Sur les traces de Cormac McCarthy, l'américain Kim Zupan sort un premier roman très réussi : Les Arpenteurs . Un shérif se lie d'amitié avec un vétéran du crime, dans un Montana sauvage, silencieux et impitoyable.

De quoi parlecette histoire ?

Les Arpenteurs
Les Arpenteurs © Editions Gallmeister

Deux hommes que tout sépare vont se découvrir à travers les barreaux d’une cellule. D’un côté, Val Millimaki, jeune adjoint du shérif dont le mariage bat de l’aile ; de l’autre, John Gload, auteur de crimes sanguinaires, détenu à la prison du comté en attendant de son procès. De paroles laconiques en révélations intimes, les deux hommes vont se rapprocher puis se confier, libérant une parole jusqu’alors enfouie sous des monceaux de non-dits.

Retenir l’attention de l’autre tient parfois à peu de choses...

Il suffit par exemple qu’un jeune policier s’intéresse aux pommiers d’un assassin sans peur et sans remords pour que naisse l’envie d’échanger. Comme si une simple remarque arboricole pouvait dénoter de la qualité d’un homme et le rendre éligible à bien des égards.

John Gload, un vétéran du crime de 77 ans, décèle très vite en Val Millimaki, un ami potentiel auquel il adresse une reconnaissance pudique. « Dans n’importe quelle profession, quelle qu’elle soit, il y a les bons et les moins bons. Pas forcément les bons ou les mauvais, juste les bons et ceux qui sont juste un peu en dessous ». Parce qu’il fait partie des bons, Val va recueillir les détails des meurtres commis par le septuagénaire jusqu’alors reclus dans son mutisme. Mais le véritable point de rencontre entre les deux hommes se situe au carrefour de la mort. Témoins de la disparition tragique d’un parent dès leur plus jeune âge, leurs trajectoires vont prendre des chemins radicalement opposés : l’un va chercher à sauver des vies tandis que l’autre va en éliminer. Dans pareils cas, la notion de destin interpelle, forcément.

Pendant que Gload se confesse, évoquant ses forfaits et son intérêt pour la terre, une petite voix intérieure pousse le jeune adjoint, en quête de conseils auprès d’une figure tutélaire, à s’épancher. Chaque jour, il assiste, impuissant, au délitement de son couple, vaincu par une routine austère et un environnement rigoureux où son épouse, telle « une vigne vierge plantée dans une terre fertile » n’a pas pris racine. Car, dans le Montana, région à faible densité, le calme et la solitude s’avèrent pesant. C’est d’ailleurs à travers de nombreuses descriptions de la région que l’auteur plante le décor du récit : une nature sauvage, silencieuse, belle mais impitoyable, où les hommes cherchent à travers la contemplation des grands espaces des réponses aux tourments de leur âme.

Un auteur venu à l’écriture après un grave accident de rodéo,

Kim Zupan signe à 61 ans un premier roman remarquable, abordant avec sobriété les fêlures de ces existences marquées par la mort. Avec son bagage de bourlingueur – il fut pêcheur de saumon en Alaska, fondeur, réparateur d’avion et charpentier - Zupan dresse un panorama saisissant du Montana, région qui l’a vu grandir et où il enseigne la menuiserie. Le livre, qui fut très bien reçu par la critique américaine à sortie en septembre dernier, n’est pas sans rappeler Cormac McCarthy , l’une des sources d’inspiration de l’auteur avec Hemingway et Faulkner .

Anthony RICHARD , de la Documentation de Radio France

Les Arpenteurs , de Kim Zupan paraîtra aux Éditions Gallmeister le 31 décembre 2014.

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