Les publicités pour des SUV occupent chaque jour l'équivalent de 18 pages dans la presse et 3h50 à la télévision. Or, ces véhicules au look de 4x4 sont 20% plus polluants. Le WWF demande que la publicité soit interdite pour les voitures les plus lourdes et les plus émettrices de CO2.

Ces dix dernières années, les SUV ont été la deuxième source de croissance des émissions mondiales de CO2
Ces dix dernières années, les SUV ont été la deuxième source de croissance des émissions mondiales de CO2 © Getty / Douglas Sacha

Sur nos écrans de télévision, sur le papier glacé des magazines, sur les panneaux d'affichage qui occupent les rues et les couloirs du métro : les SUV sont partout, déplore le WWF. Dans un rapport publié ce mercredi 24 mars, l'ONG de défense de l'environnement dénonce la contradiction entre des politiques publiques qui cherchent à décourager l'achat de véhicules trop polluants et l'omniprésence de ceux-ci dans la publicité.

Budget considérable

Le WWF France a fait les comptes : chaque année, les constructeurs automobiles dépensent 1,8 milliard d'euros pour faire la promotion des SUV, ces véhicules de loisir au look de 4X4. Cela représente près de 40% des dépenses publicitaires du secteur. "En moyenne, 2 300 euros ont été dépensés pour la promotion de chaque SUV vendu", souligne Pierre Cannet, directeur du plaidoyer et des campagnes WWF France.

D'où l'omniprésence de ce type de véhicule dans l'espace publicitaire. D'après le WWF, les SUV occupent en moyenne chaque jour 18 pages dans la presse, et 3h50 de publicité à la télévision. De quoi influencer, immanquablement, notre comportement de consommateur : en 2018, les SUV représentaient 36% des ventes neuves. "Il suffit de vous rendre sur le parking d'un concessionnaire pour réaliser que la moitié de celui ci est occupé par des SUV", note Pierre Cannet.

2e source de croissance des émissions de CO2

Or, plus gros, plus lourds, plus puissants qu'une voiture standard, ceux-ci sont aussi 20% plus polluants. Ces dix dernières années, les SUV ont été la deuxième source de croissance des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, après l'industrie lourde, selon l'Agence internationale de l'énergie.

En France, à partir de 2022, une taxe sera mise en place en fonction de la masse des voitures pesant plus de 1,8 tonnes. Mais elle concernera moins de 3% des véhicules.

Pour le WWF, il faut aller bien plus loin. L'ONG appelle à interdire la publicité pour les véhicules les plus lourds (plus de 1,8 tonne) et les plus émetteurs (plus de 95gCO2/km), afin de réorienter ces investissements vers la promotion de véhicules légers et moins polluants. Autre proposition : moduler le prix de la publicité en fonction du poids et du niveau d'émissions des voitures.

Car même en réduisant la part de moteurs thermiques, le bénéfice environnemental sera limité si l'offre électrique comprend une part importante de SUV.

Ce lundi, lors d'une réunion au ministère de la Transition écologique, Renault et PSA se sont engagés à consacrer 50% de leur budget publicitaire aux voitures hybrides ou électriques (alors que les véhicules électriques représentent 10% du marché automobile). Cet investissement doit grimper à 60% en 2022 puis 70% en 2023. 

Le WWF rappelle néanmoins que même si les SUV électriques émettent moins de CO2, les batteries des véhicules les plus lourds restent très polluantes dans leur mode de fabrication.