et le PiS tentent d'étouffer ces mouvements. Jarosław Kaczyński, le dirigeant du PiS, a déclaré : 

"Ces attaques ont pour objectif de détruire la Pologne. Ces manifestations sont menées pour faire gagner les puissances qui veulent mettre un terme à l’histoire de la nation polonaise telle que nous la connaissons"

Dans un pays où l'Église a un poids considérable, le PiS a lancé un programme de réformes qui vont souvent à l'encontre des droits des citoyens.
Et pour la première fois, les jeunes manifestent dans tout le pays. Auparavant, la jeunesse polonaise se mobilisait peu. 

La droite dévisse

Les conservateurs au pouvoir ont fortement plongé dans les sondages à la suite de cette interdiction quasi-totale de l'IVG.

Le PiS, au pouvoir depuis 2015, bénéficie du soutien de 30,9% de personnes interrogées, contre 40,5% il y a une douzaine de jours, selon un sondage réalisé pour le quotidien Dziennik Gazeta Prawna et la radio RMF FM.  

L'opposition libérale de la Coalition citoyenne (KO) est créditée de 25,3% d'intentions de votes dans un scrutin éventuel, contre 23,3% dans un sondage du 18-19 octobre.  

Troisième en lice est le mouvement centriste Pologne 2050, créé au début de l'année, qui bénéficie du soutien de 14,7% contre 9,3% dans le sondage précédent. La gauche bénéficie d'un soutien stable de 6%, selon le nouveau sondage, réalisé le 31 octobre auprès de 1.000 Polonais. 

Et dans un autre sondage, réalisé pour le quotidien Rzeczpospolita, plus de 70% des Polonais souhaitent le départ du chef du PiS Jaroslaw Kaczynski.