Face au retour de foyers épidémiques de Covid 19, les autorités catalanes pointent du doigt la responsabilité des 20 000 à 30 000 personnes venues des quatre coins d’Espagne pour la cueillette des fruits, les accusant de diffuser le virus dans la région de Lérida, à 150 kilomètres à l’Ouest de Barcelone.

Culture des fruits (pomme et pêche) dans la région de Lerida
Culture des fruits (pomme et pêche) dans la région de Lerida © Radio France / Thibault Lefèvre

Depuis mardi minuit, Lérida et ses alentours sont de nouveau confinés. 160 000 habitants qui ont déjà été contraints de rester chez eux pendant trois mois et qui doivent désormais justifier de leurs mouvements pendant au moins une quinzaine de jours. Cette décision de l’exécutif de la région catalane, qui jouit d'une autonomie importante, fait suite à l'explosion du nombre de contaminations. Plus de 400 cas positifs au coronavirus, c'est dix fois plus que dans le reste de la Catalogne. Le seuil d'alerte, tout juste dépassé en Mayenne par exemple, est de 50 cas pour 100 000 habitants. 

Barcelone explique, par la voix d'un de ses porte-parole, Marti Anglada, que ce phénomène est très localisé et qu'il trouve son origine dans l'arrivée massive pour la récolte des pommes, des poires et des pêches de 20 000 à 30 000 travailleurs saisonniers, sur un territoire très agricole.

Ces travailleurs saisonniers, avec ou sans papiers, payés entre 3 et 6 euros de l'heure en fonction de leur statut, sont regroupés à Lérida dans un quartier populaire étonnement appelé "les Champs-Élysées". Beaucoup vivent sous un immense hangar, dorment sur des lits de camps, prennent leur douche dans des préfabriqués et sont contraints de vivre dans une certaine promiscuité évidemment favorable à la diffusion du virus.

Le hangar dans le quartier des "Champs-Elysées" à Lerida qui accueille des centaines de travailleurs saisonniers avec ou sans papiers.
Le hangar dans le quartier des "Champs-Elysées" à Lerida qui accueille des centaines de travailleurs saisonniers avec ou sans papiers. © Radio France / Thibault Lefèvre
Le hangar dans le quartier des "Champs-Elysées" à Lerida qui accueille des centaines de travailleurs saisonniers avec ou sans papiers.
Le hangar dans le quartier des "Champs-Elysées" à Lerida qui accueille des centaines de travailleurs saisonniers avec ou sans papiers. © Radio France / Thibault Lefèvre

Ahmed, lui, préfère ne pas se mélanger aux autres. Ce Marocain d’une cinquantaine d’années ne compte plus ses saisons de récolte. Après les fraises à Huelva pendant l’hiver, il vient tous les étés pour les pêches, les poires et les pommes à Lérida. Mais cette année, il mange et dort seul dans sa voiture :  

"C'est un virus, il est mortel, c'est très dangereux. Quand ils m'ont dit que je pouvais prendre ma douche avec eux, je leur ai dit, non, non, non. Je préfère la rivière. Les Espagnols ne viennent pas ici pour nous faire des tests. Moi, je veux être testé. Nous sommes abandonnés ici."

Ahmed dort et mange dans sa voiture pendant la saison de récolte des fruits. Il ne veut pas se mélanger aux autres par peur du coronavirus.
Ahmed dort et mange dans sa voiture pendant la saison de récolte des fruits. Il ne veut pas se mélanger aux autres par peur du coronavirus. © Radio France / Thibault Lefèvre
Ahmed dort et mange dans sa voiture pendant la saison de récolte des fruits. Il ne veut pas se mélanger aux autres par peur du coronavirus.
Ahmed dort et mange dans sa voiture pendant la saison de récolte des fruits. Il ne veut pas se mélanger aux autres par peur du coronavirus. © Radio France / Thibault Lefèvre

Et pourtant, les autorités sanitaires ont engagé des médiateurs comme Lahcen pour suivre et tester les saisonniers. Une stratégie inefficace, pour cet Espagnol d’origine marocaine, qui déplore de ne pouvoir faire correctement son travail : 

"Il y a beaucoup de migrants ici. Le problème que nous rencontrons, c’est que quand nous venons les informer qu’ils sont porteurs du Covid, ils ne l’acceptent pas et ils s’enfuient. Et souvent, la police doit intervenir."

Les besoins de main d’œuvre vont diminuer à la fin de l’été à Lérida, la pression devrait donc baisser. En revanche, des milliers de saisonniers sont attendus, plus au sud, à Valence pour la récolte des oranges.

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