Une réunion de crise s'est tenue le 27 mars à l'APHP, pour échanger des projections à courte échéance, avec des chiffres jamais atteints en Île-de-France. Au cours du mois d'avril, si de nouvelles restrictions n'entrent pas en vigueur, 4 400 malades pourraient être admis en réanimation en région parisienne.

Si les contaminations ne baissent pas, les hospitalisations et besoins en réanimation seront insupportables, bilan d'une réunion de crise à l'AP-HP
Si les contaminations ne baissent pas, les hospitalisations et besoins en réanimation seront insupportables, bilan d'une réunion de crise à l'AP-HP © AFP / Thomas KIENZLE

Une évolution sanitaire pire que ce qu'on attendait. Si les contaminations ne baissent pas, les hospitalisations et besoins en soins critiques vont rapidement devenir insupportables. Une réunion de crise à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris tenue samedi 27 mars, fait part de projections à courte échéance, avec des chiffres jamais atteints en Île-de-France.

Des projections alarmistes

Ces projections sont fiables, affirment plusieurs médecins qui ont participé à la visioconférence de crise. Si un confinement dur ne se met pas en place très rapidement, c'est-à-dire au 1er avril, le nombre d'hospitalisations, chaque jour en Île-de-France, pourrait s'élever à 230 contre 120 aujourd'hui. 

Si un confinement strict entre en vigueur au 1er avril, le pic sera atteint le 12 avril avec un nombre de malades en réanimation s'élevant à 3 470, selon ces projections.

"Tout cela veut dire 400% du capacitaire normale de la réanimation, Sachant qu’il y a en même temps la traumatologie, la cancérologie qui tournent. Pour être très concrets, on a programmé la fermeture de la moitié des blocs. Il y a des chirurgies où c’est facile, pour une prothèse de hanche, de vésicule biliaire. Mais ce n’est pas ce choix là qui va devoir être fait, c’est celui entre deux patients cancéreux, qui au lieu d'être opérés auront de la radiothérapie et c’est ça qu’on ne veut pas", témoignait l'infectiologue Gilles Pialoux, mardi matin sur France Inter

Il regrette d'ailleurs "l'éclipse" du gouvernement sur les avis scientifiques : "Depuis janvier, on a des décisions politiques qui n’ont aucune cohérence scientifique !" 

"Des chiffres vertigineux"

Pour le professeur Bertrand Guidet, chef de service de réanimation à l'hôpital Saint-Antoine, "si on attend un peu, c'est-à-dire un confinement le 8 avril, le pic serait autour du 19 avril avec des chiffres vertigineux, plus de 4 000 personnes en réa en Île-de-France, on parle de 4 400 malades et donc clairement, on ne sera pas capables de faire face à la demande...On admettra en réanimation les malades dont on pense qu'ils vont le plus en bénéficier. Que fait-on des autres ?", demande le professeur Guidet. "Nous ne souhaitons pas, nous, en tant que professionnels, en tant que réanimateurs, assumer seuls la responsabilité de telles situations extrêmes". 

Même en déprogrammant au maximum, même en prenant en charge avec des oxygénations à très haut débit dans des salles autres que de réanimation, les médecins le savent, il faudra alors faire des choix.