Bastien Vivès
Bastien Vivès © France Inter / Anne Douhaire

Sortie du nouveau "Last Man" , le manga français, doublée d'une exposition à Angoulême, bientôt une série animée, et un jeu vidéo... L'occasion d'aller à la rencontre de l'un des auteurs de la série : Bastien Vivès.

Écouter Dans ma tête

Tous les sons qui habitent la tête de Bastien Vivès par Christine Siméone :

Entretien avec Bastien Vivès :

Au départ de sa vocation : Calvin et Hobbes. Bastien Vivès, né en 1984 à Paris. Son père est peintre et illustrateur et sa mère est comptable dans une société d’animation. Son premier contact avec la BD passe par les albums de Bill Watterson, « Calvin and Hobbes »

C’était une des premières BDs que j’ai achetée avec mon argent quand j’avais 10 ans. Surtout pour la liberté de ton. J’aimais beaucoup. Ce pouvait être triste ou rigolo, dans l’imaginaire ou la fantaisie. Mais ça marchait très bien. Les personnages du petit garçon et du tigre sont forts, mais c’est la relation des deux qui primait. C’était une belle métaphore de l’amitié : on peut aller n’importe où du moment qu’on est avec la bonne personne . Plus généralement,il suffit d’avoir un ou deux personnages pour faire un bon film, une BD ou pour raconter une bonne histoire. Calvin and Hobbes a posé les bases de la BD que je veux faire aujourd’hui.

Mais ce qui fait basculer Bastien Vivès du côté de la BD :

À la sortie de l’école [des Gobelins], j’avais des cours de cinéma et des cours de dessin animé. Et j’ai choisi la BD, même si je n'en avais jamais faitparce que je savais dessiner, j’avais envie de raconter des histoires et de travailler tout seul.

Ses influences ?De Blutch à Lost in translation .

Parmi mes contemporains, les dessinateurs Gipi, Richard Corben, Bill Watterson, Blutch … Ils m’ont influencé par leur vision de la narration. Blutch dont le dessin est incroyable, c’est quelqu’un que je continue de lire, comme Le petit Christian , Pour en finir avec le cinéma , La Volupté , je les lis à fond. Et sinon le cinéma : je continue de découvrir plein de films. Je travaille avec un deuxième écran à côté de la tablette graphique. Je peux regarder le même film plusieurs fois dans la même journée, comme Lost in translation , Retour vers le futur ou Indiana Jones parce que c’est fluide. Et puis les films de Spielberg, j’aime les regarder souvent parce qu’ils sont tellement parfaits au plan de la réalisation. Récemment, j’ai regardé L627 de Bertrand Tavernier plusieurs fois par jour alors qu’il dure deux heures et demie.

Un dessin allusif, précis, efficace

Mon dessin je le veux efficace, il doit remplir ma charte : faire passer l’émotion, l’information et la lisibilité. Une fois rempli ces trois critères, je valide. Et je passe à un autre. Je ne m’attarde plus sur le « beau » dessin. Quand on lit l’un de mes albums on s’attarde plus sur les cases. Quand on me dit qu’on a mis 20 minutes pour lire l’album, pour moi c’est un compliment,car la personne n’a pas vu le temps passer, elle n’a pas été gênée par un dessin qu’elle n’a pas compris. Avant il y avait des moments où j’avais besoin de me prouver des choses. Je m’attardais plus certains détails, or quand on fait un croquis de nus, par exemple, on ne peut pas s’attarder sur des détails. Je ne hiérarchisais pas l’information.

Les femmes : le modèle, sa mère.

Cela doit venir du fait que j’ai des héroïnes à qui je ne fais pas faire n’importe quoi et que j’aime bien les femmes à fort caractère. Les mecs qui ne connaissent pas les femmes se disent : « lui, il doit s’y connaitre en nanas ». Mais, je n’y comprends pas forcément grand-chose. J’ai même un peu abandonné le sujet et je plaque des copines sur mes personnages.

Dans Last Man, la maman d’Adrian reste le personnage le plus fort du livre. D’ailleurs cette relation mère-fils, c’est ce que je préfère. Et le modèle de la mère c’est clairement la mienne. J’ai la chance d’avoir eu une mère qui « tenait bien la baraque ». J’adore cette force tranquille. Cet art de faire régner la terreur, la folie chez les femmes ou la force chez les femmes, ça fait un peu froid dans le dos…

Nourri de pizza et de jeux vidéo, mais c’est bientôt fini :

Le jeu vidéo je m’y suis remis il y a quelques temps en faisant le jeu de Last Fight . Toutes les activités que j’ai faites, c’est parce que j’étais avec des gens qui les pratiquaient eux-même. Je n’ai jamais fait une activité pour moi tout seul à part le dessin. En fait je n’avais plus grand monde avec qui jouer, et je suis tombé dans le street club (un groupe de personnes qui jouent à Street Fighter ), et c’est là que j’ai rencontré Kaho avec lequel on a conçu le jeu Last Fight .

Et les pizzas… depuis que je me suis remis au match de foot [comme spectateur devant la télé], je mange des pizzas toute les semaines. Mais je sens que je commence à arriver à la fin de cette hygiène de vie. Je vais prendre des résolutions… Mais, il y a quelque chose qui me gonfle en France, c’est que les gens sont obnubilés par la bouffe. Ils ne font que manger, et parler de ça. Moi je m’en fiche… J’ai pu manger dans d'excellent restaurants gastronomiques, et mes parents cuisinaient très bien, mais ça et la politique, ce sont deux sujets qui me passent au-dessus de la tête.

Nihiliste

Avant, je demandais à ma mère pour qui voter, maintenant, c’est à ma copine. La politique ? Je suis bien trop déprimé pour faire quoi que ce soit. Je ne crois pas en l’humanité. Je crois qu’on est à la fin de quelque chose, il faut juste qu’on se laisse mourir. Je préfère suivre des gens qui ont une vraie réflexion là-dessus. Et moi si on m’apporte une boîte avec un bouton rouge et on me dit qu’avec on peut faire sauter toute l’humanité et que la Terre connaitra une nouvelle ère, sans hésiter j’appuierai tout de suite… J’ai eu une enfance incroyable, c’était génial. Ce ne sera plus jamais le cas, maintenant, c’est fichu. Donc s’investir en politique, ça devient compliqué, parce qu’aucun homme politique n’a présenté le bouton rouge dans son programme.

Subversif, mais pas trop.

J’ai l’impression de raconter des choses intéressantes qui ne sont pas subversives, comme l’amitié, l’amour, et c’est vrai que parfois j’ai un humour un peu trash, je ne me censure pas du tout. Parfois les gens viennent me voir pour me dire : on va vous donner une carte blanche.Et ils ne viennent pas me "faire suer". Moi j’ai grandi avec Internet, avec les forums et les conneries "pour faire suer" tout le monde...

Les cheveux longs, mais peut-être plus pour longtemps.

J’ai eu la tête rasée toute ma jeunesse, alors après j’ai laissé pousser mes cheveux. J’adore le contact avec cette matière. Mais là je me demande s’il ne faudrait pas que je les coupe, ça fait un peu "métaleux". Je vais peut-être les couper un peu… Hipster ? Non, la barbe pas trop. Le look, c'est quelque chose que je soigne peu. Là, j’ai juste changé de lunettes. Et je viens de voir le film L627 de Bertrand Tavernier et j’aime bien le look de Lulu (Didier Bezace). Lunettes, cheveux courts et frisés sur le dessus de la tête, j’aimerais bien. Je fais plutôt ça en mode fan girl que de suivre une mode actuelle !

A la fin de l’entretien, ses collègues nous rassurent : après avoir dit de lui, qu’il était très travailleur - détail qu'il omet de préciser -, ils donnent le mot « routinier »… Donc peu de risque qu’il empoigne un détonateur.

Bastien Vivès vous attend sur Twitter le 26 janvier à 18 h. Vos questions dès maintenant avec #VivesInter

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