En 2010, Jean-Paul Kauffmann aeffectué une longue marche d’un mois et demi le long de la Marne, en partant de la région parisienne, de la confluence de la Marne avec la Seine, pour remonter vers la source de la plus longue rivière française, du côté de Langres, en Haute Marne.Une marche solitaire, le plus souvent, équipé d’un sac à dos, d’un bâton, de chaussures de marches, (il a été pris pour un clochard).

Avouons-le: qui, a priori, a envie de lire un récit de voyageurs sur la Marne?

Personne, a priori sauf les riverains concernés. Or, ce récit a un charme fou. Cet écrivain a quelque chose du magicien, ou plutôt du sorcier : il envoûte.

On voyage avec lui, car c’est un livre de voyageur. Le portable éteint, quelques livres dans son sac, Kauffmann marche, flâne, goûte l’Histoire et la géographie de cette France intérieure en longeant le cours d’une rivière. Ses courbes, ses couleurs, son odeur, le silence qui parfois le surprend, quand une ville s’éloigne. Avec lui, nous croisons celles et ceux qui ont traversé, marqué les terres foulées par l’écrivain. Louis 16, qui après sa fuite fut ramené par cette route à Paris, La Fontaine, figure de Château-Thierry dont le souvenir est évoqué au voyageur par un jeune agrégé, les soldats de 14 qui vécurent la bataille de la Marne. Mais Kauffmann a beau avoir hérité de l’amour de l’Histoire de l’un de ses grands pères, il aime son temps et ses contemporains. Rien de passéiste, encore moins de nostalgique, dans sa démarche qui regarde le présent.

L’écrivain observe, sur ce long chemin entouré de jardins, de modestes lopins de terre, il observe avec ce pas lent du marcheur, une France qui fut prospère et qui connaît la crise. Villes, villages, hameaux traversés par le chômage, la désertification et pourtant, peuplés encore d’habitants résistants qui croient sans doute encore au bonheur.

L’écrivain marcheur les interpelle, lui, l’étranger, parfois avec maladresse. Il les appelle « les conjurateurs » : des Français naviguant entre chômage et petits boulots qui n’ont « ni le cœur sec , ni la nuque raide», mais une capacité à ne pas sombrer, à se désengager de la détresse, une force qu’il constate et qui l’émerveille : « Nous appartenons au quart monde heureux » lui confie un homme.

Kauffmann, le voyageur humaniste cultive « la mémoire des routes », comme avant lui, l’écrivain Jacques Lacarrière. Il pratique la curiosité avec bienveillance et gourmandise, dans une démarche Voltairienne.

En refermant son livre, on est à deux doigts de prendre la route, sac au dos, tellement revigoré par la lecture.

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