Amnesty International publie ce mercredi son rapport annuel qui passe en revue toutes les violations des droits de l’Homme durant l’année 2020. Il en ressort que les régimes autoritaires ont instrumentalisé la pandémie de Covid-19 pour intensifier leur répression.

Avec 173 hommes et femmes, le Vietnam compte un nombre record de prisonniers d’opinion
Avec 173 hommes et femmes, le Vietnam compte un nombre record de prisonniers d’opinion © AFP / Nhac NGUYEN

Que ce soit en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie, la pandémie de Covid-19 a servi de prétexte pour lancer de nouvelles attaques contre les défenseurs des droits de l’Homme. Le rapport annuel pour 2020 publié ce mercredi par Amnesty International le démontre. "Certains dirigeants ont tenté de normaliser les mesures d’urgence autoritaires qu’ils ont mis en place pour combattre le Covid-19 et une souche particulièrement virulente de dirigeants est allée encore plus loin : ils ont vu dans cette pandémie l’occasion de consolider leur propre pouvoir" résume Agnès Callamard, la nouvelle secrétaire générale de l'ONG.

L'exemple hongrois

En Hongrie, le gouvernement de Victor Orban a modifié le Code pénal qui prévoit désormais jusqu'à cinq ans de prison ceux qui se rendraient coupables de diffusion de "fausses informations" au sujet du coronavirus.  

"La pandémie a été en fait un prétexte pour renforcer une mainmise sur la société civile et pour réduire encore un peu plus la possibilité de s'exprimer, de critiquer, d'être dans la dissidence et ce au cœur même de l'Europe", Cécile Coudriou, présidente d'Amnesty International France. 

"L'État de droit a été menacé et les libertés fondamentales réduites comme on l’a vu en Hongrie. En Pologne, ce n'est guère mieux puisque là aussi, le gouvernement a profité de la situation de pandémie pour empêcher les manifestations pour des raisons sanitaires, et chercher à donner un tour de vis supplémentaire sur l'accès au droit à l'avortement", ajoute Cécile Coudriou. "Il y a une utilisation extrêmement cynique d'une situation dramatique, qui est celle de la pandémie. Dans d'autres pays, notamment au Moyen-Orient et en Amérique latine ou à  Hong Kong, bien des lois sont passées pour empêcher la diffusion de l'information, car les gouvernements étaient plus soucieux de protéger leur image pour ne pas risquer de critiques sur leur gestion de la pandémie", conclut la présidente présidente d'Amnesty International France

La censure sur internet

Un autre pays a lui aussi renforcé son arsenal répressif : le Vietnam. Il dispose d'un large éventail de lois pour faire taire les opposants. Avec 173 hommes et femmes derrière les barreaux, le Vietnam compte aujourd'hui un nombre record de prisonniers d’opinion. Une tendance se dessine de plus  : la censure des opinions exprimées sur internet. "En ce qui concerne la liberté d'expression en ligne, le Vietnam est aujourd'hui l'un des pays les plus répressifs au monde", indique Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe d’Amnesty pour l’Asie.

"Compte tenu du système du parti unique, il y a une grande intolérance à l'égard de tous ceux qui critiquent le gouvernement, les blogueurs, les activistes et les défenseurs des droits humains", Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe d’Amnesty pour l’Asie.

L’épidémie de Covid 19 n’a rien arrangé. Officiellement le Vietnam n’a enregistré que 1.500 cas et 35 morts pour près de 100 millions d’habitants selon les chiffres fournis par les autorités. Elles ont développé une stratégie inflexible : visites nocturnes de la police chez des personnes suspectées d’être atteintes de la maladie, publication des noms et des adresses de ces dernières ; traçage immédiat des cas contacts ; menaces d’emprisonnement contre ceux qui ne respecteraient pas les consignes, comme le port du masque.

Poser des questions peut coûter cher

Une femme en a fait les frais au Vietnam après avoir posté un billet sur Facebook où elle critiquait la politique du gouvernement concernant sa gestion du Covid-19. Elle a été inculpée de propagande contre l'État et condamnée à sept ans de prison. Le gouvernement vietnamien a même renforcé son arsenal juridique en introduisant un nouveau décret, le décret 15. Il vise tous celles et ceux qui sont accusés de partager de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

"Il s'agit d'un décret assez vaste qui affecte à la fois les internautes et les fournisseurs de services Internet et qui contient une série de sanctions sévères qui menacent réellement la liberté d'expression et l'accès à l'information", Ming Yu Hah

À l’approche des élections législatives du mois de mai, la répression s’est encore durcie ce qui n’a pas empêché le Vietnam de se positionner pour entrer au conseil des droits de l’Homme de l’ONU. 

> Pour consulter le rapport d'Amnesty International

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