Dans son livre "Peinture et Philosophie", Bernard-Henri Lévy raconte une anecdote croustillante concernant une exposition de César avec des statues de Lénine. L'exposition n'a jamais eu lieu, et c'est Arman qui s'est retrouvé en possession de ces statues. Certaines trônent encore dans son Bidonville à Vence.

Les aventures de la vérité
Les aventures de la vérité © Grasset © The estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2013.

blogcs vu lu pris
blogcs vu lu pris © Christine Siméone / Christine Siméone

"Peinture et Philosophie" est à la fois le catalogue de la prochaine exposition de la fondation Maeght à Saint Paul de Vence, qui ouvre le 29 juin, et le journal de bord de la constitution de cette exposition.

Son récit nous fait pénètrer les coulisses du monde de l’art et les relations entre artistes et collectionneurs. C’est Jeff Koons s’invitant dans l’exposition, c’est Marina Abramovic lisant Artaud sur un téléphone portable. Ce sont des œuvres qui se fabriquent pour nourrir le propos de l’exposition, notamment cette Sainte-Véronique, de Pierre et Gilles.

Racontant sous la forme d'un journal, Bernard-Henri Lévy, tout BHL qu'il soit, avec ses jets privés pour l'emmener en Libye ou ailleurs, ces erreurs et négligences à se faire condamner en diffamation, Bernard-Henry Lévy donc, n'hésite pas à avouer ses ratages et notamment celui concernant une exposition de César avec des statues de Lénine.

Arman, distillerie idéologique, 1997
Arman, distillerie idéologique, 1997 © Radio France

Tout se passe dans le sud de la France sous la houlette des époux Nahon, célèbres galeristes et marchands d'art. En cette année 90, ils achètent des centaines de statues et des bustes de Lénine et persuadent César de s'en servir pour faire des oeuvres et les exposer.

Bernard-Henri Lévy raconte que César a préparé son exposition chez son fondeur en Normandie, mais les "les gros bras de la CGT sont venus le trouver, là, chez Bocquel, pour lui dire, en substance : « pas touche à Lénine, mon petit gars… avise-toi de casser la gueule à Lénine et c’est nous, les gros bras, qui te casserons tes sales guiboles de prolo passé à l’ennemi ». César a même réussi à décrire l'exposition dans ces moindres détails à BHL, (qui a écrit un article pour une revue spécialisée), alors même qu'il savait qu'il n'exposerait jamais ses Lénine, intimidé par les militants communistes. BHL explique que les Nahon ont proposé, pour rattraper cette exposition avortée, à Arman de s'emparer de ces nombreuses statues de Lénine.

Arman et Lénine
Arman et Lénine © Galerie Trigano

BHL poursuit: "Armanfait, lui aussi, et tout de suite, quelques oeuvres, dont une que je possède et que j’ai longtemps eue dans mon bureau, grande gueule de Lénine s’ouvrant à la hauteur du nez comme par une fausse fenêtre à la Magritte – pourquoi, soit dit en passant, ne pas la mettre dans l’expo ? Sauf que César l’apprend." E t le farceur s' arrange pour se faire photographié pour Paris Match__ juché au-dessus des statues en stock chez le fondeur normand.

L'histoire prouve une fois de plus que César ne s'est pas privé d'un pied de nez à Arman, pour ne pas perdre la face.

Des Lénine il y en a donc beaucoup dans l'oeuvre d'Arman, arrivé ainsi dans son catalogue, par les bonnes grâces de marchands d'art opportunistes et du fait du manque de courage de César.

Lénine n'est pas un objet, il est un des rares êtres humains de l'oeuvre d'Arman. Signalons quelques photos de femmes, qui se sont immiscées de manière furtive et anecdotique dans son travail. J'exclus les fabuleux bustes de résine, ils n'ont pas de têtes. Et souvenons-non que pour évoquer ses amis, comme Yves Klein, Arman utiliser des objets ou poubelles d'artistes. Ces Lénine, soumis à son art de la coupe, de la transculpture, ou au traitement du brush strokes, sont un peu moins convaincant que son travail sur la statue antique. Ils nous disent toutefois que, comme pour les objets d'art classiques, Lénine est tombé dans le grand fatras consumériste... la preuve, l'achat de ces statues en grande quantité par les Nahon.

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone
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