Bien sûr, à table, avec les jurés du Livre Inter, le plat principal, c'est la littérature. Les conversations tournent autour du livre primé (cette année : "Ouest", de François Vallejo, chez Viviane Hamy), des autres romans en lice, et de radio aussi ("Il est comment Daniel Mermet? Je craque pour la voix de Jacqueline Pétroz. Elle est comment?). Parfois, votre voisin ou votre voisine se livre un peu. Et des rencontres sont plus marquantes que d'autres. Dimanche, à ma gauche, une jurée, Aymée Chatenay-Rivauday. Une femme incroyable, antillaise, caissière à Auchan, à Montrouge. Elle lit en moyenne un roman par mois et du coup, lire dix romans en deux mois l'a quasiment traumatisée! Aymée ressemble à une quadragénaire, mais elle a 59 ans. Observant ma surprise, elle explique sereinement : "C'est comme ça, nous, les antillais, on fait jeune très longtemps puis, d'un coup, on s'écroule!" Aymée a exercé tous les métiers, et même si la retraite approche, elle n'exclut pas d'exercer une autre profession. Mais elle apprécie son boulot de caissière. Parce qu'en regardant défiler sur le tapis roulant les produits choisis par le client, l'inconnu se livre sans le savoir. "Il y a les radins, les boulimiques, les compulsifs, les vrais pauvres et ceux qui dépensent sans compter... A chaque fois j'imagine la vie que mène le client, et toute la journée, je pars dans mes pensées". Quand je lui dis qu'elle pourrait écrire des histoires romanesques passionnantes, que ses tranches de vie qui défilent pourraient nourrir un roman, Aymée avoue : "Et bien, d'ailleurs, j'écris! Mais je ne ferai jamais rien lire à personne, c'est pour moi!" N'est pas romancier qui veut, les jurés souvent fins lecteurs l'ont compris. Bien, Aymée!

Aymée, lors des débats
Aymée, lors des débats © Radio France
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