C'est une découverte incroyable : un libraire spécialisé a mis la main sur les premiers textes de Michel Houellebeq, publiés dans une revue fondée par l'écrivain dans sa jeunesse. Ainsi que le révèle L'Express, un exemplaire de cette revue sera présenté la semaine prochaine au Salon du Livre rare.

Michel Houellebecq, lors d'un débat en 2019
Michel Houellebecq, lors d'un débat en 2019 © AFP / Lionel BONAVENTURE

C'est la librairie Faustroll, spécialisée dans les livres précieux, qui détient ce document rarissime : une librairie d'un genre particulier, sans vitrine ni enseigne, à peine un nom sur un interphone. Christophe Champion y reçoit exclusivement sur rendez-vous. Cet ancien trader reconverti dans les livres rares il y a une douzaine d'années s'intéresse à Houellebecq depuis longtemps. 

Il tient à rester discret sur la façon dont il s'est procuré cet exemplaire de la revue Karamazov, fondée par l'écrivain en 1979 alors qu'il terminait ses études d'ingénieur agronome : "Il provient de quelqu'un qui a été très proche de Houellebecq, mais il y a longtemps." Il n'en dira pas plus. 

"C'est la première fois qu'on découvre ce document"

Christophe Champion n'est pas peu fier de sa découverte. "C'est la première fois qu'on découvre ce document. Même la Bibliothèque nationale ne possède pas d'exemplaire de cette plaquette", souligne-t-il, en rappelant que Michel Houellebecq est "de très très loin l'auteur contemporain le plus collectionné".

A gauche, une affiche réalisée par Charles Burns à l'occasion d'une rencontre avec Michel Houellebecq aux Etats-Unis. A droite, la couverture de la revue "Karamazov"
A gauche, une affiche réalisée par Charles Burns à l'occasion d'une rencontre avec Michel Houellebecq aux Etats-Unis. A droite, la couverture de la revue "Karamazov"

Avec précaution, il extrait d'une armoire vitrée le précieux exemplaire, protégé par une chemise en carton solide : le titre, Karamazov, est un hommage à Dostoïevski. Il s'agit d'une plaquette d'une vingtaine de pages, un numéro zéro au moyen duquel les jeunes fondateurs espéraient probablement attirer les souscripteurs. Il semblerait que le deuxième numéro n'ait jamais vu le jour.

On trouve dans Karamazov deux textes de Houellebecq : un poème, Variation 14 et un court texte d'anticipation, "Message de Hensley à Badington", titre qui évoque l'univers de H. P. Lovecraft, écrivain admiré de Houellebecq. A l'époque, il n'a pas encore pris le nom de sa grand-mère comme nom d'écrivain. Il apparaît dans l'ours sous son nom de baptême, Michel Thomas et les deux textes sont signés de son pseudo connu, Dorian de Smythe-Winter.

Une valeur marchande tenue secrète

Dans la revue, un "Avis aux lecteurs", en forme de manifeste littéraire, annonce "une esthétique nouvelle" et raille les revues littéraires de l'époque. "Aujourd'hui, cette culture apparaît comme un cadavre, une poignées d'érudits allumant des cierges autour de quelques grands disparus."

Combien peut valoir un tel document ? Christophe Champion ne souhaite pas divulguer le prix de vente. "Je ne le communique que sur demande à des acquéreurs potentiels. Le prix résultera d'une discussion avec l'acquéreur", indique le libraire, qui se dit assuré de trouver preneur. 

Au Salon du livre rare (du 18 au 20 septembre au Grand Palais, à Paris), Christophe Champion proposera aussi une splendide affiche sérigraphiée, un portrait de Houellebecq par la star de la BD américaine Charles Burns. Elle a été réalisée à l'occasion de la venue de Houellebecq aux États-Unis en 2006 pour la sortie outre-atlantique de la traduction de son essai sur Lovecraft. Accompagnée d'un jeu d'épreuves du livres, elle est vendue 2500 euros.

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