Dans l'Oeil du tigre, émission consacrée au sport, Joy Raffin a présenté 'Un maillot pour l'Algérie' une bande dessinée sur la toute première équipe de football algérien.

Couverture d'Un maillot pour l'Algérie
Couverture d'Un maillot pour l'Algérie © Collection Aire Libre. Dupuis / Rey/Galic/Kris

Dans "Give Me Five", chronique de l'émission "L'oeil du tigre" de Philippe Collin consacrée au sport, Joy Raffin a présenté une bande dessinée sur la toute première équipe de football algérienne : "Un maillot pour l’Algérie" paru chez Dupuis. de Rey, Galic et Kris. ### ### Première raison: parce que cette BD inspirée d’une histoire vraie aurait pu s’appeler Good luck Algeria ! En avril 1958, en pleine guerre d’Algérie, douze joueurs d’origine algérienne, évoluant dans le championnat de France de football décident de fuir leurs clubs respectifs pour créer l’équipe de foot du FLN et porter pour la première fois les couleurs de l’Algérie dans le monde entier. Leur évasion est digne d’un polar. En métropole on ne parle que de ça. Mais malgré les pressions et les menaces de la FIFA, cette proto-équipe algérienne que l’on surnomme le Onze de l’indépendance parvient à organiser une tournéede plus de 80 matchs en Europe de l’est, en Asie et en Afrique . Et réussi à promouvoir la cause algérienne par un autre moyen que la violence. Et quelque part, c’est grâce à eux qu’un des slogans du FLN : one two three viva l’algérie ! ### Raison numéro 2 : parce que cette BD raconte l’histoire de France et celle de l’Algérie. Si l’Algérie est annexée par la France depuis 1848, c’est à la suite du massacre de Sétif en mai 1945 (Sétif, ville d’origine de quatre des joueurs de l’équipe du Onze de l’indépendance) que le mouvement national algérien et le Front de libération nationale se créént. Quand 4 ans après le début de la guerre en juin 58, le Général De Gaulle prononce le : "Je vous ai compris", la première équipe de foot algérienne a, elle, déjà commencé sa première tournée mondiale qui ne s’arrêtera qu’en 1962 après les accords d’Evian. Pendant ces quatre dernières années de guerre, et un nombre incalculable de morts, l’équipe de foot du FLN aura le temps de disputer 83 matchs et d’en gagner 57 ! Kris : scénariste de la BD > Ce qui est intéressant avec cette équipe du FLN, c'est qu'elle est à la base de choses qui traversent l'histoire politique et sportive française. En 1982, L'Algérie qui bat l'Allemagne et se fait éliminer de manière injuste ensuite. Et c'est cette même équipe allemande qui bat la France. Pour la première fois, l'Algérie et la France sont liées par cette injustice et cette douleur. Après, c'est la France black-blanc-beur : Zidane aurait d'ailleurs pu être un Rachid Mekhloufi. Il y a une vraie filiation avant qu'il ne se fasse siffler quelques années plus tard au Stade de France quand la France bat l'Algérie 3 à 0 avec l'envahissement du terrain qui a suivi. Aujourd'hui, on est confronté au problème des bi-nationaux, quand tel ou tel joueur choisi l'un ou l'autre des pays, il se fait villipender. On sent bien qu'il y a quelque chose qui n'est pas réglé. Ces fooballeurs de l'équipe du FLN en ne reniant jamais la France avaient résolu le problème...

Raison numéro 3 : pour Rachid Mekhloufi

Né en août 1936 à Sétif, en Algérie, il a 18 ans quand il arrive en métropole et découvre les terrains en gazon du chaudron vert. Trois ans plus tard en 1957, Mekhloufi gagne le championnat de France avec Saint-Étienne. C’est un jeune attaquant brillant, mais il garde en tête le souvenir d’enfance du massacre de Sétif. Alors quand le FLN le contacte pour savoir s’il accepterait de faire partie de la première équipe algérienne, Mekhloufi abandonne sa carrière prometteuse et rejoint Ben Tifour dans cette aventure de dingues. Les auteurs de la BD ont eu la chance de rencontrer Rachid Mekhloufi. Lisez son interview à la fin, et vous comprendrez l’amour indéfectible qu’il porte à l’Algérie, mais aussi à son club de Saint-Étienne où il est retourné jouer après la proclamation de l’indépendance.

Raison numéro 4 : parce que cet épisode a contribué à une amélioration du football nord-africain.

Au milieu des années 1950, une trentaine de joueurs nés en Algérie évolue dans le Championnat de France. Et Abdelziz Ben Tifour est le premier joueur musulman, né en Algérie à porter le maillot de l’équipe de France en coupe du monde, même si c’est en 1954, et que la France sera éliminée au premier tour ! Le but véritable du Onze de l’indépendance était politique. Mekhloufi et les autres avaient quitté leurs clubs français pour démontrer que l’Algérie était un pays à part entière, c’est tout. Mais leur épopée a permis une avancée dans le foot algérien. Les joueurs ont acquis une conscience politique et une envie de tout donner pour un maillot. Ce qui se ressent encore aujourd’hui à chaque match.

Kris et Bertrand Galic, scénaristes de la BD :

Sportivement, c'est une très belle équipe qui n'a aucun remplaçant, et malgré tout, gagne des matchs. Les contraintes auxquelles ils sont soumis vont être à l'origine d'un nouveau type de jeu, et leur fait inventer un style. Quand ils sont partis à une douzaine, il n'y avait pas un défenseur droit, un défenseur gauche... Il y avait plus d'attaquants que de défenseurs. Tout le monde devait attaquer, et tout le monde devait défendre. Ils ont inventé un style de jeu très particulier. Il fallait aussi que ce soit spectaculaire, cela faisait partie de la communication, et de la propagande...

Raison numéro 5 : Parce que ces hommes sont des héros.

Ils ont pris des risques énormes pour venir défendre leurs idées, et un pays qui n’existait pas encore. Mustapha Zitouni, Algérien de l’AS Monaco en est un exemple incroyable parce que le mec en 1958 aurait dû jouer la Coupe du monde avec la France. Pendant qu’il jouait les matchs amicaux avec la toute jeune équipe algérienne sur des terrains délabrés d’Europe de l’est, la France finissait 3e de la coupe du monde en Suède. Même si Copa et Juste Fontaine l’ont toujours soutenu, pas sûr que Zitouni, n’ai pas eu quelques coups durs. Heureusement, quand on a vu Good Luck Algeria, on sait que les Algériens ont un moral d’acier. N’est-ce pas ?

Écoutez le Give me five de Joy Raffin extrait de L'oeil du Tigre

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